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Le Socialist Equality Party Sri Lankais tient son congrès fondateur

Par Nos correspondants
23 juin 2011

Le Socialist Equality Party (SEP), Parti de l'égalité socialiste du Sri Lanka, a tenu son congrès fondateur à Colombo du 27 au 29 mai, un pas en avant décisif pour la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste établi par Leon Trotsky en 1938. Ce congrès de trois jours fait suite aux congrès fondateurs des partis frères du PES réunis dans le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).

Ce congrès a été un événement réellement international, des représentants des États-Unis, d'Australie du Canada et d'Allemagne étaient présents aux côtés des délégués venant de tout le Sri Lanka. Un sympathisant indien du CIQI et un représentant du groupe Marxist Voice pakistanais, qui est en accord politique avec le CIQI, étaient également présents. Les séances ont eu lieu en trois langues, cingalais, tamoul, et anglais.

Le congrès a été préparé par plus d'une dizaine d'années de travail politique et théorique par le CIQI et le SEP. Après d'intenses discussions avant et pendant le congrès, les délégués ont adopté unanimement la résolution fondatrice sur les perspectives du PES, Fondements historiques et internationaux du Parti de l'égalité socialiste (Sri Lanka), qui passe en revue les expériences stratégiques essentielles de la lutte pour le Trotskysme dans le sous-continent indien.

Le congrès a également adopté unanimement les Fondements historiques et internationaux du Parti de l'égalité socialiste (États-Unis), qui mettent en exergue les leçons politiques de la lutte internationale pour le marxisme révolutionnaire des origines du marxisme jusqu'à aujourd'hui.

Enfin, le congrès a élu un nouveau comité central, qui a réélu Wije Dias au poste de secrétaire général du PES. Kamilasiri Ratnayake et Deepal Jayasekera ont été élus aux postes respectivement d'éditeur national du WSWS et d'assistant du secrétaire général.

Les Fondements historiques et internationaux du Parti de l'égalité socialiste (Sri Lanka) tirent les leçons critiques de la lutte menée par la Quatrième Internationale pour la perspective de Trotsky d'une révolution permanente au Sri Lanka et en Asie du Sud au cours des 75 dernières années et établissent les tâches politiques fondamentales du PES.

Dans sa section introductive, le document indique les implications révolutionnaires de la crise économique mondiale qui s'aggrave. « Dans chaque pays, la classe dirigeante cherche à asseoir ses positions au détriment de ses rivaux étrangers, d'une part, et à imposer de nouveaux fardeaux à la classe ouvrière, d'autre part. Ce dernier trait exacerbe grandement les tensions mondiales, les conflits et la montée vers la guerre ; cette dernière alimente la lutte des classes et une nouvelle période de troubles révolutionnaires. »

Cette résolution attire l'attention sur la montée économique de la Chine et de l'Inde, le déplacement du centre de gravité de la politique mondiale vers l'Asie, et les tensions montantes entre les grandes puissances, en particulier entre les États-Unis et la Chine. En même temps, elle déclare, « L'Asie est destinée à devenir une vaste arène, non seulement pour les rivalités inter-impérialistes, mais aussi pour la révolution sociale. » La détérioration du niveau de vie depuis la crise financière mondiale qui a éclaté en 2008 mènera des centaines de millions de travailleurs de toute l'Asie et de plus loin, dans la lutte. « Ces luttes doivent s'intégrer dans une contre-offensive mondiale pour abolir le système d'exploitation en faillite et le système dépassé des Etats-nations et établir une économie socialiste mondiale planifiée. »

Au cœur de ce document, il y a la théorie de la révolution permanente de Léon Trotsky, qui fournit « une conception intégrale de la révolution socialiste mondiale qui s'applique aux pays arriérés coloniaux et semi-coloniaux comme aux pays avancés. » L'histoire de l'Asie du Sud au cours du 20e siècle a démontré à plusieurs reprises qu'aucune section de la bourgeoisie n'était capable de répondre aux aspirations des masses quant aux droits démocratiques fondamentaux et à des niveaux de vie décents. Seule la classe ouvrière, par la mobilisation des masses opprimées dans la lutte pour le pouvoir, peut remplir ces tâches démocratiques dans le cadre d'une révolution socialiste.

La résolution retrace la montée, le déclin et la trahison finale du Lanka Sama Samaja Party (LSSP). Elle établit le fait que le LSSP n'était pas un parti trotskyste à sa formation en 1935, mais avait épousé un programme amorphe combinant socialisme, nationalisme et anticolonialisme qu'elle qualifie de Samasamajisme. L'orientation par la majorité du LSSP vers la Quatrième Internationale n'a eu lieu qu'en 1939 sous l'effet de la guerre mondiale imminente et de la lettre de Léon Trotsky aux travailleurs indiens pour clarifier une attitude prolétarienne s'appuyant sur des principes internationalistes envers ce conflit.

La création du Boshevik Leninist Party of India (BLPI) en 1942 par le LSSP et des groupes de sympathisants trotskystes en Inde a marqué une avancée décisive de la Quatrième Internationale en Asie. « C'est précisément dans sa rupture avec le point de vue radical et nationaliste du Samasamjisme et sa réorientation sur la base de l'internationalisme prolétarien que le BLPI a fait une contribution ineffaçable à la lutte pour le marxisme en Asie du Sud et internationalement, qui porte des leçons politiques et théoriques toujours d'actualité pour les jeunes et les travailleurs. »

L'abandon de l'internationalisme prolétarien par le BLPI, sous la pression énorme des processus politiques générés par la restabilisation d'après-guerre du capitalisme mondial, a été un coup important porté au mouvement trotskyste. Le BLPI, contrairement à ce qu'a fait le LSSP ressuscité de manière opportuniste, s'est prononcé par principe contre la partition de l'Inde et contre ce qu'il décrivait comme une « fausse indépendance » accordée par la Grande-Bretagne au Sri Lanka. Mais les dirigeants du BLPI se sont rapidement adaptés aux nouveaux Etats issus de la décolonisation, liquidant le parti dans les partis petit-bourgeois : le Parti socialiste d'Inde en 1948 sur le continent, et le LSSP au Sri Lanka en 1950.

Aidés et encouragés à chaque instant par le courant opportuniste d'après-guerre qui avait émergé de la Quatrième Internationale, le pablisme, le LSSP a rapidement dégénéré. Tout en critiquant l'orientation pro-stalinienne de Michel Pablo, le LSSP a refusé de soutenir le CIQI, formé en 1953 pour défendre les principes orthodoxes du trotskysme. Au cours de la décennie suivante, le LSSP s'est adapté encore plus ouvertement au communautarisme cingalais du Sri Lanka Freedom Party (SLFP), culminant dans une trahison complète de la part du LSSP en 1964 lorsque celui-ci est entré au gouvernement bourgeois de Sirima Bandaranaïke.

L'abandon affirmé de la lutte pour l'internationalisme prolétarien par le LSSP a eu des conséquences profondes pour la classe ouvrière au Sri Lanka et internationalement. Il a ouvert la porte aux tendances radicales petites-bourgeoises s'appuyant sur le communautarisme – le JVP chez les jeunes cingalais du Sud et les séparatistes tamouls armés comme le LTTE dans le Nord – et cela a ouvert la voie à la dévastation de l'île par la guerre civile.

L'ancêtre du SEP, la Revolutionary Communist League (RCL), a été fondé en 1968 pour tirer les leçons politiques nécessaires de la trahison du LSSP et pour réarmer la classe ouvrière politiquement sur la base de programme trotskyste pour lequel lutte le CIQI. Comme l'explique le document, la formation de la RCL « a été le produit de l'intersection de la lutte politique et théorique menée par le Comité international contre le pablisme et d'une radicalisation des travailleurs et des jeunes au Sri Lanka qui annonçait la période de soulèvements révolutionnaires internationaux de 1968 à 1975. »

Le document résume les leçons de la lutte courageuse et fondée sur des principes, de la LCR contre toutes les formes de nationalisme et de communautarisme dans les conditions très difficiles du Sri Lanka. Ces difficultés ont été aggravées par la dégénérescence politique de la British Socialist Labour League – devenue plus tard le Workers Revolutionary Party (WRP) – qui avait joué une rôle central dans la lutte contre le pablisme. Son abandon de la théorie de la révolution permanente a influé sur le travail de la RCL, en particulier en relation avec l'émergence des groupes armés séparatistes tamouls.

La défaite des renégats du WRP lors de la scission de 1985-86 a ouvert une nouvelle ère dans l'histoire de la Quatrième Internationale, ouvrant la voie à une renaissance du marxisme. Des questions politiques et théoriques cruciales, y compris l'attitude des marxistes sur la question nationale, ont été clarifiées. Publié en 1988, la résolution du CIQI sur ses perspectives, La crise du capitalisme mondial et les tâches de la Quatrième Internationale examinait les implications de la mondialisation de la production et préparait le parti et la classe ouvrière à l'effondrement de l'Union soviétique et aux profonds changements des deux décennies à venir.

La RCL, puis le SEP formé en 1996, a été le seul parti au Sri Lanka à s'opposer constamment à la guerre communautaire qui avait éclaté en 1983, pour défendre les droits de la minorité tamoule de l'île et lutter pour unifier la classe ouvrière et la mobiliser indépendamment dans la lutte pour construire des Etats socialistes unis du Sri Lanka et d'Eelam. Ce document rend un hommage mérité aux membres du parti tués au cours de la lutte pour le trotskysme et au secrétaire général fondateur de la RCL, Keerthi Balasurya, qui a joué le premier rôle dans l'établissement des fondations du parti avant de mourir à 39 ans d'une thrombose coronaire en 1987.

La résolution du congrès conclut : « Seuls le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections incarnent l'héritage historique du marxisme contemporain – c'est-à-dire, du trotskysme. C'est sur cette base que le SEP et ses partis frères du CIQI cherchent à éduquer, mobiliser et unir la classe ouvrière internationale, confiants dans le fait que les travailleurs et les jeunes les plus clairvoyants et désintéressés seront gagnés à sa cause et apporteront les forces matérielles nécessaires pour mener à bien la révolution socialiste mondiale. »

Dans son rapport d'ouverture du congrès, le secrétaire général du SEP Wije Dias a souligné que : « Avec le déploiement des luttes révolutionnaires dans tous les pays, la classe ouvrière et les masses opprimées du Sri Lanka et d'Asie du Sud entrent dans une situation politique explosive. A bien des égards, le Sri Lanka a été historiquement un des pays où les développements politiques décisifs de la région se sont manifestés en premier. »

Dias a poursuivi : « Il y a un thème central qui irrigue tout le document sur les perspectives, discuté ici. Il passe en revue l'histoire des luttes pour la théorie de la révolution permanente de Trotsky au Sri Lanka et dans toute la région. Ces expériences historiques sont des indications essentielles pour la préparation politique actuelle et les luttes à venir. »

Faisant référence à l'histoire du BLPI, il dit : « Cela a représenté un saut qualitatif, un rejet des radicaux petits-bourgeois, du Samasamajisme nationaliste et l'adoption d'une position prolétarienne internationale dans la lutte pour une indépendance authentique du colonialisme britannique et pour le socialisme. C'est un élément vital de notre héritage. Mais les dirigeants du BLPI ont rejoint le LSSP en 1950, et cela a commencé une période longue d'éloignement des principes du Trotskysme. Après la grande trahison du LSSP en 1964, la RCL a entrepris de mobiliser la classe ouvrière sur la base de la Théorie de la révolution permanente, ce ne fut possible que par la lutte intransigeante du CIQI, à l'échelle internationale, pour défendre le programme trotskyste.

Dias a expliqué que l'Asie du Sud était prise dans le tourbillon des antagonismes inter-impérialistes qui s'intensifient et propulsent le monde vers la guerre nucléaire. « Dans ces conditions, nous devons apprendre à lutter pour l'indépendance de la classe ouvrière sur la base de l'internationalisme. Cela signifie ne pas capituler devant le nationalisme bourgeois dans la lutte contre les intrigues impérialistes, et ne pas capituler devant telle ou telle puissance impérialiste dans la lutte pour renverser le pouvoir capitaliste. Ce sont des leçons vitales incarnées dans la lutte s'appuyant sur la Théorie de la révolution permanente et mises en avant dans le document que ce congrès doit adopter. »

Dans ses vœux au congrès, le dirigeant national du SEP des États-Unis, David North, s'est concentré sur l'importance cruciale de l'histoire du parti. « Tout parti politique qui se présente devant la classe ouvrière et lui demande de lui accorder sa confiance doit répondre aux questions que les travailleurs posent naturellement : Comment et sur quelle base affirmez-vous être la direction politique de la classe ouvrière ? Pourquoi devrait-on vous accorder notre confiance ? Pourquoi devrions-nous croire que ce parti est différent de toutes les autres organisations, qui à un moment ou un autre ont affirmé représenter le socialisme et nous ont trompés ?

« Notre réponse n'est pas de dire aux travailleurs : vous devriez nous faire confiance, vous devriez nous croire, nous sommes différent. Non, nous disons : voilà notre histoire, qui est résumée dans ce document. Étudiez-le. Cela expliquera le développement de notre parti sur une période d'un demi-siècle. Nous avons établi la relation entre ce parti et toute l'expérience historique de la classe ouvrière, non seulement au Sri Lanka mais aussi internationalement au cours du 20e siècle. »

North a poursuivi : « Travailler sur l'histoire ce n'est pas faire une sorte d'analyse académique du passé. C'est par l'étude du passé que l'on connait le présent. C'est précisément parce qu'il y a une reprise des luttes révolutionnaires dans la période actuelle que l'examen des expériences passées de la classe ouvrière est tellement importante. Cette approche historique découle des mêmes réflexions que Trotsky a suivies à l'époque de la révolution de 1905 [en Russie]. En traitant des tâches révolutionnaires énormes qui se posaient à la classe ouvrière en 1905, Trotsky a passé en revue les expériences historiques non seulement du 19e siècle mais également du 18e.

« La radicalisation montante de la classe ouvrière au Sri Lanka, en Inde, au Pakistan et dans toute l'Asie va transformer immensément l'autorité de ce mouvement dans les événements à venir. Ce parti jouera un rôle absolument crucial dans la mise en pratique des concepts de Révolution permanente dans les couches avancées de travailleurs dans la région. Toute l'histoire de ce mouvement témoigne que c'est ce parti qui va mener cette tâche historique. »

Le World Socialist Web Site publiera le document de perspectives du SEP dans les semaines à venir.

 

(Article original par u le 21 juin 2011)