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Grève dans la FTZ au Sri Lanka: un signe avant-coureur de la lutte des classes

Par Peter Symonds
9 juin 2011

Les protestations des travailleurs de la zone de libre échange (FTZ) au Sri Lanka représente un tournant dans la lutte des classes sur l’île et internationalement. Il est significatif de noter que les grèves et les manifestations qui ont eu lieu sur cette petite île ces deux dernières semaines sont survenues indépendamment des syndicats et des partis politiques d’opposition du pays.

Révoltés par les projets du gouvernement d’imposer un plan des retraites, les travailleurs de la FTZ de Katunayake ont ignoré la décision des syndicats d’annuler les manifestations du 23 mai et ont cessé le travail par dizaines de milliers. Une semaine plus tard, le gouvernement a submergé la région avec des milliers de policiers mais leurs attaques brutales contre les travailleurs ont provoqué le débrayage de 40.000 personnes dans l’ensemble de la FTZ.

Le gouvernement paniqué a suspendu l’adoption de la loi sur les retraites en faisant de la police le bouc émissaire de la violence qui a causé la mort d’un jeune travailleur, Roshen Chanak Ratnasekera. Il est décédé mercredi des suites d’une blessure par balle et d’une hémorragie après être resté sans soins pendant plusieurs heures dans un commissariat de police. Le chef de la police du pays a démissionné et plusieurs autres officiers ont été inculpés.

Les protestations au Sri Lanka font partie d’une marée montante internationale de lutte des classes qui a conduit aux soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ainsi que dans des pays européens et aux Etats-Unis. La force motrice en est la crise économique mondiale qui a résulté en une dégradation drastique du niveau de vie du fait de l’imposition de mesures d’austérité et d’une forte hausse des prix des produits de base, dont les carburants et les denrées alimentaires.

Les travailleurs de l’industrie du vêtement ont été engagés dans une lutte acharnée contre des salaires au niveau du seuil de pauvreté et pour la défense de leurs conditions de travail. Depuis 2007 en Egypte, les grèves des salariés de l’industrie du vêtement contre les réductions des salaires, les licenciements et les privatisations faisaient partie des protestations qui ont conduit au soulèvement révolutionnaire qui a eu lieu cette année dans le pays. En septembre dernier au Cambodge, plus de 200.000 travailleurs ont cessé pendant quatre jours le travail en revendiquant des salaires plus élevés pour compenser l’inflation. Au Bangladesh la police a tué en décembre quatre travailleurs de l’industrie du vêtement durant de violents combats avec des dizaines de milliers de grévistes réclamant un doublement de leur salaire.

Le principal obstacle à toutes ces luttes ont été les syndicats qui ont imposé des accords traitres conclus avec les employeurs et les gouvernements à l’insu des travailleurs. La priorité essentielle des syndicats est de maintenir aux dépens des travailleurs la « compétitivité internationale » des ateliers de misère dans leurs pays.

Les protestations des jeunes travailleurs, surtout des femmes, au Sri Lanka sont motivées par des processus identiques. Après avoir hypothéqué le pays pour gaspiller des milliards de dollars dans l’armée et la guerre civile sur l’île, le président Mahinda Rajapakse est contraint par le Fonds monétaire international (FMI) de réduire rigoureusement les dépenses et d’appliquer une restructuration libérale.

Le principal but du projet des retraites est de stimuler le marché boursier et les investisseurs privés. La plupart des travailleurs de la FTZ, qui travaillent en moyenne cinq ans seront, privés d’avantages à long terme tout en étant obligés de cotiser pour le régime de retraite sur la base de leurs salaires et indemnités de départ. Pour les travailleurs jeunes qui sont forcés d’effectuer de longues heures et d’endurer des conditions de vie sordides pour un salaire mensuel, de 12.000 à 15.000 roupies (entre 110 et 135 dollars américains), y compris les heures supplémentaires, c’est tout simplement intolérable.

Depuis le 23 mai, les protestations prouvent que les tensions sociales ont atteint un point de rupture non seulement avec le gouvernement mais aussi avec les syndicats. Un éditorial paru la semaine passée dans le journal Island a judicieusement remarqué que Rajapakse, dont le gouvernement jouit d’une majorité des deux-tiers, avait cru pouvoir « faire accepter contre leur gré le PSP [plan des retraites] aux travailleurs » mais le « grand bond s’est terminé en vol plané. »

« Le PSP a été reporté au vu des protestations des travailleurs », dit un éditorial. « Le gouvernement avait été dans une hâte indécente pour faire passer précipitamment le projet de loi au parlement, mais en vain. Au lieu d’inviter les syndicats et les partis d’opposition à discuter de cette question vitale, les dignitaires du gouvernement, débordant d’arrogance, ont commencé à brailler une rhétorique creuse en promettant d’appliquer le plan des retraites quoiqu’il advienne. (Hélas, on les voit à présent soigner leurs plaies !) »

Island n’est pas un défenseur des droits des travailleurs mais il reconnaît, du fait de sa longue expérience, que les syndicats jouent un rôle essentiel pour étayer le régime bourgeois. En écartant les syndicats, Rajapakse a ouvert la voie à la révolte des travailleurs de l’industrie du vêtement qui, dans les conditions sociales de poudrière qui règnent sur l’île, menacent de déclencher un soulèvement plus général. Après 25 ans de privation due à la guerre, le gouvernement impose le fardeau de la crise économique à la population laborieuse. Depuis la fin des combats, en 2009, il continue à imposer un gel officiel des salaires malgré la hausse des prix.

Les syndicats et les partis d’opposition sont à présent montés au créneau en organisant des protestations limitées et en promettant de mener une lutter sans merci contre le projet des retraites. Derrière la rhétorique combative, ils se préparent à négocier avec le gouvernement qui, loin d’abandonner la loi, est déterminé à l’appliquer sous une forme amendée. Tous les partis – gouvernement, opposition et syndicats – sont parfaitement conscients que le FMI, agissant pour le compte du capital financier international, ne tolérera aucune opposition à ces exigences.

Si les syndicats ne parviennent pas à maîtriser les protestations, l’armée est prête à les réprimer. Des soldats étaient présents en force samedi pour les funérailles de Ratnasekera, le jeune travailleur de la FTZ tué, pour entourer l’église, empêcher la foule endeuillée de se rassembler et exécuter une ordonnance judiciaire interdisant les discours funéraires. Après avoir massacré des milliers de civils tamouls durant les derniers mois de la guerre communautaire dans l’île, le gouvernement Rajapakse n’hésitera pas à recourir à des méthodes similaires à l’encontre de la classe ouvrière – tant cinghalaise que tamoule.

Ces expériences renferment d’importantes leçons pour les travailleurs au Sri Lanka et internationalement. S'ils ne brisent pas la camisole de force des syndicats, les travailleurs ne pourront faire de pas en avant pour défendre leurs droits fondamentaux. Une fois cela accompli, toutefois, ils auront immédiatement à faire face à une lutte politique contre le gouvernement et l’appareil d’Etat, posant des tâches révolutionnaires comme c’est le cas en Egypte.

De plus, les travailleurs de la FTZ sont pleinement conscients que leurs exploiteurs ne sont pas juste des entreprises locales mais d’importants groupes internationaux qui peuvent aisément délocaliser leurs entreprises ailleurs. Toute lutte pour la défense des salaires et des conditions de travail, que ce soit au Sri Lanka, au Bangladesh, en Chine, en Egypte ou dans les pays industrialisés, requiert que l’on se tourne vers les travailleurs internationalement pour mener une lutte pour défendre les intérêts de classe communs fondés sur la perspective de l’internationalisme socialiste.

Seule la prise du pouvoir par la classe ouvrière à la tête des masses opprimées mettra fin à un ordre social qui condamne les jeunes travailleurs de la FTZ à un semi-esclavage pour moins d’un dollar de l’heure tout en générant d’énormes profits pour les groupes transnationaux. Pour mener une telle lutte, de nouveaux partis révolutionnaires de masse de la classe ouvrière sont requis. Au Sri Lanka, ceci signifie adhérer et construire le Parti de l’Egalité socialiste.

(Article original paru le 7 juin 2011)