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Conflit chez Postes Canada

Le NPD facilite l’adoption d’une loi antigrève

Par Keith Jones
29 juin 2011

Le Nouveau Parti démocratique, qui est lié aux syndicats, a facilité l’adoption d’une loi brutale antigrève qui criminalise tout mouvement de revendication des 48 000 travailleurs des postes du pays et assure que de larges concessions seront imposées dans leur contrat de travail.

Samedi, après seulement 58 heures de débat et manœuvres parlementaires, le NPD a cédé aux pressions du gouvernement conservateur majoritaire et des médias de la grande entreprise, puis a abandonné sa campagne sans conviction pour retarder l’adoption du projet de loi C-6. Peu après, la Chambre des communes, dominée par les conservateurs, a adopté le projet de loi, tandis que les trois partis de l’opposition se sont joints au NPD, dans un geste pour la forme, et ont voté contre. La législation antiouvrière est maintenant amenée au Sénat et recevra la sanction royale, devenant ainsi une loi, dès ce lundi matin.

Même si le NPD a abandonné ses efforts pour bloquer l’adoption du projet de loi C-6, les porte-parole du parti ont reconnu que la législation des conservateurs est une attaque sans précédent sur les droits de tous les travailleurs et a été conçue expressément dans le but de renforcer les efforts de la grande entreprise pour imposer des contrats de concessions et intensifier le rythme de travail.

Le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, a dit que la loi antigrève est « une indication de ce qui est à venir pour les autres travailleurs des services publics qui son) syndiqués… C’est aussi un signal des conservateurs aux employeurs, dans un cadre syndical ou non, que c’est bar ouvert. Ils peuvent commencer à éliminer les droits acquis de leurs travailleurs ».

La loi rend illégale toute action de revendication par les 48 000 facteurs, trieurs, livreurs et commis des postes jusqu’à expiration d’un contrat de quatre ans qui sera imposé par un arbitre nommé par le gouvernement conservateur. Les travailleurs qui défieront les dispositions feront face à des amendes allant jusqu’à 1000 dollars par jour, alors que les représentants syndicaux pourraient recevoir des amendes de 50 000 dollars par jour.

La législation impose un règlement salarial, rédigé par les conservateurs, qui est significativement pire que la dernière offre salariale de la société d’État Postes Canada et qui, en raison de l’inflation, se traduira par une baisse des salaires réels pour les employés actuels de Postes Canada.

Ce qui est sans doute le plus important : la loi prévoit comme « offre finale » un système d’arbitrage où « le gagnant rafle tout », servant à assurer que Postes Canada soit en mesure d’imposer ses demandes de concessions radicales. Ces demandes comprennent l’établissement d'une structure de salaires et avantages sociaux à deux vitesses, le démantèlement du programme d'assurance invalidité de courte durée, et l’implantation d’un nouveau régime de travail dangereux pour les facteurs qui entraînera des pertes d'emploi.

Dans une entrevue réalisée dimanche, la ministre du Travail, Lisa Raitt, a elle-même mis l’accent sur l’importance que le gouvernement accorde au « choix de l’offre finale » comme moyen pour court-circuiter tout compromis face à l’imposition de concessions par Postes Canada. Raitt a prétendu que le conflit avec le NPD concernant la loi de retour au travail « revenait à une chose – nous sentions que nous avions besoin du choix de l’offre finale… et que le NPD ne serait pas d’accord avec ce genre d’arbitrage ».

Encouragée par l’intervention du gouvernement, Postes Canada a persisté avec toutes ses demandes pour des concessions pendant une série de négociations qui n’avançaient pas et qui ont été tenues entre jeudi et samedi. Les négociations étaient au point mort même si le syndicat, de son propre aveu, avait « modifié » sa position. Dimanche, une porte-parole de Postes Canada a affirmé que les deux parties « ne pourraient pas être plus éloignées sur plusieurs questions ».

Mulcair a prétendu que l’obstruction parlementaire de courte durée du NPD était « un coup de semonce à l'endroit des conservateurs ». Mais, ce sont les sociaux-démocrates qui ont reculé, mettant abruptement fin à leurs tactiques d’obstruction même s’ils n’étaient sous aucune contrainte parlementaire ou procédurale pour agir de la sorte.

Le premier ministre conservateur Harper, quant à lui, a jubilé devant la capitulation du NPD. « Nous savons, a dit Harper, de quel côté le public était et je pense aujourd’hui que les membres de l’autre côté du Parlement ont finalement commencé à comprendre le message. » Plus tôt, le premier ministre a parlé du débat sur la loi C-6. Il a vigoureusement défendu la décision du gouvernement d’aller de l’avant avec sa loi de retour au travail aussitôt que Postes Canada a imposé un lockout à travers le pays ainsi que d'imposer des augmentations de salaire minimales. Harper a décrit l’entente sur les salaires imposés aux travailleurs de la poste avec l’autorisation du gouvernement comme étant « équitable » : « Cela reflète ce que nous avons négocié avec les fonctionnaires fédéraux. »

La réaction du NPD au projet de loi C-6 a été intimement coordonnée avec la direction du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) et le Congrès du travail du Canada (CTC).

Son but premier était d'offrir une couverture politique au syndicat qui a décidé d'abandonner la lutte anti-concessions des postiers et de plier devant l'assaut du gouvernement.

Dans une déclaration dimanche annonçant la décision du Conseil exécutif national du STTP de se plier à la loi antigrève des conservateurs, la direction syndicale a souligné les sévères pénalités incluses dans le projet de loi, ajoutant que « ce gouvernement userait de n'importe quel prétexte pour détruire le syndicat si nous décidions de défier la loi ».

Mais la capitulation du STTP n'a pas été dictée par les mesures punitives que le projet de loi C-6 s'apprêtait à imposer. C'est plutôt le résultat de la stratégie que le syndicat a adoptée au long des négociations : une stratégie qui visait principalement non pas à défendre les postiers, mais plutôt à éviter une confrontation avec le gouvernement conservateur de droite. À cette fin, le STTP a limité le mouvement de revendication des postiers à une campagne inefficace de grèves tournantes régionales et s'est vanté du fait que cette campagne affectait peu les opérations de Postes Canada. Durant les mois où les négociations faisaient du sur-place et même jusqu'à l'adoption de la loi C-6, le syndicat a pris soin d'éviter toute discussion sur ce que devraient faire les travailleurs lors de l'intervention directe du gouvernement pour appuyer les demandes de concessions d'une société dont il est le patron et le seul actionnaire. Mais surtout, la direction syndicale et ses alliés du NPD et du CTC ont délibérément isolé la lutte des postiers. Rien n'a été fait pour étendre leur lutte à une plus large offensive industrielle et politique de la classe ouvrière contre les concessions et le démantèlement des services publics. En fait, le CTC et le NPD n'ont diffusé de communiqué de presse pour exprimer un appui en faveur des postiers que lorsque le gouvernement a annoncé qu'il allait présenter un projet de loi pour mettre un terme à leur campagne de grèves tournantes.

Les manoeuvres parlementaires de dernière minute du NPD visaient à convaincre les travailleurs que le syndicat et ses alliés avaient tout tenté, mais que toute résistance était inutile.

Le deuxième objectif de l'obstruction parlementaire du NPD durant les discussions entourant le projet de loi C-6 était de voir s'il était possible d'inciter le gouvernement et Postes Canada à modérer quelque peu leur attaque. Le NPD avait louangé le contrat rempli de concessions que le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) avait négocié avec Air Canada la semaine précédente, sous la menace de l'adoption d'une autre loi antigrève par les conservateurs. Et le NPD a présenté les reprises des négociations vendredi entre Postes Canada et le syndicat comme la preuve de l'utilité de ses manoeuvres pour retarder l'adoption du projet de loi C-6.

Cependant, le NPD, avec la bénédiction du STTP, a rapidement cessé de s'opposer directement au projet de loi pour plutôt proposer des amendements. Un de ces amendements devait permettre à l'arbitre nommé par le gouvernement d'entamer un processus de médiation et d'imposer aux travailleurs de Postes Canada le première offre salariale de l'employeur plutôt que celle, encore pire, établie par le gouvernement.

De manière prévisible, les conservateurs ont agressivement rejeté tous les amendements du NPD, et les sociaux-démocrates ont réagi peu de temps après en abandonnant leurs efforts pour retarder l'adoption du projet de loi.

En isolant la lutte des postiers et en capitulant devant le projet de loi autoritaire C-6 des conservateurs, les syndicats et le NPD ont donné une importante victoire au gouvernement conservateur dont ce dernier va tenter de profiter afin d'intensifier l'assaut contre la classe ouvrière.

(Article original paru le 27 juin 2011)

 

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