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L’armée sri lankaise a tenté de bloquer la tenue d’une réunion du SEP à Jaffna

Par notre correspondant
5 juillet 2011

Malgré des actions perturbatrices de la part de l’armée et de la police dans la ville de Jaffna, occupée par l’armée dans le Nord du Sri Lanka, des travailleurs, des jeunes et des femmes au foyer ont participé le 19 juin à une réunion publique très suivie organisée par le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) sur « Les soulèvements au Moyen-Orient et la théorie de la révolution permanente. »

Deux jours avant la réunion, des officiers de l’armée avaient ordonné à la Société coopérative polyvalente de Jaffna de ne pas permettre au SEP d’utiliser ses locaux bien qu’ils aient été réservés des semaines à l’avance. Les gérants ont dit aux organisateurs que l’armée projetait de tenir ce jour là une réunion dans cette salle. Lorsque des partisans du SEP ont objecté en disant que le parti avait déjà payé pour la salle, les gérants ont dit qu’ils ne pouvaient pas permettre la tenue de la réunion car il pourrait y avoir des « perturbations ».

Les responsables n’ont pas précisé qui avait l’intention de perturber la réunion mais ont mentionné qu’une attaque avait eu lieu contre une réunion organisée par l’Alliance nationale tamoule (TNA), un parti tamoul bourgeois le 15 juin dans une banlieue de Jaffna. La TNA a accusé l’armée de s’être introduite dans sa réunion électorale tenue à l’occasion des élections gouvernementales locales, attaquant les participants et les chassant. Le commandant des forces armées de Jaffna a nié toute implication de ses forces de sécurité, mais il est impossible que de telles attaques se produisent dans le Nord et l’Est de Sri Lanka sans leur participation ou leur aide.

Le SEP a dû réserver le Weerasingham Hall, non loin de là, pour tenir sa réunion. Lors d’une nouvelle tentative d'intimidation des partisans du parti, des officiers de l’armée s’y sont rendus également pour photocopier le formulaire du SEP de demande de location de la salle.

Il y a eu également harcèlement avant la réunion, durant la campagne de deux semaines du SEP. Des milliers de tracts et d’articles du World Socialist Web Site ont été distribués à Jaffna, à Chavakachcheri, à l’université de Jaffna et dans plusieurs autres régions. Des escadrons de l’armée et de la police ont relevé les noms, les adresses et les numéros de carte d’identité des partisans du SEP. Des gros bras pro gouvernement et les officiers de la police ont déchiré en plein jour les affiches du SEP.

Ces tentatives de bloquer la réunion du SEP reflètent les mesures d’Etat policier en vigueur à l’encontre des gens ordinaires partout dans le Nord et l’Est de l’île. Malgré les affirmations du gouvernement d’avoir « libéré » les masses tamoules par une victoire sur l’organisation des Tigres de Libération de l’Eelam tamoul (LTTE), ce qui l’a remplacée c’est une occupation militaire permanente.

Présidant la réunion publique R. Sambandan, du comité central du SEP, a dénoncé la tentative de l’armée de saborder la réunion. Il a précisé : « Les forces de sécurité sont particulièrement sensibles au fait que les jeunes et les travailleurs du Nord et de l’Est ne tirent les leçons des soulèvements au Moyen-Orient. De telles protestations de masse pourraient se propager jusqu’ici. Avec la défaite militaire du LTTE et la divulgation du caractère réactionnaire de sa politique séparatiste, le peuple tamoul est à la recherche d’une issue.

Nanda Wickremasinghe

Prononçant le rapport principal, Nanda Wickremasinghe, qui fait également partie du comité central du SEP, a décrit le soulèvement des travailleurs et des jeunes en Tunisie et en Egypte au cours des deux premiers mois de l’année. Il a dit que Mohammed Ben Ali et Hosni Moubarak, les dictateurs respectifs de la Tunisie et de l’Egypte, avaient été chassés par des luttes de masse mais qu'une nouvelle étape politique avait commencé.

« Il n’aura pas fallu beaucoup de temps pour que les travailleurs d'Egypte se rendent compte qu’ils ont été trompés ; qu’aucun des droits démocratiques et sociaux qu’ils avaient revendiqués ne s'étaient concrétisés, à savoir la fin du régime d’urgence et de répression policière et militaire, un emploi décent, le droit de s’organiser et la fin de la flambée des prix, » a-t-il dit.

Wickremasinghe a expliqué: « Le commandant en chef Mohammed Hussein Tantawi qui a succédé à Moubarak, est un homme qui est soutenu par les mêmes forces réactionnaires. Il opère en tant qu’agent de l’impérialisme américain. Les travailleurs se sont mobilisés par milliers pour appeler à une « deuxième révolution. »

« Ceci confirme la théorie de la révolution permanente développée par Léon Trotsky: Ce n'est que si la classe ouvrière prend le pouvoir et accomplit les tâches socialistes que les masses seront pas en mesure d’obtenir des droits démocratiques. »

Cette leçon est directement essentielle à la lutte pour les droits démocratiques des gens de langue tamoule au Sri Lanka, a expliqué Wickremasinghe. Après des décennies de politique séparatiste, dirigée par des organisations tamoules bourgeoises dont le TNA et le LTTE, les gens ont été plongés dans la misère et dans une impasse politique.

Wickremasinghe a dit que les soulèvements au Moyen-Orient avaient entamé une nouvelle période d’une offensive révolutionnaire internationale de la classe ouvrière, la force sociale capable d’assumer la direction des masses opprimées. Il a dit que depuis l’effondrement de l’Union soviétique, du fait de la trahison de la bureaucratie stalinienne, bien des gens ont exclu toute perspective que la classe ouvrière n’apparaisse sur le devant de la scène.

L’intervenant a fait référence à une remarque faite la veille par le député TNA Suresh Premachandran lors d’une réunion publique à Jaffna. Premachandran avait dit que la répression contre les Tamouls pouvait se résoudre par l’intervention de la « communauté internationale », notamment les Etats-Unis.

Wickremasinghe a indiqué que ces grandes puissances avaient soutenu la guerre de Rajapakse. S’ils critiquaient à présent le gouvernement c’était pour renforcer leurs propres intérêts stratégiques et économiques. Il a ajouté que le TNA dépendait des puissances capitalistes et était en train de négocier avec le gouvernement pour préserver les privilèges de l’élite tamoule. En rejetant cette ligne capitaliste, les travailleurs aussi bien tamouls, cinghalais que musulmans devaient s’unir par-delà les clivages ethniques pour se tourner vers la classe ouvrière internationale.

Wickremasinghe a précisé que la seule issue était la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan sous forme d’une République socialiste du Sri Lanka et de l’Eelam comme partie intégrante de l’Union des républiques socialistes d’Asie du Sud dans une lutte pour le socialisme international. Il a pressé les travailleurs et les jeunes à adhérer au SEP pour lutter pour cette perspective.

Durant la campagne du SEP, il y a eu des débats sur le lien entre les expériences de la guerre civile, les soulèvements au Moyen-Orient et la réaction politique brutale du gouvernement sri lankais aux protestations contre le projet d’un plan de retraite qui avaient éclaté parmi les travailleurs de la zone de libre échange (FTZ).

Un étudiant de l’université a dit: « C’est juste que les travailleurs descendent dans la rue contre le régime oppressif. Ceci prouve que seule la classe ouvrière est capable de mener la lutte contre le gouvernement Rajapakse. Nous condamnons l’attaque contre les travailleurs de la zone de libre échange et le meurtre du jeune travailleur ainsi que le fait que d’autres travailleurs ont été blessés. Les travailleurs en Egypte nous ont montré l’exemple. »

Rasik, un travailleur musulman, a aussi condamné l’attaque contre les travailleurs de la FTZ. Il a souligné : « Vous êtes les seuls à parler de vouloir unir la classe ouvrière au-delà des divisions religieuses et nationales. Tout comme au Moyen-Orient, ici aussi la classe ouvrière devrait s’unir contre le régime oppressif. Avant je soutenais l’UNP [un parti bourgeois de droite]. Il a été responsable du meurtre de centaines de personnes durant les émeutes de 1983 [anti-tamouls]. Après, ça j’ai quitté l’UNP. Je ne soutiens aucun parti maintenant. Tous les vieux partis sont pareils. Votre programme m’a donné de l’espoir. »

(Article original paru le 1er juillet 2011)