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Lettre de solidarité d’un travailleur des postes américain aux travailleurs des postes canadiens en grève


18 juin 2011

À mes frères et sœurs travailleurs des postes canadiens,

Tout d'abord, laissez-moi vous dire qu’en tant que travailleur des postes comptant 24 années d’ancienneté au service des postes des États-Unis, j'appuie de tout cœur votre combat pour défendre votre droit à une vie décente. Ensuite, je tiens à souligner qu’ici, aux États-Unis, on n’entend pratiquement pas parler de votre combat. Hormis le World Socialist Web Site et quelques agrégateurs de nouvelles en ligne sur les postes, il n'y a rien. Question de leur faire honte, je dois ajouter à la liste de ceux qui ignorent votre combat, les quatre syndicats affiliés au service des postes des États-Unis, y compris celui censé me représenter. J’ai vérifié leurs sites Web respectifs, et aucun ne souffle mot, et encore moins n’apporte le moindre soutien matériel à votre grève.

C'était à prévoir. Pourquoi? Dans le cas de l’American Postal Workers (APWU), le plus grand syndicat de travailleurs des postes aux États-Unis, qui dénombre plus de 200 000 travailleurs dans ses rangs, cette organisation vient tout juste de finir d'imposer à ses membres un contrat de quatre ans et demi qui accepte un système de salaires et une structure de prestations à deux niveaux sans précédents. Cela ramène les nouvelles recrues au niveau qui existait avant que le mouvement de grèves historique des travailleurs des postes de 1970 n’y mette fin aux États-Unis. Le nouveau système comprend également une augmentation de salaire bidon qui sera facilement mangée par l'inflation. Dans une telle situation, la contagion d'un conflit ouvert pour la défense des salaires et des avantages sociaux mené par nos homologues travailleurs des postes au nord de la frontière et qui se traduit par des marches, des manifestations et des grèves, ne peut être communiquée à nos membres.

En vertu de ce contrat, pour la première fois depuis 1970, les nouveaux travailleurs embauchés n'auront aucune protection contre les licenciements. Leur salaire de départ sera plus faible et ne s'élèvera jamais au-dessus du salaire de départ de l'ancien contrat. Et le travail à temps partiel (bien que contractuellement appelé à « temps plein ») permettra de créer exactement ce que le service des postes cherchait – une force de travail plus flexible et moins coûteuse.

Contrairement à la grève des postes de 1970, il était clair pour les syndiqués de la base que dans ces négociations de contrat, aucune section de l'APWU n’était prête à mener une lutte contre ces demandes de concessions. L'USPS est déterminée à récupérer tous les gains réalisés par les travailleurs des postes depuis 1970. Le Postmaster General Pat Donahoe a même fanfaronné : « Nous avons réduit nos effectifs de 225 000 membres depuis l'an 2000. Il n’y a pas beaucoup de syndicats dans le monde qui ne seraient pas en train de sauter de rage et de fulminer à ce sujet. »

La bureaucratie syndicale, craignant pour ses positions lucratives, est elle-même déterminée à sacrifier tous les gains remportés lors des luttes amères des travailleurs des postes. Aucune avance ne peut être faite par les travailleurs des postes américains au moyen de ces organisations qui n’ont plus de raison d’être. Frères et sœurs, votre situation n'est pas différente. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) n'a pas l'intention de vous mobiliser dans une lutte tout azimut parce qu’en dernière analyse, votre syndicat est d'accord avec Postes Canada. De la même façon que l'American Postal Workers Union l’a démontré aux États-Unis avec son contrat. Ici, notre syndicat pense exactement comme le service des postes des États-Unis.

Une nouvelle voie doit être ouverte pour qu’une telle lutte puisse triompher. Il faut former des comités de base, à l’extérieur du STTP et opposés à ce dernier, prêts à mener à la fois une lutte à la grandeur de l’industrie, mais aussi une lutte politique contre le gouvernement Harper. C’est là le mot d’ordre qui doit mis à l'ordre du jour.

HP, le 15 juin 2011