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Le socialisme et la crise économique mondiale

Par Stefan Steinberg et Barry Grey
12 octobre 2011

Trois ans après la plus grave crise économique mondiale depuis les années 1930 et alors que le système capitaliste plonge dans la dépression, les marchés boursiers dans le monde entier décrochent une fois de plus.

Après l’effondrement financier en septembre 2008, les gouvernements avaient injecté des milliers de milliards de dollars de fonds publics dans les banques et pillé les caisses de l’Etat pour couvrir les mauvaises dettes des banquiers et des spéculateurs. L’on estime que pratiquement du jour au lendemain, les renflouements des banques ont augmenté de 30 pour cent en moyenne les dettes nationales. En conséquence, une série de pays sont à présent menacés de faillite.

Trois ans plus tard, les banques et les intérêts financiers dont on avait dit en 2008 qu’ils étaient « trop gros pour faire faillite » (« too big to fail ») sont plus gros et plus puissants que jamais. Leur part de la richesse internationale a augmenté de manière spectaculaire durant les années de chômage de masse et de pauvreté croissante pour la classe ouvrière.

Après avoir acculé à la faillite les Etats, la réaction des gouvernements, d’abord en Europe puis internationalement, pour sauver l’élite financière a été d’instaurer des mesures d’austérité brutales pour faire payer à la classe ouvrière la crise de la dette souveraine. La conséquence de l’appauvrissement de vastes couches de la population est une aggravation de la récession, un déclin catastrophique des recettes fiscales et une détérioration de la crise de la dette.

A présent, la dérive vers la banqueroute de la Grèce, suivie de près par d’autres pays hautement endettés tels le Portugal, l’Espagne et l’Italie, a rebondi sur les banques qui détiennent des dizaines de milliards de dollars en obligations sans valeur de gouvernement et de société issus de ces pays. Les grandes banques européennes et américaines se trouvent une fois de plus au bord de l’effondrement alors que leurs valeurs boursières dégringolent et que le crédit commercial devient impossible à obtenir. Ceci a poussé les grandes banques et leurs serviteurs au sein de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne à exiger des contribuables un nouveau sauvetage des banques encore plus massif.

A son tour, ce dernier devra être payé grâce à une attaque renforcée contre le niveau de vie de la classe ouvrière, non seulement en Grèce et dans d’autres pays défaillants, mais partout en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Dans le même temps, l’inondation des marchés mondiaux par des dollars bon marché a mortellement sapé le système monétaire international en détruisant la crédibilité du dollar américain comme monnaie d’échange et de réserve mondiale. Etant donné qu’il n’y a aucune autre monnaie pour remplacer le dollar – pilier du système monétaire mondial depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – tout fondement pour une collaboration internationale et une stabilité économique a disparu et le monde fait face à une nouvelle période de guerres monétaires et commerciales comme celles qui, dans les années 1930, avaient conduit à la balkanisation du marché mondial et finalement à l’éruption d’une nouvelle guerre mondiale.

Telle est la catastrophe que les grands prêtres du capitalisme mondial ont produit trois ans après le déclenchement de la crise. Leurs louanges d’autosatisfaction et de renonciation au nationalisme économique durant les premiers mois de la soi-disant « reprise économique » ont cédé la place à des récriminations et à des conflits violents entre l’Europe et l’Amérique, au sein de l’Europe, et entre les Etats-Unis et la Chine – en fait à une politique protectionniste du chacun pour soi et malheur au vaincu. »

Le bilan de ces trois dernières années met clairement en évidence que la crise n’est pas simplement une phase temporaire ou conjoncturelle mais plutôt l'expression de l’échec historique et de l’effondrement du système capitaliste même. Le seul consensus existant au sein de la bourgeoisie internationale est d’exploiter la crise dans le but de réaliser une contre-révolution pour détruire tous les acquis sociaux arrachés au siècle dernier par la classe ouvrière. Telle est la politique de chaque gouvernement, qu’il soit de « gauche » ou « libéral » – comme le régime social-démocrate PASOK en Grèce, le gouvernement du parti socialiste en Espagne et le gouvernement du Parti démocrate aux Etats-Unis – ou de la droite bourgeoise, comme en Allemagne, en France, en Italie et en Grande-Bretagne.

Le pillage systématique de la Grèce sert de modèle à ce processus. Avec une brutalité qui est comparable à celle des méthodes meurtrières de « shock and awe » (« choc et effroi ») utilisées par les machines de guerre impérialistes en Irak, en Afghanistan, en Libye et ailleurs, la bourgeoisie internationale est en train d’imposer une série dévastatrice de mesures d’austérité après l’autre à l’encontre de la population grecque. Son objectif n’est pourtant pas de détruire physiquement l’infrastructure du pays, mais d’obtenir sa privatisation par la force pour la céder à des prix dérisoires aux banques et aux entreprises internationales.

Il a y à peine une semaine, en supervisant l’octroi du plan de sauvetage à la Grèce, la « troïka », qui est composée de la Commission européenne, du FMI et de la Banque centrale européenne, a fait de l’application d’une réduction sans précédent des emplois dans le service public une condition préalable au déblocage d’une nouvelle tranche d’aide, sans laquelle la Grèce ferait rapidement défaut sur ses obligations. Le gouvernement du premier ministre George Papandreou a donc dûment annoncé le licenciement de 30.000 travailleurs. Les ministres de l’Union européenne ont tout de même refusé de débloquer les fonds et la « troïka » a établi de nouvelles exigences dont l’abolition de la convention collective grecque, la réduction du salaire minimum et l’accélération de la privatisation des biens publics.

La rigidité avec laquelle ses agences opèrent a été résumée par un article paru mercredi dans le Financial Times qui a souligné froidement : « Sans nouveaux prêts Athènes devra arrêter le versement des salaires et des retraites – une tragédie certes, mais qui ne fera pas chuter d’autres pays. »

L’attaque perpétrée contre les travailleurs grecs n’est pas une aberration, c’est le modèle qui s’appliquera à travers le monde entier. L’application de cette politique est incompatible avec les attributs du droit démocratique. Avec la montée du militarisme, la contre-révolution sociale entraînera un changement vers des formes de répression d’Etat-policier.

Pour la classe ouvrière, il n’y a pas d’issue à cette descente dans la barbarie dans le cadre de la propriété privée capitaliste des moyens de production et du système d’Etats-nations rivaux sur lequel est fondé le système de profit. Les classes dirigeantes du monde et leurs gouvernements serviles l’ont déjà prouvé de manière concluante au cours de ces trois dernières années.

La seule alternative pour la population du monde est une restructuration fondamentale de la vie économique sur la base d’une véritable collaboration mondiale, de l’égalité sociale et du développement des ressources humaines dans le but de satisfaire les besoins sociaux et pas les profits. C’est le but de la lutte pour le socialisme. L’affirmation qu’il « n’y a pas d’argent » pour satisfaire les besoins sociaux, est un mensonge. Les riches et les ultra-riches ne se sont jamais aussi bien portés. Le problème est le pouvoir d’une élite capitaliste totalement parasitaire et destructrice qui pille l’économie mondiale pour augmenter ses richesses.

La crise est en train de créer les conditions pour la concrétisation de cet objectif. Des soulèvements révolutionnaires de masse ont déjà eu lieu en Tunisie et en Egypte. L’opposition de la classe ouvrière est en train de prendre de l’ampleur en Europe et aux Etats-Unis, tout comme en Asie. Il y a une prise de conscience de plus en plus grande parmi des millions de personnes que le système capitaliste a échoué et doit être remplacé.

La question cruciale est la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire pour fournir aux luttes de masse émergentes un programme révolutionnaire international parfaitement élaboré ainsi qu’une stratégie permettant à la classe ouvrière de prendre le pouvoir. Seuls les Partis de l’Egalité socialiste (Socialiste Equality Party, SEP) et le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) luttent pour construire cette direction fondée sur les principes de l’indépendance politique de la classe ouvrière par rapport à toutes les sections de la bourgeoisie, et pour l’unité internationale de la classe ouvrière contre toutes les formes de nationalisme, racisme et chauvinisme.

Ceux qui reconnaissent la nécessité d’unir et de mobiliser les travailleurs afin de lutter contre les attaques contre-révolutionnaires de l’élite dirigeante doivent prendre la décision d’adhérer au SEP et au CIQI et construire ce parti.

(Article original paru le 6 octobre 2011)