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Québec : La crise au Parti québécois s'intensifie après la démission de trois députés vedettes

Par Eric Marquis
20 juin 2011

Le 6 juin dernier, trois députés vedettes ont claqué la porte du Parti québécois (PQ), venant ainsi exacerber la crise au sein de ce parti et plus généralement du mouvement souverainiste, déjà en crise suite à la quasi disparition du Bloc québécois du Parlement lors des dernières élections fédérales. Perçu il n'y a pas si longtemps comme le parti qui allait remplacer le très impopulaire gouvernement libéral de Jean Charest, le doute plane que le PQ puisse maintenant jouer ce rôle.

Cette crise vient sur les talons d’une autre crise majeure pour le mouvement souverainiste. Le Bloc québécois (BQ), le parti indépendantiste au niveau fédéral, a vu son vote s’effondrer lors des élections fédérales en mai dernier. Le chef du parti, Gilles Duceppe, et les autres grands bonzes du BQ se présentant dans des circonscriptions considérées comme des bastions du Bloc québécois ont mordu la poussière, transformant des avances de plusieurs milliers de voix lors des élections précédentes en défaites tout aussi importantes.

Louise Beaudoin, ex-porte-parole du PQ en matière de laïcité et de condition féminine, Pierre Curzi, acteur, anciennement président du syndicat des artistes et ex-porte-parole en matière de langue, ainsi que Lisette Lapointe, conjointe de l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau, ont quitté en bloc le Parti québécois, devenant ainsi députés indépendants. Ils ont été imités peu de temps après par le jeune député péquiste Jean-Martin Aussant, l’ancien banquier d'affaires et étoile montante du parti .

Ces démissions sont survenues tout juste après que le Parti québécois a porté le projet de loi 204, une loi antidémocratique visant à interdire toute poursuite sur une entente survenue entre la Ville de Québec et Quebecor Media, un géant canadien des médias, sur la gestion d'un futur amphithéâtre. Ce projet de loi pouvait difficilement défendre plus directement et ouvertement les intérêts de Quebecor et de son patron, Pierre Karl Péladeau, un milliardaire québécois reconnu pour ses méthodes antisyndicales et pour être un représentant des sections les plus à droite de la bourgeoisie, qui sont déterminées à attaquer de front les acquis des travailleurs. Avec ses quotidiens, ses tabloïds et ses chaînes de télé, Quebecor joue un rôle idéologique central pour la droite au Québec et au Canada.

L'ensemble de l'élite politique a appuyé le contenu du projet de loi 204 présenté par le PQ, qui stipule que l'entente, qui sert directement les intérêts de Quebecor en lui garantissant les profits et en refilant les risques au public, ne pouvait pas être contestée devant les cours. Avec la loi 204, l’entente devenait légale puisqu’elle n’avait plus à respecter les lois déjà existantes.

Mais une campagne menée par des opposants au maire de Québec, Régis Lebeaume, et qui a été appuyée par Québec solidaire, un parti qui se présente comme étant la gauche au Québec, a résulté en un tollé public contre la loi. En démissionnant, les députés ont déclaré qu’il ne pouvait pas soutenir l’entente en invoquant « les citoyens, qui sont devenus si distants de la classe politique, qui sont si déçus de la classe politique, tous partis confondus » dans les mots de Louise Beaudoin.

La démission des quatre députés du PQ, bien qu'elle soit survenue dans le cadre des discussions entourant le projet de loi 204, est davantage liée à de profonds désaccords sur la ligne politique du parti. Les quatre députés faisaient partie de la section la plus militante pour la souveraineté au sein du PQ. Le débat sur l'importance de la question de la souveraineté dans le programme du Parti québécois est un élément important, mais qui doit être vu dans tout le contexte du déclin du PQ et du BQ.

Depuis les élections de 2003 où le PQ a perdu 500.000 voix, soit environ 25 pour cent de son soutien électoral, la tendance générale de l'appui pour le PQ a été à la baisse, et ce, malgré la constante et massive impopularité des libéraux de Charest au pouvoir depuis ce temps. Encore jusqu'à tout récemment, le PQ était pressenti pour venir remplacer au pouvoir le Parti libéral, même si c’était sans enthousiasme populaire. Cette perspective s'est rapidement effritée avec la chute du BQ.

Derrière l’effondrement de l’appui électoral au Parti québécois, il y a un grand désabusement envers ce parti se présentant alors comme social-démocrate pour avoir coupé largement dans les services publics et les programmes sociaux. Élu en 1994, le gouvernement péquiste sous la gouverne de Lucien Bouchard, un ancien ministre conservateur, lançait son plan de compressions budgétaires, le déficit zéro, avec la bénédiction des dirigeants syndicaux, grands supporteurs du PQ et de l’option indépendantiste.

Dans les élections provinciales québécoises de 2007, le PQ n’avait même pas formé l’opposition officielle, n’obtenant que 36 sièges sur un total de 125. Depuis sa raclée de 2003, le PQ a toujours obtenu environ le même nombre de voix.

L'aliénation populaire envers le PQ et l'ensemble des partis traditionnels de la grande entreprise, a été clairement révélée lors des dernières élections fédérales par l'élection massive et sans précédent du Nouveau Parti démocratique dans la province de Québec. Ce parti est en effet passé d'un seul député à 59.

Comment a réagi le Parti québécois face à cette perte constante d'appui dans la population?

D'un côté , il a adopté une ligne de plus en plus chauvine, mettant les « questions identitaires » au coeur de son programme. Le PQ s'est fait le défenseur des « valeurs québécoises » encourageant les sentiments racistes, anti-immigrants et islamophobes en devenant, avec l'Action démocratique du Québec (ADQ), l'un des principaux défenseurs de la campagne, montée de toute pièce par l'élite et les médias, sur les « accommodements raisonnables ».

Après la campagne électorale de 2007, pour reprendre le titre de champion de ce chauvinisme à l’ADQ, le PQ avait aussi proposé l’adoption d’une loi sur la « citoyenneté québécoise ». Cette loi aurait privé les nouveaux arrivants au Québec de droits politiques importants s’ils échouaient un test d’aptitude en français ou s’ils n’avaient pas juré d’adopter les valeurs québécoises. Les droits politiques en question sont, entre autres, l’éligibilité de se présenter à des élections pour l’Assemblée nationale, des conseils municipaux ainsi que des comités scolaires, le droit de faire des contributions à des partis politiques et le droit d'adresser des pétitions à l'Assemblée nationale.

Dans son programme, le PQ maintient qu'il irait de l'avant, s'il était élu, avec son projet de citoyenneté québécoise.

En parallèle à ce tournant vers le chauvinisme, le PQ cherche à plaire aux sections les plus puissantes de l'élite québécoise qui exigent impatiemment un profond remaniement de la politique vers la droite. Selon elles, dans un contexte de crise capitaliste mondiale, l'assaut nécessaire contre la classe ouvrière exige une rupture avec les méthodes traditionnelles de compromis de classe.

Il est ainsi significatif qu'en mars 2010, lors d'un colloque sur la création de la richesse, le parti avait procédé à l'expulsion du SPQ Libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), une faction de la bureaucratie syndicale établie au sein du PQ depuis 2004.

Lors de son discours d'ouverture à ce colloque, Pauline Marois avait annoncé que « ce n'est plus l'État qui doit être au coeur de notre enrichissement national, ce sont les Québécoises et les Québécois qui doivent en être les fers de lance ».

Dans son programme, produit lors de son dernier congrès au début du mois d'avril, le PQ confirme qu'il embrasse la conception d'enrichissement personnel et d'austérité économique. « La richesse des pays repose aussi sur celle des individus et l’État a le devoir de réunir les conditions qui permettent à chacun de s’enrichir. »

Ces pressions, celles de la bourgeoisie qui exige un règlement de compte avec la classe ouvrière, et celles de la population qui est de plus en plus aliénée des partis officiels, ont un effet profondément déstabilisateur sur les partis traditionnels de la bourgeoisie.

La Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) dirigée par François Legault, anciennement ministre de l'Éducation et ministre de la Santé au PQ, un groupe de droite récemment formé a justement pour rôle de venir orienter tout le débat politique encore plus à droite. Ce mouvement soit jusqu'à maintenant peu connu, se présente de manière démagogique comme le porteur du changement, prêt à lutter contre « l'immobilisme » des Québécois.

Constamment mis en valeur par les médias, ce mouvement serait plus populaire, selon les sondages, que les péquistes ou les libéraux s'il formait un parti officiel. Loin de démontrer un véritable soutien populaire, les « succès » de la CAQ, en grande partie une fabrication des médias, témoignent davantage d'un profond désabusement dans la population et de l'intense désir de la bourgeoisie de trouver un moyen viable pour s'attaquer comme elle le souhaite aux droits et aux acquis durement gagnés de la classe ouvrière.