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Les partis sri lankais anciennement de gauche et les travailleurs de la FTZ

Par K. Ratnayake
11 juin 2011

Le rôle insidieux joué par les diverses organisations jadis de gauche et pseudo-radicales pour soutenir le régime capitaliste a été clairement révélé par les grèves et les protestations qui ont éclaté au cours des ces deux dernières semaines parmi les travailleurs de la zone de libre échange (Free Trade Zone, FTZ) au Sri Lanka

Des dizaines de milliers de travailleurs de la FTZ de Katunayake ont participé aux débrayages et aux manifestations contre le projet d’un plan des retraites. Ce qui a secoué le gouvernement dans son ensemble est le fait que les arrêts de travail ont eu lieu en grande partie indépendamment des syndicats, menaçant de déclencher une rébellion plus vaste de la classe ouvrière contre la dégradation du niveau de vie.

Le gouvernement a été contraint de suspendre l’adoption de la loi sur les retraites après que des milliers de policiers ont non seulement été incapables de réprimer les protestations le 30 mai, mais ont, par leurs actions brutales, provoqué un débrayage suivi par l’ensemble des 40.000 travailleurs de la FTZ de Katunayake. Des articles de presse ont critiqué la bévue du président Mahinda Rajapakse de ne pas avoir consulté les syndicats et les partis d’opposition pour désamorcer la colère des travailleurs.

Alors que les syndicats se précipitent pour refréner les protestations dans la FTZ, les ex-gauchistes du Nouveau parti pour une société de l’Egalité (Nava Sama Samaja Party, NSSP) tentent désespérément de raviver parmi les travailleurs les illusions selon lesquelles les dirigeants syndicaux défendront les droits des travailleurs. Samedi, dans sa rubrique hebdomadaire de l’Irida Lakabima, le dirigeant du NSSP, Wickremabahu Karunaratna, avait de manière éhontée falsifié la vérité en se présentant lui-même et les responsables de la centrale syndicale commune (Joint Trade Union Alliance, JTUA) comme des « dirigeants prolétariens » se trouvant au premier plan de la lutte contre la loi sur les retraites.

Karunaratna est parfaitement conscient de la grande méfiance et de l’hostilité qui existent parmi les travailleurs quant aux syndicats qui, au Sri Lanka, tout comme dans d’autres pays, opèrent comme une police sur le lieu du travail pour les élites politiques et patronales. « Beaucoup pensaient qu’il n’y aurait pas de soulèvement des travailleurs. Comme de nombreux dirigeants syndicaux ont rejoint le gouvernement, de nombreuses personnes pensaient qu’il ne serait pas possible de faire débrayer les travailleurs… [Mais] la JTUA a été en mesure de lancer la plus grande lutte de ces dernier temps, » a-t-il écrit.

Le dirigeant du NSSP s’en est pris également au parti d’opposition le Front populaire de Libération (Janatha Vimukthi Peramuna, JVP) et à ses syndicats pour n’avoir pas réussi à soutenir les premières protestations des travailleurs de la FTZ le 24 mai. Il a énuméré tous les syndicats y ayant participé en qualifiant les dirigeants de « futurs combattants de la classe ouvrière. » Anton Marcus, dirigeant du syndicat Free Trade Zone and General Services Workers Union (FTZGSWU), a reçu une mention spéciale pour avoir joué un « rôle significatif dans cette lutte. » Les dirigeants syndicaux du NSSP ont été présentés comme étant des « dirigeants de la classe ouvrière. »

La rubrique entière est une imposture. En réaction à une opposition acharnée des travailleurs contre le plan des retraites gouvernemental, la JTUA, une coalition de 26 syndicats, a fini par appeler à une manifestation le 24 mai. Comme toutes les autres actions syndicales, elle était conçue pour permettre aux travailleurs d'exprimer leur colère et non comme un défi lancé au gouvernement Rajapakse. Il avait été demandé aux travailleurs de ne pas faire grève et, dans la mesure du possible, de prendre un congé pour participer aux réunions sur leur lieu de travail. Ceux qui étaient restés au travail ont été encouragés à porter des vêtements noirs et à hisser des drapeaux noirs en signe d’opposition.

Même cette campagne restreinte a été annulée en faveur toutefois d’un piquet de grève symbolique contre le plan des retraites. Alors que ces « dirigeants de la classe ouvrière » s’exprimaient devant 300 de leurs partisans dans le centre de Colombo, les travailleurs de la FTZ de Katunayake, au Nord de Colombo, avaient pris les choses en mains. Quelque 25.000 sont sortis de leurs usines le 24 mai, pour bloquer la route en direction de l’Aéroport International Bandaranaike et ont arraché une énorme affiche du président Rajapakse.

Le « rôle significatif » joué par Anton Marcus a été d’arriver précipitamment de Colombo non pas pour apporter une direction aux protestations mais pour appeler les travailleurs à se disperser. Il a prétendu à tort que le gouvernement avait abandonné la loi sur les retraites et que les travailleurs avaient gagné. Marcus a été immédiatement hué par les travailleurs qui ont saisi son mégaphone et l'ont obligé à partir. Les dirigeants syndicaux du NSSP aussi se sont empressés de rejoindre la manifestation mais n'ont joué aucun rôle dans son organisation.

Les travailleurs de la FTZ ont déjà de l’expérience avec la JTUA et ses « dirigeants prolétariens. » En 2009, Marcus avaient participé aux côtés d’autres dirigeants syndicaux à des négociations avec des représentants du gouvernement et du patronat et qui avaient donné le feu vert à la suppression de 50.000 emplois.

Aucun des syndicats n’a défié le gel officiel des salaires imposé par le gouvernement Rajapakse. Ils ont rapidement abandonné au début de l’année dernière leur campagne pour une augmentation de 5.000 roupies (45 dollars américains) du salaire mensuel pour demander à la place que Rajapakse tienne une promesse électorale d'augmentation de salaire de 2.500 roupies. Après que le président fut revenu sur sa promesse, les syndicats ont laissé tomber leur revendication.

Depuis le 24 mai, les syndicats travaillent d’arrache-pied pour reprendre le contrôle du mouvement des travailleurs de la FTZ. Suite aux affrontements du 30 mai et après la suspension par le gouvernement de la loi sur les retraites, tous les syndicats ont clamé qu’une « victoire » avait été remportée en rivalisant les uns avec les autres pour en revendiquer le mérite. En fait, le gouvernement a simplement reculé pour pouvoir représenter au parlement le plan des retraites sous une forme amendée – avec l’aide des syndicats et des partis d’opposition.

Dans sa rubrique, Karunarathna a envisagé la perspective d’une alliance avec des sections du gouvernement. « A présent ces partisans du gouvernement, des syndicats affiliés à d’anciens partis de gauche dont le Lanka Sama Samaja Parti (LSSP), le Parti communiste (CP) et Vasudera [Nanayakkara] ont commencé à travailler ensemble pour s’unir à la JTUA, » s’est-il emballé.

Le LSSP, le CP et Nanayakkara, l’un des anciens collègues NSSP de Karunaratna, ne sont pas opposés au programme libéral du gouvernement. Ils ont soutenu chacune des attaques contre les droits démocratiques et le niveau de vie de la classe ouvrière. Si ces partis et leurs syndicats s’unissent à la JTUA, ce n’est que pour mieux étouffer et saborder toute initiative indépendante des travailleurs. Tous, y compris Karunaratna, sont d’accord avec le gouvernement pour que le plan des retraites soit adopté d’une manière ou d’une autre dans le but de satisfaire les exigences du Fonds monétaire international (FMI).

Karunaratna reconnaît que les protestations dans la FTZ ne sont qu’un symptôme des luttes des classe à venir. Il a ainsi conclu : « En raison du soulèvement de la FTZ, une importante prise de conscience à eu lieu dans le pays, exacerbant la lutte des classes qu'on ne peut arrêter… Tous en ont tiré des leçons. »

Karunaratna a saisi l’occasion pour proposer les services du NSSP afin de rabibocher encore une foi un nouveau bloc opportuniste – cette fois avec le LSSP, le PC et tous les autres partis pouvant être encordés – pour empêcher toute mobilisation indépendante de la classe ouvrière.

Depuis sa création en 1978, le NSSP a tenté de lier les travailleurs à l’un ou à l’autre des partis capitalistes – d’abord le Sri Lanka Freedom Party (SLFP) de Rajapakse, puis le JVP et dernièrement, l’United National Party (UNP) droitier. Juste avant les protestations du 24 mai, Karunaratna avait envoyé des dirigeants syndicaux du NSSP et de la JTUA pour rencontrer le dirigeant de l’UNP, Ranil Wickremesinghe, afin d’organiser une campagne commune concernant la loi sur les retraites.

Les travailleurs devraient en tirer des conclusions diamétralement opposées. Leur hostilité instinctive aux syndicats et aux partis capitalistes est parfaitement justifiée mais tout à fait insuffisante pour la lutte qui est en cours. Qu’ils en soient conscients ou non, les travailleurs se trouvent dans une confrontation politique avec le gouvernement qui applique les dictats du FMI. Pour mener cette lutte, les travailleurs doivent instaurer leur indépendance organisationnelle et politique par rapport à l’ensemble des partis et individus qui cherchent à conclure un compromis avec le régime Rajapakse.

Le Parti de l’Egalité socialiste (SEP) préconise la formation de comités de travailleurs dirigés par des travailleurs élus et fiables, et indépendants des syndicats. Les travailleurs ne peuvent compter sur le LSSP, le PC ou toutes les autres vieilles organisations traîtres mais doivent se tourner vers d’autres section de travailleurs au Sri Lanka, en Asie et internationalement et qui sont confrontés à des attaques identiques contre leur niveau de vie. La base pour l’unification des travailleurs est la lutte pour un programme internationaliste et socialiste pour l’abolition du capitalisme et la réorganisation de la société dans le but de satisfaire les besoins sociaux urgents et non les profits privés. La mise en œuvre d’un tel programme requiert d’entreprendre la lutte pour le pouvoir politique et l’établissement d’un gouvernement ouvrier et paysan. Telle est la perspective pour laquelle le SEP lutte au Sri Lanka.

(Article original paru le 8 juin 2011)