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Le président Hollande réclame la formation d’un gouvernement d’opposition syrien

Par Alex Lantier
30 août 2012

Hier, lors d’un discours tenu à l’occasion de la conférence des ambassadeurs de France à Paris, le président français nouvellement élu, François Hollande a demandé aux partis d’opposition syriens soutenus par les Etats-Unis de constituer un gouvernement que la France reconnaîtrait, a-t-il dit.

La démarche de Hollande a eu lieu une semaine après que le président américain Barack Obama a menacé d’envahir la Syrie si le président syrien Bachar al-Assad semblait s'apprêter à utiliser des armes chimiques contre des combattants anti-Assad soutenus par les Etats-Unis. Ceci a constitué la première menace ouverte d’une intervention militaire directe contre la Syrie par les puissances impérialistes. Jusque-là, ces dernières avaient organisé le financement et l’armement de leurs forces mandatées, en majorité des combattants islamistes sunnites, par l’entremise des monarchies saoudienne et qatari ainsi que du gouvernement turc.

Les commentaires de Hollande ont abordé une série de questions internationales mais se sont concentrés sur la crise en Syrie et au Moyen-Orient. Ils représentent une déclaration officielle du gouvernement français, élaborée avec Washington, disant qu'il recherche un changement de régime en Syrie par le biais de l’armée.

Hollande a dit: « La France demande à l’opposition syrienne de constituer un gouvernement provisoire, inclusif et représentatif, qui puisse devenir le représentant légitime de la nouvelle Syrie. Nous engageons nos partenaires arabes à accélérer cette démarche et la France reconnaîtra le gouvernement provisoire de la nouvelle Syrie dès lors qu’il aura été formé. »

La porte-parole américaine du Département d’Etat, Victoria Nuland, a fait écho à la proposition de Hollande. En s’adressant à l’opposition syrienne, elle a dit : « C’est donc le premier point de l’ordre du jour – que tous s’entendent sur ce à quoi devrait ressembler une transition . Evidemment, il leur incombe de décider si et quand ils pourraient être prêts à désigner des gens. »

Ceci équivaut à un projet pour que Paris, soutenu par Washington et ses autres alliés impérialistes, impose un nouveau gouvernement à la Syrie qui n’a aucune légitimité populaire. Les forces anti-Assad – constituées par des milices islamistes sunnites, des groupes de « gauche » petits bourgeois et des groupes terroristes islamistes internationaux affiliés à Al Qaïda – sont impopulaires et minées de dissensions internes, notamment dans les principales villes de Syrie, Damas et Alep.

La proposition de Hollande est d’autant plus impudente que la France est l’ancienne puissance coloniale de la Syrie. Elle dirigea ce pays à partir du moment où la Société des Nations la plaça sous mandat français en 1920 et jusque peu après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, période durant laquelle elle fut brièvement contrôlée par le régime fasciste de Vichy.

Hollande a clairement fait savoir qu’il projette d’appliquer cette politique par la force des armes en aidant la guerre par alliés interposés menée par les forces anti-Assad en Syrie. Il a dit : « Nous aidons notamment ceux qui organisent les zones libérées sur les territoires syriens. C’est l’initiative des zones tampons proposées par la Turquie sur lesquelles nous travaillons. Nous le faisons en concertation avec nos plus proches partenaires. »

Ces propositions impliquent la protection militaire de la France, de la Turquie et de leurs alliés aux forces anti-Assad, de manière à ce qu’ils puissent s’emparer de certaines parties du territoire de la Syrie et les retenir contre le gouvernement syrien. Malgré une terminologie euphémique, la proposition de Hollande est objectivement un acte de guerre, attaquant l’intégrité du territoire syrien par le biais d’une menace ou du recours à la force militaire.

En faisant allusion aux « plus proches partenaires » de la France, Hollande n’a laissé aucun doute sur le fait que sa déclaration avait été discutée avec les Etats-Unis.

De plus, au début de son discours, il a dit: « Alliance, oui, nous en avons une avec les Etats-Unis d’Amérique et cette relation aujourd’hui est marquée par la confiance. J’ai pu constater, avec le président Obama, l’importance de nos convergences sur les grandes questions internationales, sur la crise économique, sur l’impératif de croissance [économique]. »

Hollande a aussi repris la menace d’Obama d’une intervention militaire en Syrie: « Nous restons très vigilants avec nos alliés pour empêcher l’utilisation d’armes chimiques par le régime, ce qui serait pour la communauté internationale une cause légitime d’intervention directe. »

Le fait d’invoquer la menace d’armes chimiques n’est pas moins cynique que la préoccupation de Hollande pour les droits humains de la population syrienne qui est régulièrement confrontée aux bombardements et aux tirs organisés par les forces islamistes armées jusqu’aux dents par les puissances de l’OTAN et leurs alliés du Moyen-Orient. Bien que la guerre par alliés interposés des Etats-Unis dure depuis plus d’un an, le gouvernement Assad n’a pas utilisé d'armes chimiques. De plus, il a promis de ne pas les utiliser contre les Syriens.

Loin d’être politiquement légitimes, les actions du gouvernement des Etats-Unis et de ses alliés européens sont fondamentalement criminelles. Ils tentent d’imposer à un ancien pays colonial un gouvernement non représentatif et non respectueux du droit, qui sera tributaire de ses liens avec le monde du capital financier et de la puissance militaire de ses bailleurs de fonds impérialistes.

Une indication du caractère de classe d’un tel régime est le bilan du régime libyen mis en place l’année dernière à la fin de la guerre de l’OTAN en Libye, lors d’une guerre par procuration identique à celle qui est menée actuellement en Syrie.

Malgré les élections qui ont eu lieu le 7 juillet, ce pays reste en proie à la violence qui règne entre les milices rivales régionale, tribales et islamistes qui ont servi de mandataires de l’OTAN dans la guerre contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi. Le ministre libyen de l’Intérieur, Faouzi Abdel Al, a dernièrement été obligé de démissionner en raison d’allégations de duplicité dans la profanation de lieux de culte soufi et d’incendie de bibliothèques par des islamistes sunnites ultraconservateurs.

Alors qu’il annonçait la reprise de tous les services consulaires en Libye à partir de lundi, le Département d’Etat américain a dit aux citoyens américains qu’il était trop dangereux de s’y rendre : « Le Département d’Etat met en garde les citoyens américains de voyager en Libye, sauf en cas de nécessité. Le nombre de crimes violents, particulièrement les cas de piraterie routière (carjacking) et les vols sont devenus un grave problème. De plus, la violence politique sous la forme d’assassinats et de voitures piégées a augmenté tant à Benghazi qu’à Tripoli. »

De plus, vu sous l’angle du droit international, les opérations militaires envisagées par Obama et Hollande en Syrie sont illégales tant qu’elles ne sont pas approuvées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Comme la Russie et la Chine ont opposé leur véto à toutes les résolutions du Conseil de sécurité qui pourraient approuver une action militaire, on ne voit vraiment pas comment Hollande pourrait obtenir une autorisation légale d'agression contre le régime d'Assad.

Hollande lui-même a parlé de manière indirecte de cette question en insinuant que la France pourrait chercher à éviter tout simplement le besoin d’approbation du Conseil de sécurité – comme ce fut le cas en 2003 pour Bush, durant l’invasion américaine illégale de l’Irak.

Il a dit: « Faut-il encore – c’est la question qui est posée encore aujourd’hui – que les membres du Conseil de sécurité prennent leurs responsabilités pour lui permettre de prendre des décisions. Car, le blocage du système conduit, soit à son contournement, soit à son impuissance. »

Hollande a poursuivi en critiquant la Russie et la Chine et en réclamant la « réforme du Conseil de sécurité pour permettre à de nouveaux membres permanents comme non permanents d’y siéger. »

Outre le non respect du droit de la politique internationale, les commentaires de Hollande soulignent la profonde décrépitude et la crise de la démocratie au sein de l’Europe. Elu sur la base d’une hostilité à la politique de guerre et d’austérité sociale de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, Hollande est actuellement en train de poursuivre des guerres encore plus vastes en tant qu’associé en second de l’impérialisme américain.

(Article original paru le 28 août 2012)