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Canada : 32 pour cent de l'augmentation de tous les revenus depuis 1987 sont allés à un pour cent des Canadiens

Par Keith Jones
20 septembre 2011

Les inégalités sociales au Canada atteignent maintenant un niveau jamais vu depuis les années 1920 montre une étude récente. Autrement dit, on connait actuellement au Canada un niveau d'inégalité comparable à celui qui prévalait avant les grandes luttes sociales ayant donné naissance aux syndicats industriels de masse et qui avaient forcé les gouvernements et la grande entreprise à mettre en place un filet de sécurité sociale.

Rédigé par un économiste du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), Armine Yalnizyan, La montée du 1% le plus riche au Canadamontre que « plus vous montez haut dans l'échelle des revenus, plus rapide est l'enrichissement. » « Que l'économie ait été en croissance ou en déclin » au cours des trois dernières décennies « la montée des riches a été irrésistible ».

Des études précédentes montrent que depuis la crise économique du début des années 1980, la vaste majorité des Canadiens n'a connu aucune ou qu'une faible augmentation de ses revenus une fois l'inflation pris en compte. Pourtant aux cours des trente dernières années le produit économique réel du Canada a plus que doublé.

La signification de la nouvelle étude du CCPA réside dans le fait qu'elle va bien plus loin que les études de Statistique Canada, dont l'analyse consiste à diviser la population en tranches de 10 ou 20 pour cent. L'étude du CCPA démontre jusqu'à quel point la section la plus riche de la population - soit 1 pour cent, 0,1 pour cent et 0,01 pour cent des salariés se trouvant au sommet - ont monopolisé les gains provenant de la croissance économique.

Parmi les conclusions de La montée du 1% le plus riche au Canada, on trouve :

Le 1 pour cent le plus riche de tous les Canadiens s'est approprié 32 pour cent de toute la croissance économique des 20 années entre 1987 à 2007.

Cela représente 4 fois plus que le 8 pour cent de la croissance économique que le 1 pour cent des Canadiens les plus riches s'était partagé durant les années soixante.

En 2007, le 1 pour cent le plus riche gagna 13,8 pour cent de tous les revenus d'emploi des Canadiens. Cela représente près du double de sa part de 7,7 pour cent de 1977.

Durant cette même période entre 1977-2007 la part de tous les revenus d'emploi approprié par le 0,1 pour cent le plus riche des Canadiens - soit environ 24 600 personnes - à presque triplé pour atteindre 5,5 pour cent.

Les 2460 plus hauts salariés ont plus que quintuplé leur part des revenus d'emploi au cours des trois dernières décennies. Ce 0,01 pour cent de la population s'accaparait 2,6 pour cent des revenus totaux d'emploi en 2007, soit « la plus importante part enregistrée à ce jour ».

Le revenu annuel moyen du 0,01 pour cent le plus riche est passé de 640.000$ en 1982 à plus de 3,8$ millions en 2007.

En 2007, il est estimé que seulement 10 pour cent des Canadiens concentraient 41 pour cent des revenus de marché alors que les 59 pour cent restant étaient partagé par 90 pour cent de la population.

L'étude du CCPA soutient que les trois dernières décennies ont été le témoin d'un « stupéfiant renversement d'une tendance à long terme. » De la période entre le début de la Seconde guerre mondiale à aller jusqu'en 1977, la part du revenu du 1 pour cent le plus riche avait été réduit de presque la moitié, chutant de 14 pour cent à 7.7 pour cent. Mais, en 2007, le 1 pour cent des Canadiens le plus riche gagnait à nouveau 13.8 pour cent de tous les revenus de marché incluant une part de 15.7 pour cent des gains de capitaux (montant qui n'était pas taxable avant 1971 et donc non déclaré).

Si énorme que soit ce renversement, il y a un second élément dans la montée des riches qui est presque aussi significatif. Comme le démontre Yalnizyan dans la seconde partie de son étude, les riches ont non seulement monopolisé les gains de revenu, il sont également bénéficié de coupures massives dans les taux de taxations de leurs revenus et de leurs gains en capitaux.

Conformément à l'assaut mené par la bourgeoisie contre les services public et les programmes sociaux, les gouvernements à tous les niveaux et de toutes tendances - incluant les soi-disant sociaux-démocrates du NPD et du Parti québécois - ont coupé les taxes durant les deux dernières décennies. Mais les coupures de taxes sur les revenus les plus élevés ont été plus rapide et plus profonde que pour la plus part des autres Canadiens.

En 1948 le niveau marginal de taxation le plus élevé était de 80 pour cent et s'appliquait aux revenus taxables de 250,000$ et plus, l'équivalent aujourd'hui d'un revenu de 2,37$ millions. En 2009, le taux marginal de taxation le plus élevé était de 43 pour cent et s'appliquait à tous les revenus dépassant 126 264$.

En 2000, le 1 pour cent le plus riche de tous les Canadiens payait en moyenne 33 pour cent en taxe (Ceci lorsque sont combiné toutes les taxes sur les revenus, salaires, gains en capitaux et corporatifs). Comparativement à un taux de taxe moyen de 71 pour cent en 1943.

Depuis, les gouvernements fédéraux libéraux de Chrétien-Martin et conservateur de Harper et toutes les provinces ont imposé des réductions massives de taxes bénéficiant aux sections les plus privilégiées de la société - ces réductions étaient si biaisées, qu'en 2005, toutes taxes considérées « le 1 pour cent le plus riches était taxé à un taux légèrement inférieur au taux imposé au 10 pour cent le plus pauvre des payeurs de taxes.»

L'impact combiné de la hausse dramatique des inégalités dans les revenus et les coupures massives de taxe pour les riches a eu pour effet plus qu'un « retour vers le passé » « À aucun moment de l'histoire », affirme Yalnizyan, « les Canadiens les plus riches ne s'étaient accaparé une part si importante des gains de la croissance économique. »

L'étude du CCPA se termine en 2007 faute de données, soit avant la crise mondiale du capitalisme où des centaines de milliers de travailleurs se sont retrouvés au chômage, ou ont été forcés d'accepter des emplois à temps partiel, des diminutions de salaire et d'autres concessions.

La croissance des inégalités des revenus approfondit l'écart déjà vertigineux entre l'élite capitaliste canadienne et le reste de la population. Une étude récente par Investor Economics, une firme de consultation privée, estime que seulement 3,8 pour cent des ménages détiennent 67 pour cent de toute la richesse financière des ménages canadiens.

L'étude de Yalnizyan est une démonstration statistique de l'impact de la guerre de classe que la bourgeoisie canadienne a mené depuis les trente dernières années. Bien que la classe ouvrière ait tenté de contre-attaquer, ses luttes ont été étouffées et trahies par les syndicats et les sociaux-démocrates du NPD.

Compte tenu des liens étroits existants entre le CCPA et la bureaucratie syndicale, il n'est pas surprenant que son étude se conclut par un appel tiédasse à un retour aux conditions prévalant durant la période de l'essor économique de l'après-guerre alors que les revenus des travailleurs augmentaient significativement en termes réels et que la société devenait marginalement plus égale.

« Les excès des Années dorées [la période avant la Première Guerre mondiale] », écrit Yalnizyan, « provoqua son propre effondrement et la réponse à cet effondrement a été une vague de politiques publiques qui contribuèrent à une redistribution de la richesse au moyen d'une fiscalité plus équitable pour les salariés dans le but de grossir les rangs de la classe moyenne, de réduire la pauvreté et d'empêcher la croissance des inégalités de revenus au Canada.

« Alors que l'histoire se répète, la réponse aux nouvelles Années dorées au Canada pourrait bien être la même. »

En faisant un compte rendu de la naissance et la croissance de l'État-providence, Yalnizyan ignore la réalité de l'effondrement du capitalisme dans la première moitié du vingtième siècle - une période de convulsion sociale incluant deux guerres mondiales et la grande dépression. Il ignore également la lutte de classe, incluant la révolution Russe de 1917 et les nombreux mouvements révolutionnaires de la classe ouvrière à travers le monde qui furent étouffé par la social-démocratie et le stalinisme.

La croissance de l'inégalité sociale au Canada et à travers le globe est enracinée dans la croissance des contradictions fondamentales du capitalisme, un système dans lequel la vie socio-économique est subordonnée aux besoins de profits impératifs d'une infime minorité. La mobilisation de la classe ouvrière comme force politique indépendante avec pour objectif la réorganisation radicale de la vie économique plaçant les principaux leviers économiques sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière est la seule base progressive sur laquelle ces contradictions peuvent être résolues. Ce n'est qu'à ce moment que la production et l'emploi pourront être basés sur les besoins sociaux et que les énormes avancés de la productivité du travail pourront bénéficier à l'humanité dans son ensemble.

(Article original anglais paru le 10 décembre 2010)