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La grève chez Postes Canada :

« Nous luttons pour être tous égaux »

Par une équipe reporters du WSWS
13 juin 2011

Le syndicat canadien des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) persiste avec sa stratégie de débrayages régionaux d'une journée, même si la société d'État Postes Canada attaque agressivement les 45 000 trieurs, facteurs et camionneurs.

Non seulement Postes Canada continue d'exiger d'énormes concessions, y compris une baisse salariale de sept dollars l'heure pour les nouvelles embauches et le démembrement du programme d'assurance-invalidité de courte durée, la société d'État a réagi à la campagne limitée de débrayage du STTP et réduisant radicalement les heures de travail, et donc la paie, des travailleurs des postes à travers le pays.

Postes Canada a annoncé hier que, à compter de la semaine prochaine, la semaine de travail pour les facteurs passera à trois jours seulement. Les travailleurs des centres de tri de Postes Canada vont aussi subir des baisses importantes de leurs heures de travail.

La société justifie ce lock-out partiel en affirmant que le volume de courrier a diminué de 50 pour cent depuis que le STTP a déclenché ses grèves tournantes vendredi dernier. Lors de l'annonce de la réduction des heures de travail, un porte-parole de Postes Canada, John Hamilton, a dit aux journalistes, « Nous ne pouvons garder les mêmes dépenses si nos affaires ont ralenti de moitié. Nous devons agir maintenant pour éviter que des pertes importantes viennent nuire à notre autosuffisance financière. »

Le STTP a contesté cette affirmation de baisse massive du volume de courrier de l'employeur, mais il a indiqué que Postes Canada avait transféré une partie de ses activités vers Purolator, anciennement une société privée d'expédition de colis postaux, mais maintenant une filiale de Postes Canada.

 

Traditionnellement, les syndicats soulignaient le succès d'un débrayage en montrant combien il pouvait paralyser les activités de l'employeur. Mais le STTP, dans sa stratégie impotente qui vise à éviter une confrontation avec Postes Canada et le gouvernement conservateur de droite du Canada, s'est vanté à maintes reprises que le débrayage avait peu d'impact sur les services des postes.

Hamilton a affirmé que le débrayage du STTP n'était pas nécessaire, car Postes Canada est prêt à négocier, mais il s'est empressé de dire que le seul type de « négociations » auquel la plus grande société d'État était prête à prendre part était celui impliquant l'abandon des droits et avantages sociaux durement gagnés des postiers.

« Nous ne sommes pas à la table de négociation », a dit le porte-parole de Postes Canada, « pour discuter l'ajout d'un milliard de dollars de coûts de main-d'oeuvre pour les quatre prochaines années. Nous ne négocions pas pour mettre un frein aux efforts qui visent à moderniser cette société et assurer notre avenir. Nous ne sommes pas ici pour discuter cela. »

Quand Hamilton parle de modernisation, cela fait référence au fait que la société d'État exige carte blanche dans la mise en oeuvre d'un nouveau système de tri du courrier permettant à l'employeur d'augmenter radicalement la charge de travail des facteurs et de supprimer des emplois. Partout où ce nouveau système a été implanté, le nombre d'accidents et de blessures a explosé.

Publiquement, le gouvernement Harper a été plutôt silencieux sur le conflit à Postes Canada; il a essentiellement pressé les deux parties à en arriver rapidement à une entente. Mais il est clair que le gouvernement conservateur appuie sans réserve Postes Canada et voit dans la possibilité d'une douloureuse défaite des postiers – qui dans les années 1960 et 1970 ont été le fer de lance d'une croissance explosive du syndicalisme dans le secteur public – une étape importante dans la mise en oeuvre de son programme de réduction des dépenses sociales et des services publics.

Les médias du Canada n'ont cessé pendant ce temps de condamner vigoureusement les postiers pour oser s'opposer à la volonté de la classe dirigeante de faire payer les travailleurs pour la crise capitaliste.

L'opposition unanime de l'élite dirigeante face à la lutte anti-concessions des postiers fait contraste avec la réaction des organisations supposément de la gauche et de la classe ouvrière. Le Congrès du travail du Canada et le Nouveau Parti démocrate, qui a l'appui des syndicats, n'ont même pas fait une déclaration d'appui à l'endroit des postiers : ce qui montre clairement qu'ils prévoient laisser les travailleurs des postes lutter seuls contre le gouvernement et la grande entreprise et qu'ils vont s'opposer à toute tentative de faire de la lutte des postiers le fer de lance d'une contre-offensive de la classe ouvrière.

Lundi, des reporters du World Socialist Web Site se sont entretenus avec des travailleurs des postes qui faisaient le piquet de grève au principal centre de tri de Montréal.

 

Les travailleurs étaient unanimes dans leur rejet des demandes de concessions de Postes Canada et dans leur opposition au gouvernement Harper. Même si certains ont indiqué qu'ils auraient préféré le déclenchement d'une grève générale, d'autres appuyaient la stratégie de grèves tournantes du syndicat par crainte que le gouvernement impose une loi spéciale et rende une grève nationale illégale.

Yanick Scott, le dirigeant de l'éducation et de l'organisation du STTP pour la région du Montréal métropolitain, a dit au WSWS que la direction syndicale n'excluait rien, même la possibilité de défier une éventuelle loi antigrève.

Ces belles paroles visent à entretenir la confusion et à retenir les travailleurs de la base. Le STTP n'a absolument rien fait pour préparer ses membres, et encore moins la classe ouvrière, à une lutte acharnée avec le patron de Postes Canada, le gouvernement Harper. Au contraire, même si le STTP utilise à l'occasion des paroles radicales, sa conduite de la présente lutte souligne le fait qu'il préfère de loin abdiquer devant les demandes de concessions de Postes Canada plutôt que de mener l'offensive industrielle et politique qui est nécessaire pour s'opposer avec succès à l'assaut sur les postiers et l'ensemble de la classe ouvrière à travers le Canada.

Les membres de la base du STTP interviewés par le WSWS ont expliqué que, tandis que Postes Canada tente maintenant d'imposer des salaires et des avantages moindres pour les nouvelles embauches, la société maintient depuis longtemps un groupe de « travailleurs temporaires » qui sont payés un dollar de moins l'heure que les postiers réguliers, qui sont sans avantages sociaux et qui travaillent toujours sur appel.

François (camionneur temporaire depuis trois ans) a dit au WSWS: « Je travaille ici (centre de tri de Montréal), je travaille à Saint-Léonard, un peu partout. Étant donné que nous sommes des AO, des aides occasionnels, nous ne travaillons jamais à la même place, comme les temps partiels ou les temps pleins.

« Il y a beaucoup d'autres différences [par rapport aux travailleurs permanents]. Premièrement, nous n'avons pas d'assurance, pas de fonds de pension, rien du tout. La seule chose que nous ayons c'est notre salaire. Aussi, nous n'avons pas de garantie d'heures … Il y a des semaines où je ne travaille pas du tout, d'autres semaines où je travaille un peu, d'autres semaines … nous ne savons jamais. Donc, pour le budget, c'est difficile de planifier, parce qu'on ne sait pas, jamais. »

« Il y a beaucoup d'employés qui ont deux emplois et même parfois trois. Donc, les gens qui disent : “À la poste vous êtes bien, c'est fabuleux travailler là”, non, ce n'est pas vrai. Ça a beaucoup changé depuis 50 ans, ce n'est vraiment plus comme c'était. Il faut se battre aujourd'hui pour avoir de bons salaires, de bonnes assurances, de bons fonds de pension. Regardez, ça fait trois ans que je travaille ici puis je n'ai rien du tout. »

Un autre travailleur, Jonathan Lapointe, a expliqué que les AO subissent constamment la pression de la direction : « Un employé temporaire n'a pas de sécurité d'emploi, donc il doit être raisonnablement alerte. Si le patron lui demande de faire telle chose, beaucoup d'employés temporaires ne vont pas prendre la chance de dire “non”, ils vont donc le faire. Donc ça peut être une forme d'intimidation. “Faites ça, sinon il va arriver telle chose.” »

Lorsque nous lui avons demandé ce qu'il pensait être la question clé dans l'actuel conflit avec Postes Canada, Jonathan a répondu : « La solidarité des membres … Pour nous, c'est complètement inacceptable qu'un nouvel employé n'ait pas les mêmes conditions de travail que nous même s'il fait le même travail … On veut que tout le monde soit égal … C'est une forme de solidarité commune qui doit rester et qui devrait être partout, pas juste chez Postes Canada, partout, dans n'importe quelle province ou pays.

« Notre but c'est d'être vraiment unifiés, de rester solidaires, d'aller jusqu'au bout pour que nous soyons tous égaux. C'est vraiment ça le but, d'avoir de bonnes conditions de travail, d'être bien au travail. »

Un troisième travailleur temporaire, Jérémy Leclair, a dit au WSWS : « On ne demande pas grand-chose. On demande juste ce que l'on avait déjà. La seule chose que l'on demande de plus, si je ne me trompe pas, c'est le pourcentage [de hausse salariale] par année qui n'est même pas au niveau de l'inflation. »

 

(Article original paru le 9 juin 2011)