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La tragédie des mineurs gallois et le retour à une exploitation qui rappelle celle de l’ère victorienne de Dickens

Par Robert Stevens et Julie Hyland
30 septembre 2011

Près de deux semaines après la mort tragique de quatre mineurs dans la mine privée de Gleision dans la vallée de Swansea, au Pays de Galles, des enquêteurs de la police et des responsables de la santé et de la sécurité du travail (Health and Safety Executive, HSE) continuent d’affirmer qu’il est trop tôt pour en déterminer la cause. L’objectif de cette tactique d’obstruction est de dissimuler la restauration d’une exploitation de style dickensien comme conséquence du démantèlement des acquis sociaux passés de la classe ouvrière partout en Grande-Bretagne.

Charles Breslin, 62 ans, David Powell, 50 ans, Garry Jenkins, 39 ans et Phillip Hill, 45 ans ont été tués le 15 septembre lorsqu’un mur de soutènement destiné à contenir de l’eau souterraine a cédé, inondant le tunnel où ils travaillaient.

Les mines horizontales ?? sont connues pour être tout particulièrement dangereuses et Gleision n’est pas une exception. Taillée à flanc de coteau, la mine est considérée être localement un piège mortel. Les quatre mineurs expérimentés sur à peine une poignée de salariés employés dans la mine, travaillaient dans des endroits extrêmement réduits, en utilisant des explosifs et des pelles pour creuser et extraire le charbon.

Dans le sens le plus direct, leur mort est le résultat de la trahison et de la défaite de la grève d’un an des mineurs de 1984 à 1985 et des fermetures et privatisations qui s’ensuivirent de ce qui subsistait de l’industrie minière.

Mais, l’exploitation extrême des mineurs de Gleision et le mépris flagrant de leur sécurité a eu un retentissement bien au-delà du sud du pays de Galles et de l’industrie minière. Cela montre bien que durant trois décennies les conditions sociales et le niveau de vie des travailleurs ont été éviscérés en Grande-Bretagne.

La Galles du Sud avait été jadis l’une des plus importantes régions charbonnières. En 1913, elle comptait pour un tiers des exportations de charbon du monde, employant 232.000 mineurs dans 620 mines. C’était une région de mines privées au Royaume-Uni où les mineurs étaient régulièrement tués ou mutilés dans des catastrophes. Entre 1851 et 1920, il y avait eu 48 catastrophes dans les charbonnages en Galles du Sud et 3.000 morts. La catastrophe la plus mortelle avait eu lieu dans la mine d’Universal à Senghenydd en 1913, dans laquelle 439 hommes furent tués.

Après la Deuxième Guerre mondiale, suite à la nationalisation de l’industrie charbonnière, l’exploitation minière devint plus sûre au Royaume-Uni. Une classe ouvrière sûre d’elle-même avait lutté et acquis le droit à des congés et à des indemnités maladie, bien que les salaires restaient bas, entraînant des grèves répétées. En février 1974, le gouvernement conservateur d’Edward Heath fut renversé par une grève nationale des mineurs.

Afin d’infliger une défaite aux sections les plus combatives des travailleurs de Grande-Bretagne, le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher décida en 1984 de provoquer une grève. Elle annonça la fermeture de 20 mines et les mineurs savaient que ce n'était que le fer de lance du démantèlement l’industrie minière.

Thatcher compta sur la lâcheté et la perfidie de la bureaucratie travailliste et syndicale pour faire accepter son projet de fermeture. Tout au long de la grève, ils refusèrent d’organiser la moindre lutte pour défendre les mineurs. Le Congrès des syndicats (Trades Union Congress, TUC) refusa toute action de soutien à la grève sous forme de piquets de grève secondaires et le dirigeant travailliste, Neil Kinnock, dénonça la « violence » sur les piquets de grève.

Cette trahison fut facilitée par le Syndicat national des mineurs (National Union of Mineworkers, NUM) et son président d’alors, Arthur Scargill. Au lieu de mener une lutte contre cette trahison, Scargill écrivit une lettre secrète au TUC en déclarant, « Aucune revendication n'est faite par ce syndicat pour réclamer l’intervention ou l’aide du TUC. »

Ceci faisait partie intégrante du programme nationaliste de Scargill et de son refus de monter une offensive politique de la classe ouvrière pour le renversement du gouvernement Thatcher et son remplacement par un gouvernement ouvrier authentique fondé sur une politique socialiste.

Après la défaite des mineurs, le gouvernement conservateur s’en prit l’une après l’autre à d’autres sections de la classe ouvrière. Aujourd’hui, le NUM ne compte plus que 1.700 adhérents inscrits sur le papier.

Mise à part la génération de travailleurs qui a vécu cette lutte, beaucoup d’autres ignorent ces expériences, et ce n’est pas simplement dû au fait que 25 années se sont écoulées.

Le Parti travailliste (Labour Party) et le TUC, ont profité de la défaite des mineurs pour renoncer totalement à leur ancienne politique de réformisme social et à toute notion de solidarité de classe. Le « New Labour » fut lancé sous Tony Blair comme un parti avéré du patronat sans différence significative par rapport aux conservateurs alors que le dirigeant d’alors du TUC, John Monks, déclarait, « Le temps où les syndicats étaient une force d’opposition antagoniste est révolu. »

Cette transformation du Parti travailliste et du TUC en instruments directs de l’oligarchie financière et patronale fut la réponse politique de la bureaucratie travailliste au manque de compétitivité du capitalisme britannique sur le marché mondial. L’élite dirigeante décida de résoudre sa crise par la désindustrialisation et la démolition des prestations sociales afin de faciliter la spéculation financière de plus en plus grande. Et, ce faisant, elle s’appuya sur la bureaucratie syndicale et le Labour pour discipliner la classe ouvrière et saborder toute opposition.

Et donc, année après année, le nombre de jours perdus dus aux grèves a baissé pour atteindre son niveau le plus bas tandis que d’anciens centres industriels comme le Pays de Galles, ont été transformés en déserts, gangrénés par un chômage élevé et la pauvreté.

Selon le Welsh Index of Multiple Deprivation (Indice d’indigence multiple gallois), à Rhyl West Two, dans le Denbighshire, plus de la moitié des personnes en âge de travailler (56 pour cent) dépendent de prestations sociales pour survivre. Le comté de Merthyr Tydfil – jadis un centre d’agitation radicale et socialiste – figure à présent parmi les 10 pour cent les plus démunis sur le plan national.

Quelque 14 pour cent des enfants au Pays de Galles vivent dans une grande pauvreté – définie par un revenu de 7.000 livres sterling pour un parent isolé élevant un enfant unique et moins de 12.500 livres sterling pour un couple avec deux enfants. Dans le district de Neath Port Talbot, la région qui comprend la mine Gleision et l’aciérie de Port Talbot Steel Works, 4.000 enfants vivent dans une grande pauvreté.

Telles sont les circonstances qui ont contraint des hommes comme Breslin, Powell, Jenkins et Hill à travailler dans des conditions aussi dangereuses. De toute évidence, la mine de Gleision n’avait été ré-ouverte que récemment pour l’extraction de son précieux charbon anthracite, une matière première dont le prix a augmenté d’environ un tiers au cours de ces trois dernières années. La course au profit était plus importante que la vie de ces hommes.

Les mêmes conditions de misère sociale et d’exploitation industrielle se retrouvent partout dans le pays.

En avril 2006, le métallo Kevin Downey, 49 ans, a été tué à l’aciérie de Port Talbot Steel Works après une chute dans un creuset d’acier fondu d’une température de 1.400o C. Downey avait d’abord été aveuglé par la vapeur d’un haut fourneau à l’usine, suite à quoi il trébucha et tomba dans le métal fondu.

Suite à une enquête réalisée ce mois-ci, la mort de Downey a été jugée comme « accidentelle » malgré le fait que le haut fourneau n’avait pas de barrières de sécurité. En 2001, trois autres travailleurs, Stephen Galsworthy, 25 ans, Andrew Hutin, 20 ans et Len Radford, 53 ans, ont été tués et 12 blessés dans une explosion à la même usine.

Le mois dernier, James Dennis Kay, travailleur intérimaire de 62 ans, a été tué dans une usine de Merseyside qui appartient à Sonae, un fabricant portugais de panneaux à base de bois, alors qu’il démontait une partie de l’usine endommagée par un incendie.

La mort de Kay faisait suite aux décès survenus en décembre de Thomas Elmer, 27 ans, et de James Bibby, 24 ans, dans la même usine après qu’ils furent entraînés dans un silo géant. Durant cette dernière décennie, Sonae a fait l’objet de quatre enquêtes en matière de santé et de sécurité pour lesquelles la firme a tout juste été pénalisée d’une amende de 132.000 livres sterling.

De telles tragédies ne feront qu’augmenter par suite des mesures d’austérité appliquées par la coalition entre les Conservateurs et le Libéraux démocrates. Ces mesures comprennent une réduction de 35 pour cent du budget hygiène sécurité environnement (HSE), la fin des inspections automatiques dans les entreprises présentant un niveau « de risque moyen et bas » et la confidentialité des rapports sur les accidents de travail nécessitant plus d’une semaine d’arrêt pour maladie.

Inévitablement, pour se défendre les travailleurs devront construire une fois de plus de nouvelles organisations de lutte des classes. Ces dernières entreront inexorablement en conflit avec la bureaucratie travailliste et syndicale. Et donc, le succès de ces luttes dépend de ce que les travailleurs adoptent une perspective internationale et socialiste fondée sur une lutte irréconciliable contre le système capitaliste et ses partisans politiques.

(Article original paru le 27 septembre 2011)