Home » Nouvelles internationales » Asie » Asie de l'Est » Chine

Quatre-vingt dix ans depuis la fondation du Parti communiste chinois

Par John Chan
9 juillet 2011

Vendredi dernier, le Parti communiste chinois (PCC) célébrait son 90e anniversaire en grande pompe dans tout le pays, y compris par le truchement de films, d’expositions et d’innombrables autres événements. Mais le caractère même de la fête a démontré que le Parti d’aujourd’hui n’a rien à voir avec le communisme, la classe ouvrière, ou même le PCC fondé en 1921.

Le thème central était une exécrable célébration de nationalisme et de patriotisme chinois, visant à enterrer les origines du parti en tant qu’organisation de combat de la classe ouvrière basée sur l’internationalisme socialiste. Le régime actuel du PCC, qui préside à l’expansion stupéfiante du capitalisme chinois, n’a certainement pas envie que les travailleurs tirent des leçons de l’histoire des débuts du Parti.

Le PCC fait la promotion du « tourisme rouge » à la ville de Yan’an, où l’armée paysanne de Mao Zedong avait établi son quartier général dans les années 1930, mais il se garde bien de parler des sites où la classe ouvrière a mené des soulèvements révolutionnaires dans les années 1920. Le sort de la maison de briques grises du Shanghai industriel d’antan où le PCC a tenu son congrès fondateur en 1921 est révélateur. La maison se trouve maintenant dans un quartier de restaurants hauts de gamme et de divertissement développé par des magnats de Hong Kong et où habitent les classes aisées chinoises.

Le congrès fondateur n’avait réuni que 13 personnes – représentant un effectif de moins de 60 personnes – en plus de Maring (Hendrick Sneevliet), le délégué de l’Internationale communiste. Chen Duxiu, le doyen de l’Université de Beijing et l’éditeur de La Jeunesse, y a été élu en tant que dirigeant du Parti. La création du PCC s’inscrivait dans la puissante réponse internationale à la révolution russe de 1917. Même si petit au départ, le parti a rapidement été jeté dans le tourbillon de la révolution et a été confronté au défi de prendre le pouvoir.

Tragiquement, la dégénérescence bureaucratique de l’Union soviétique isolée à l’échelle internationale et arriérée sur le plan intérieur sous Joseph Staline, est devenue le principal obstacle à la révolution chinoise subséquente de 1925-1927. Répudiant les leçons de la Révolution russe, Staline a ressuscité la théorie menchevik de la révolution en « deux étapes », subordonnant le PCC au Kuomintang (KMT) bourgeois et soutenant que dans la Chine économiquement arriérée, la classe capitaliste devait d’abord mener la révolution bourgeoise et prendre le pouvoir, reportant ainsi toute révolution socialiste par la classe ouvrière dans un avenir lointain.

Les résultats ont été désastreux. Le KMT sous Tchang Kaï-Chek, a exploité le prestige du PCC et de l’Union soviétique, puis s’est retourné contre le Parti en avril 1927, tuant des milliers de ses membres et de travailleurs sympathisants à Shanghai. Trois mois plus tard, cette débâcle s’est répétée lorsque Staline a de nouveau subordonné le PCC au KMT « de gauche ». Pour contrer les critiques de ses politiques ruineuses exprimées par l’Opposition de gauche qui avait été formée en 1923 par Léon Trotsky, Staline ordonna au PCC défait de mener un soulèvement à Guangzhou à la fin de 1927, et qui s’est terminé en catastrophe.

Deux choix nets se présentaient au PCC. Le premier, retenu par Chen Duxiu, était de tirer les leçons nécessaires des trahisons de Staline et de former une Opposition de gauche chinoise. Le second a été retenu par Mao Zedong, qui venait à la conclusion erronée que la classe ouvrière était incapable de mener une révolution, et que le PCC devait donc se tourner vers la paysannerie. En noyant le PCC dans un mouvement de guérilla paysanne, Mao a dans les faits arraché le Parti de son axe prolétarien et l’a transformé en un mouvement radical de la petite bourgeoisie rurale, une transformation qui devait avoir de profondes implications.

Dans une lettre pénétrante à ses partisans chinois écrite en 1932, Trotsky les avertit des dangers que présentent les armées paysannes de Mao pour la classe ouvrière : « Le mouvement paysan est un grand facteur révolutionnaire dans la mesure où il est dirigé contre les gros propriétaires fonciers, les militaristes, les geôliers et les usuriers. Mais dans le mouvement paysan lui-même, il y a une très forte tendance réactionnaire et de propriétaires. Et à un certain stade, la paysannerie peut se retourner contre les ouvriers, en ayant en outre les armes à la main. »

Ces avertissements ont été confirmés en 1949. Ayant d’abord tenté de former une coalition avec le KMT, Mao s’est vu contraint par la suite de réagir lorsque Tchang Kaï-Chek a tenté d’écraser militairement le PCC. La victoire du PCC n’a pas tant été le résultat du supposé génie militaire de Mao, mais bien plus de l’implosion économique et politique du régime du KMT totalement corrompu. En prenant le pouvoir, le PCC a réprimé toute activité indépendante de la classe ouvrière, emprisonné les trotskystes chinois et mis en œuvre la version de Mao de la théorie de la révolution en deux étapes en créant une alliance avec les représentants de la grande bourgeoisie qui n’avaient pas fui à Taiwan ou à Hong Kong, de même que d’anciens généraux du KMT, dont même certains qui avaient massacré les communistes en 1927.

L’évolution subséquente de la Chine en plus important atelier de misère du capitalisme mondial découle organiquement des fondements du régime créé en octobre 1949. L’article 3 de la constitution fondatrice du régime du PCC comprend la défense explicite des rapports de propriété capitalistes. Dans la mesure où le PCC effectuait des nationalisations, l’objectif n’était pas tant le socialisme que de créer une économie nationale réglementée ne différant finalement en rien des mesures prises dans des pays postcoloniaux ouvertement capitalistes comme l’Inde. La nationalisation des terres n’était pas, comme Lénine l’a expliqué, une mesure socialiste, mais bien une politique bourgeoise radicale pour mettre fin à la classe des seigneurs féodaux et créer en dernière analyse la base de l’épanouissement du capitalisme.

En dépit des diverses divisions internes, le régime du PCC était fondé sur l’utopie réactionnaire stalinienne du « socialisme dans un seul pays ». Coupée de l’économie mondiale, la Chine est passée d’une crise à l’autre. Les expériences de socialisme rural de Mao ont entraîné des ravages économiques et la terrible famine des années 1950 qui a tué des dizaines de millions de personnes.

 

Le dernier souffle du radicalisme paysan de Mao a été sa tentative d’écraser ses factions rivales en déclenchant en 1966 la bien mal nommée « Grande Révolution culturelle prolétarienne ». Cette lutte de factions a déchaîné des luttes militantes inattendues au sein de la classe ouvrière, forçant le PCC à y mettre terme en envoyant l’armée réprimer le mouvement. Ayant atteint une impasse économique, Mao a signalé le début de l’embrassade de l’impérialisme par le PCC en orchestrant le rapprochement avec les États-Unis en 1972. Il commença dès lors à ouvrir la porte à l’entretien de liens économiques avec des sociétés étrangères.

En plein milieu des célébrations, l’agence de nouvelles officielle Xinhua a claironné : « L’histoire a prouvé que seul le Parti communiste chinois peut sauver la Chine. » La fin des restrictions sur l’exploitation capitaliste dans les 30 années qui ont suivi le déclenchement officiel des réformes pro-marché en 1978 par Deng Xiaoping s’est certainement révélée une aubaine pour les capitalistes chinois émergents, ainsi que pour le capital international désespéré de trouver de nouvelles infusions de travail à bon marché.

Depuis 1949, l’État policier du PCC a mis en place des mesures bourgeoises – intégration du pays, nationalisation des terres, élargissement de l’éducation et construction d’infrastructures – que le KMT s’était avéré totalement incapable de réaliser. Le fil conducteur de toutes les contorsions et de tous les virages du PCC est sa profonde méfiance et son hostilité à l’endroit de la classe ouvrière. L’incarnation la plus graphique en a été la répression brutale à la place Tienanmen en 1989 après que les masses ouvrières ont commencé à exprimer leurs revendications de classe en manifestant.

Toutes les clameurs patriotiques actuelles du régime ne peuvent toutefois occulter les immenses contradictions du capitalisme chinois. La direction du PCC est extrêmement consciente qu’elle est assise sur une bombe à retardement économique et sociale, incarnée par-dessus tout par l’énorme fossé entre les riches et les pauvres. Ce sentiment d’insécurité et d’isolement a bien été articulé par Hu Jintao, le secrétaire général du PCC, dont le parti de 80 millions de membres comprend désormais certains des milliardaires de la Chine. Hu Jintao a en effet déclaré récemment que la fin de la corruption endémique au sein du Parti était essentielle et permettrait « de gagner ou de perdre le soutien du public et la vie ou la mort du Parti. »

Ces activités d’anniversaire pourraient bien être le dernier hourra du Parti. En dépit de leurs extravagances, le régime apparaît comme un homme de 90 ans regardant avec horreur le fossoyeur qu’elle a engendré, à savoir un prolétariat considérablement élargi, qui est passé des 8 millions de travailleurs qu’ils étaient en 1949 à 500 millions actuellement. Le seul fondement pour renverser l’État policier de Beijing est la théorie de la révolution permanente formulée par Trotsky, et qui insiste sur le rôle de leadership que doit occuper la classe ouvrière dans la mobilisation des masses opprimées pour renverser le régime du PCC, établir un véritable État ouvrier et mettre en œuvre des politiques socialistes dans le cadre de la lutte pour le socialisme international.

Pour se préparer à cette tâche, les travailleurs et les intellectuels chinois doivent tirer les leçons tragiques des expériences stratégiques de la classe ouvrière au XXe siècle en Chine et ailleurs dans le monde, et tout particulièrement les trahisons perpétrées par le stalinisme et le maoïsme. Un nouveau parti révolutionnaire véritablement marxiste doit être construit sur la base des leçons du long combat politique du mouvement trotskyste contre le stalinisme : la section chinoise du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 5 juillet 2011)