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Le gouvernement conservateur du Canada menace d'imposer une loi de retour au travail pour aider Air Canada à soutirer des concessions

Par Keith Jones
29 septembre 2011

S'inclinant devant la menace du gouvernement conservateur fédérald'introduire une législation antigrève, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a annoncé mardi après-midi qu'il avait conclu une entente de principe avec Air Canada pour les 6800 agents de bord, annonçant ainsi qu'il laissait tomber son avis de grève.

Lundi, la ministre du Travail, Lisa Raitt, a juré que si les agents de bord d'Air Canada tenaient leur promesse de débrayer tôt mercredi matin, les conservateurs les priveraient de leurs droits de grève et de négociations collectives. Pour ajouter du poids à cette menace, le gouvernement a lancé plus tard cette même journée les mesures procédurales nécessaires pour faire passer la loi antigrève au Parlement.

Aucun détail de l'entente de principe n'a été publié. Toutefois, une chose est sûre, c'est que le syndicat a abandonné les revendications de sesmembres afin d'éviter une grève qui, d'entrée de jeu, aurait signifié un affrontement avec le gouvernement conservateur.

Raitt, pour sa part, a jubilé suite à l'abandon de la menace de grève du SCFP, déclarant que cela justifiait l'action préventive du gouvernement :« L'objectif de la législation que nous avions présentée hier a été réalisé etnous sommes donc très heureux que le service aérien pour les Canadienssoit protégé ».

Au cours des dix dernières années, le SCFP et les autres syndicatsreprésentant les travailleurs d'Air Canada, la plus importante compagnie aérienne du pays, ont négocié des contrats de concessions à plusieurs reprises. En conséquence, les salaires réels des travailleurs ont été réduitsde l'ordre de 10 pour cent et la charge de travail de ces derniers aaugmenté de façon significative.

Le mois dernier, le SCFP a conclu un accord de principe avec AirCanada, seulement afin qu'il soit massivement rejeté par les travailleurs de la base. 87,8 pour cent des agents de bord ont voté contre l'ententeproposée et, lors d'un vote ultérieur, 98 pour cent ont approuvé la grève.

Les agents de bord ont rejeté l'entente de principe parce qu'elle ne répond pas à leurs attentes concernant les conditions de travail qui se détériorent, particulièrement en ce qui concerne les longs quarts de travail, et parce qu'elle donne à la compagnie aérienne le droit d'établir une filiale bon marché ayant pour but de faire concurrence plus agressivement dans le secteur des vols nolisés pour les vacances et les voyages. La compagnie aérienne a dit qu'elle reconnaîtrait le SCFP comme étant le représentant aux négociations pour les agents de bord dans la nouvelle filiale. En échange, le SCFP a donné le feu vert à la compagnie aérienne pour qu'elle sabre les salaires et les conditions de travail de ses membres qui travaillent pour Air Canada.

L'entente de principe qui a été défaite incluait des changements régressifs au plan de retraite, dont la création d'un plan séparé d'embauche, inférieur, pour les nouveaux employés.

Dans les quatre derniers mois, le nouveau gouvernement conservateur majoritaire du Canada a implanté trois fois des lois visant à criminaliser des actions des travailleurs visant à défendre leurs emplois.

En juin, les conservateurs ont forcé une fin rapide à une grève des employés du service à la clientèle d'Air Canada en jurant d'adopter une loi de retour au travail. Seulement quelques jours plus tard, le gouvernement a mis en vigueur une loi qui a rendu illégale une grève chez les 48 000 postiers de Postes Canada. La loi est rédigée de telle sorte que l'arbitre assigné par le gouvernement afin de dicter le contrat, sous lequel les postiers vont travailler pour les quatre prochaines années, est contraint par la loi d'imposer les larges concessions demandées par l'employeur. L'arbitre a imposé un règlement salarial inférieur à celui offert par Postes Canada.

En cherchant à défendre l'entente de principe rejetée du mois dernier, Jeff Taylor, le président de la section Air Canada du SCFP, a dit que le syndicat n'a pas eu le choix d'accepter des termes qui sont loin de répondre aux besoins des travailleurs parce que « le gouvernement conservateur ne nous laissera pas aller en grève ».

La direction syndicale va maintenant tenter d'intimider ses membres afin qu'ils acceptent le dernier accord traître en soulignant l'intervention du gouvernement en faveur d'Air Canada. Elle va aussi chercher à justifier son refus de mobiliser la classe ouvrière contre le gouvernement conservateur en disant aux travailleurs d'appuyer la venue au pouvoir du Nouveau Parti démocratique à la prochaine élection dans quatre ou cinq ans.

En fait, les politiciens sociaux-démocrates du NPD sont aussi dévoués que les conservateurs et les libéraux pour défendre les exigences du capitalisme - ce qui veut dire la subordination des salaires et des conditions de travail à la concurrence des entreprises et aux profits des investisseurs.

Face à la menace des conservateurs de promulguer une loi qui viendrait rendre illégal tout débrayage des agents de bord d'Air Canada, le Nouveau Parti démocratique a refusé de dire s'il allait empêcher par des manoeuvres parlementaires que cette loi soit votée rapidement. Quelques heures avant que ne soit négocié l'accord de principe mardi, la direction du NPD faisait clairement face à un dilemme, craignant que même un geste symbolique d'opposition vienne miner ses efforts déterminés visant à convaincre l'élite dirigeante du Canada qu'elle peut prendre la place des libéraux en tant parti « de gauche » de gouvernance.

En juin, la nouvelle opposition officielle avait retardé durant plusieurs jours la promulgation du projet de loi C-8, une loi radicale attaquant les postiers. L'obstruction parlementaire du NPD visait à aider la direction du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) à apaiser la colère des travailleurs et à les faire retourner au travail. Mais la position du NPD avait suscité de nombreux commentaires le critiquant vertement dans les journaux de la grande entreprise.

L'intervention agressive des conservateurs contre les travailleurs d'Air Canada, et précédemment contre les postiers, est lourde de sens. Dans des conditions où l'élite dirigeante impose de sévères coupes dans les services publics au nom de la lutte aux déficits, et où les employeurs, qui soulignent la constante augmentation de la concurrence étrangère, éliminent les pensions garanties et d'autres droits fondamentaux, le gouvernement Harper a démontré qu'il va user de la pleine force de l'État pour rendre illégale et réprimer la résistance des travailleurs.

(Article original paru le 21 septembre 2011)

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