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Le bombardement de la résidence-caserne de Kadhafi

Par Barry Grey
23 mars 2011

Le bombardement dimanche soir de la résidence-caserne du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, à Tripoli symbolise le caractère criminel de la guerre lancée par les Etats-Unis et leurs alliés et révèle au grand jour les prétentions humanitaires d’une soi-disant « action limitée » pour protéger les civils.

Les missiles de croisière qu’aurait tirés un sous-marin britannique ont réduit à l’état de ruines un immeuble de trois étages situé dans la résidence-caserne. Plus tôt dans la journée de dimanche, le secrétaire d’Etat britannique à la Défense, Liam Fox, avait dit que Kadhafi était une cible légitime de l’attaque aérienne massive qui est menée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France contre un ancien pays colonial quasiment sans défense.

S’exprimant lundi depuis sa base en Allemagne, le général américain Carter Ham, commandant des forces américaines en Afrique et commandant les forces attaquant la Libye, a nié que Kadhafi était ciblé directement. Dans le même temps, il a défendu la frappe de missiles comme faisant partie de la tentative de porter atteinte aux « capacités de commandement et de contrôle » du régime.

Le site Internet du quotidien britannique Daily Mail a rapporté lundi que des espions du MI6 avaient téléphoné aux généraux de Kadhafi pour les mettre en garde qu’ils seraient la cible de missiles à moins de faire défection.

Le bombardement de la résidence-caserne de Kadhafi révèle l’impudence avec laquelle la coalition de guerre emmenée par les Etats-Unis recourt à la feuille de vigne juridique d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui autorise apparemment une zone d’exclusion aérienne pour attaquer aveuglément des cibles tant militaires que civiles. Le but de l’agression autorisée par l’ONU n’est pas la protection des civils mais la destruction de l’infrastructure militaire de Kadhafi et, si possible, le meurtre du chef d’Etat lui-même, afin de remplacer son régime dictatorial par un instrument encore plus complaisant à l'égard des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne ainsi que des conglomérats pétroliers occidentaux.

Une fois de plus, les Nations unies se sont révélées n’être rien d’autre qu’un instrument au service des grandes puissances, en confirmant la définition judicieuse de « repaire de brigands » donnée par Lénine à l’organisation antérieure, la Société des Nations.

Des messages des médias disent qu’environ 300 partisans de Kadhafi se trouvaient dans l’enceinte résidentielle au moment de l’attaque, et ce bien que le gouvernement libyen n’ait pas fait état de victimes lors de l’explosion.

Il semble que le président Barack Obama fait tout ce qu'il peut pour revêtir le manteau de la barbarie de Ronald Reagan et de George W. Bush, en lançant la guerre le jour du huitième anniversaire de l’invasion de l'Irak, et en bombardant la résidence-caserne de Kadhafi presque tout juste 25 ans après que Reagan avait bombardé ces mêmes installations, tuant 60 Libyens, dont la fille adoptive de Kadhafi.

Malgré toutes les discussions d’une intervention limitée et définie de manière claire et nette, les Etats-Unis ont insisté pour que l'expression de la résolution de l’ONU votée jeudi dernier autorise « toutes les mesures nécessaires » contre les forces de Kadhafi. Ceci donne le feu vert à une guerre totale.

La prétendue interdiction d’une « force d’occupation » est une autre tromperie. Les ministres britanniques et le premier ministre David Cameron disent déjà que les troupes britanniques pourraient être déployées dans le soi-disant but de contrôler l’embargo sur les armes sans violation de la résolution de l’ONU.

Depuis une dizaine d’années, Kadhafi jouissait de relations des plus chaleureuses avec Washington et les capitales européennes après avoir accepté de fermer ses installations nucléaires, de collaborer dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » et d’octroyer des concessions pétrolières lucratives aux sociétés occidentales. Mais, à présent il rejoint une longue liste d’agents de l’impérialisme américain qui, malgré tous leurs efforts, sont devenus des entraves aux objectifs géostratégiques de l’élite dirigeante américaine. La liste inclut Noriega du Panama, Aidid de Somalie, Milosevic de Serbie et Saddam Hussein.

Dans la lutte plus large des Etats-Unis pour contenir et finalement écraser la vague révolutionnaire qui balaie une grande partie de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient, Kadhafi est devenu superflu. Washington s’est emparé du soulèvement contre Kadhafi dans l’Est du pays, et pourrait bien y être pour quelque chose, pour faire partir Kadhafi et pour fabriquer un nouveau régime de type colonial à partir duquel les Etats-Unis peuvent agir militairement et politiquement contre la menace d’une révolution socialiste, notamment en Egypte et en Arabie saoudite, et protéger leur allié clé, Israël.

Alors même que les bombes continuaient lundi de s’abattre sur Tripoli et d’autres villes et que les ruines fumantes de tanks et des corps calcinés des troupes de Kadhafi battant en retraite jonchaient les routes à l’extérieur de Benghazi et d’autres villes, Obama a redit que le but du massacre était le retrait de Kadhafi. « La position américaine reste la même: Kadhafi doit partir, » a-t-il dit lors de la conférence de presse à Santiago du Chili.

Avec un double-langage typique, Obama et ses homologues en Europe cherchent à associer l’exigence d’un changement de régime aux promesses de permettre au peuple libyen de décider de son propre destin. En fait, l’agression contre la Libye est précisément destinée à empêcher que la classe ouvrière, à la tête des masses opprimées de Libye et de la région toute entière, ne règle ses comptes avec les différents régimes bourgeois fantoches en brisant l’étau de l’impérialisme et en prenant le pouvoir en mains propres.

Un mobile supplémentaire se cache derrière la sauvagerie de l’attaque contre la Libye. Washington ne peut permettre à un quelconque dirigeant de défier avec impunité ses dictats. L’ancien candidat démocrate à la vice-présidence, Joseph Lieberman, y avait fait allusion dimanche lors d’une émission télévisée en déclarant qu’une fois que les Etats-Unis avaient exigé la démission de Kadhafi il devait partir parce que le prestige international des Etats-Unis en dépendait.

La Libye va devoir servir d’exemple à tous les pays opprimés. Le spectacle de la capacité des puissances impérialistes à faire pleuvoir la mort et destruction en déchaînant une énorme puissance de feu est censé freiner les aspirations révolutionnaires des travailleurs et des jeunes partout dans la région.

La violence de l’impérialisme est attisée par les contradictions économiques, sociales et politiques grandissantes et par l’intensification des conflits inter-impérialistes émanant de l’effondrement du système financier mondial d’il y a trois ans et demi. Le rôle agressif de la France et de la Grande-Bretagne dans la guerre actuelle, les efforts tardifs et précipités des Etats-Unis pour prendre les devants, l’opposition de la Russie et de l’Allemagne contre l’intervention militaire reflètent la course menée par les grandes puissances pour constituer des zones d’influence et contrôler les ressources et les marchés en Afrique, au Moyen Orient et au-delà.

Dans ces conditions, le cadre tout entier du droit international établi après la Deuxième guerre mondiale s’est effondré. Il a été remplacé par l’assertion que la guerre est un moyen légitime de la politique étrangère tout comme des pratiques telles la torture et les assassinats ciblés.

On trouve dans ce nouveau déclenchement en Libye du non respect des lois et de la barbarie la dérive du capitalisme vers une guerre mondiale. Les paroles de Trotsky, écrites en 1938 dans le programme de fondation de la Quatrième Internationale, résonnent aujourd’hui avec une pertinence énorme : « Sous la pression croissante du déclin capitaliste, les antagonismes impérialistes ont atteint la limite au-delà de laquelle les divers conflits et les explosions régionales sanglantes (Ethiopie, Espagne, Extrême Orient, Europe centrale) doivent infailliblement se confondre en une conflagration mondiale. »

Aujourd’hui comme alors, la seule manière de mettre fin à la guerre et d’empêcher une conflagration mondiale est de désarmer les impérialistes au moyen d’une révolution socialiste mondiale.

 

 

(Article original paru le 22 mars 2011)