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La visite de Biden en Chine souligne le déclin des États-Unis

Par John Chan
27 août 2011

La visite de quatre jours en Chine effectuée la semaine dernière par le vice-président américain Joe Biden avait principalement pour but de rassurer le principal créancier des États-Unis avec les mots de Bloomberg.com : « votre argent est en sécurité avec nous ». Détenant 1,16 billion de dollars en obligations du Trésor américain, Beijing est clairement effrayée par la décote récente sans précédent de Standard & Poor's causée par la dette américaine.

Dans un discours prononcé à l’Université du Sichuan dimanche dernier, Biden a souligné que Washington avait « un intérêt primordial » dans la protection de l’investissement de la Chine dans la dette américaine. Il dit à son auditoire : « Les États-Unis n’ont jamais été en défaut de paiement, et ne le seront jamais. »

Le fait même qu’un vice-président américain ait dû faire une telle déclaration en dit long sur la nervosité en Chine et au niveau international à propos du système financier américain, ainsi que sur les relations mouvantes entre les États-Unis et la Chine, maintenant la deuxième plus grande économie mondiale. Pendant des décennies, le dollar américain était appelé « Meijin » en mandarin, signifiant qu’il était aussi bon que l’or. C’est maintenant remis en cause.

Le problème n’est pas tant de savoir si les États-Unis se retrouveront en défaut de paiement, mais bien l’affaiblissement délibéré du dollar par Washington, qui érode la valeur des placements de la Chine dans cette devise. La politique américaine d’« assouplissement quantitatif » implique en effet l’impression de milliards de dollars. Comme d’autres responsables américains, Biden a appelé la Chine à réévaluer sa monnaie. Mais il s’agissait d’une déclaration pour la forme. Grâce à cet assouplissement quantitatif, les États-Unis effectuent en fait leur propre réévaluation du yuan.

Biden s’est entretenu avec son homologue chinois, le vice-président Xi Jinping, au milieu de la tourmente boursière de la semaine dernière produite par de profondes inquiétudes au sujet de la crise de la dette européenne et le ralentissement des économies européennes et américaine – principaux marchés d’exportation de la Chine. Les deux hommes ont offert des assurances insipides visant à stabiliser le marché volatil.

Biden a dit à Xi : « Je dirais qu’il n’y a rien de plus important pour les États-Unis que d’établir des relations étroites avec la Chine. La stabilité économique mondiale, a-t-il dit, repose sur la coopération entre les États-Unis et la Chine, qui affecte tous les pays. » Xi a exprimé sa confiance dans la capacité de l’économie américaine à « s’adapter et à rebondir », et a salué sa « résilience ».

Ces déclarations vides ne font que souligner la fragilité de deux des plus grandes économies mondiales. Les États-Unis sont maintenant le plus grand débiteur du monde et se dirigent vers une récession. Leur politique d’assouplissement quantitatif vise à diminuer le fardeau de la dette et à augmenter les exportations au détriment de leurs créanciers et de leurs rivaux. Le pompage de dollars américains dans les marchés financiers mondiaux contribue aux pressions inflationnistes dans les pays comme la Chine, menaçant leur stabilité économique et sociale.

Pour sa part, Beijing regarde avec une certaine appréhension, alors que sa montagne de dettes américaines baisse de valeur. Alors que les responsables chinois demandent des mesures d’austérité plus sévères pour réduire la dette des États-Unis, Beijing n’a pas d’autre alternative que d’acheter plus d’obligations américaines. En recyclant des dollars provenant des exportations aux États-Unis, la Chine empêche le yuan de monter en valeur trop rapidement et maintient ainsi la compétitivité de ses exportations. Ce que Beijing craint par-dessus tout, c’est un nouveau cycle de fermetures d’usines et de pertes d’emplois, comme lors de la crise financière de 2008-2009 – et l’agitation de la classe ouvrière qui s’ensuivra.

L’agitation sociale en Chine aurait des implications profondes pour le capitalisme américain. Une importante réunion de Biden et de Xi avec des hommes d’affaires américains et chinois a souligné les importants intérêts des entreprises américaines en Chine. Le même jour en effet, Coca-Cola annonçait des investissements supplémentaires de 4 milliards de dollars en Chine dès 2012. Caterpillar, premier fabricant mondial de machinerie lourde, nourrit un plan d’expansion « agressive » en Chine, qui passe en priorité sur ses 16 installations actuelles. Apple, qui a dépassé Exxon Mobil et est devenue la plus grande société de capitalisation boursière au monde, dépend des gigantesques ateliers de misère de Foxconn en Chine pour produire ses iPhones et ses iPads.

Loin de diminuer les tensions entre les deux pays, cette interdépendance économique ne fait qu’accroître leur rivalité dans tous les domaines. Depuis son arrivée au pouvoir, l’administration Obama est intervenue agressivement en Asie, dans un effort pour saper l’influence croissante de Beijing. Alors que la puissance américaine est en déclin économique en comparaison avec la Chine, Washington n’hésite pas à utiliser ses forces armées encore écrasantes pour réaffirmer son hégémonie stratégique.

Dans son discours prononcé à l’Université du Sichuan, Biden a ostensiblement déclaré : « Les États-Unis, et je sais que cela provoque parfois quelques désagréments, mais les États-Unis sont une puissance du Pacifique, et nous allons rester une puissance spécifique – y compris dans le Pacifique. Faisant référence au rôle dominant des États-Unis dans le Pacifique depuis 60 ans, il a ajouté : « Je dirais, avec tout le respect qui soit, que cela a été bon pour la Chine, car cela lui a permis de se concentrer sur le développement national et de bénéficier d’un marché en pleine croissance. »

Beijing sait bien que l’image des États-Unis magnanimes garantissant la sécurité de ses rivaux asiatiques, et qui est dépeinte par Biden est bien loin de la vérité. L’administration Obama vient tout juste de donner une leçon amère à Beijing en Libye, pays où les États-Unis et leurs alliés européens ont utilisé les moyens militaires pour installer un régime client, et couper du même coup la Chine des marchés du pétrole libyen, annulant du coup des milliards de dollars d’investissements chinois.

Dans le Pacifique, les stratèges navals américains ont depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale axé leurs actions sur le maintien du contrôle des principaux points d’étranglement stratégiques, tels le détroit de Malacca, et partant, sur la capacité de contrôler la circulation des marchandises, et plus particulièrement le pétrole. L’expansion industrielle massive de la Chine est fortement dépendante des importations d’énergie et de matières premières, notamment du Moyen-Orient et de l’Afrique. Sans surprise, Beijing refuse de laisser ses lignes de ravitaillement vitales soumises à la domination des États-Unis et vulnérables aux pressions américaines. C’est pourquoi la Chine construit sa propre marine de haute mer en vue de les défendre.

En conséquence, les tensions américano-chinoises ont éclaté au cours de la dernière année en mer de Chine méridionale et en mer de Chine orientale, c’est-à-dire dans les eaux à proximité de la Chine continentale. Selon les dires mêmes de la secrétaire d’État des États-Unis Hillary Clinton, les États-Unis sont « de retour dans le Sud-Est asiatique ». Avec le soutien de Washington, le Vietnam et les Philippines ont adopté des positions plus agressives dans leurs revendications territoriales qui les opposent à la Chine en mer de Chine méridionale.

Le Vietnam n’est qu’un exemple. Juste avant la visite de Biden, les États-Unis ont signé leur premier accord militaire avec Hanoi depuis la fin de la guerre du Vietnam. Bien que l’arrangement en matière de coopération médicale est largement symbolique, il signale clairement néanmoins l’établissement de liens plus étroits des États-Unis avec le Vietnam, au détriment de la Chine. Pour bien faire passer le message, de hauts responsables vietnamiens ont été invités le 14 août à bord du porte-avions à propulsion nucléaire USS George Washington. La Chine a tout simplement réagi à ces signes d’une amorce de partenariat américano-vietnamien en tenant d’importants exercices militaires près de sa frontière méridionale avec le Vietnam dès le début août.

Les déclarations publiques de Biden en Chine ont bien sûr été formulées dans le langage diplomatique de coopération pacifique. Néanmoins, les deux côtés ne sont que trop conscients du fait que les tensions et les rivalités économiques sont exacerbées par l’aggravation de la crise financière mondiale et qu’elles conduisent à une confrontation et en dernière analyse, à des conflits et à la guerre. La seule solution progressiste à un tel désastre est l’unification révolutionnaire des travailleurs américains et chinois, avec le reste de classe ouvrière internationale, dans la lutte pour abolir le système de profit qui est la source des souffrances et de la guerre.

(Article original paru le 24 août 2011)