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Le massacre des mineurs en Afrique du Sud

Par Bill Van Auken
20 août 2012

Le massacre de mineurs en grève à la mine de platine Marikana en Afrique du Sud a mis à nu le conflit irréconciliable existant entre la classe ouvrière d’une part et le gouvernement du Congrès national africain (ANC) et de ses alliés syndicaux d’autre part.

Les responsables ont chiffré le nombre des victimes de ce massacre barbare de la police à 34, mais d’autres sources ont indiqué que le nombre réel pourrait avoisiner la cinquantaine. Le nombre des blessés est bien plus grand, et certains de ces blessés dans cette fusillade à l’arme automatique déclenchée contre des mineurs armés de machettes et de gourdins sont dans un état critique. La police a arrêté 259 mineurs. Les familles continuent de rechercher des pères, des frères et des fils disparus dans les hôpitaux, les morgues et les commissariats de police.

La scène qui montre une rangée de policiers armés de fusils d’assaut tirant sur des travailleurs quasi sans défense et s’avancer ensuite sur un champ poussiéreux recouvert de corps saignants et de blessés gémissant a choqué la conscience de l’Afrique du Sud et a rappelé la répression horrible et les tueries de masse identiques, perpétrées sous le régime de l’apartheid, à Sharpeville en 1960 et à Soweto en 1976.

La différence la plus manifeste est que cette fois-ci le massacre a été organisé non pas par un régime minoritaire blanc qui était devenu un paria international, mais au contraire par un gouvernement dirigé par son ancien opposant, l’ANC (Congrès national africain), qui depuis 18 ans gouverne le pays et présente son gouvernement comme la concrétisation de la lutte pour la libération et le gardien de l’égalité.

En réalité, si l’apartheid juridique raciste a été aboli l’inégalité économique est même elle, devenue pire que sous le règne de la minorité blanche. Le gouffre qui sépare la riche élite dirigeante d’Afrique du Sud (qui compte actuellement dans ses rangs des responsables noirs multimillionnaires de l’ancien ANC, des dirigeants syndicaux et des hommes d’affaires politiquement connectés) des masses des travailleurs et des pauvres est plus profond en Afrique du Sud que dans n’importe quel autre pays du monde, à l’exception de la Namibie.

Le journal Sowetan a pertinemment remarqué dans un éditorial paru à la Une vendredi que le massacre a servi à « nous réveiller à la réalité d’une bombe à retardement qui a cessé de marquer les secondes – elle a explosé ! »

En dernière analyse, cette explosion a été déclenchée par la crise mondiale du capitalisme, dont l’impact sur l’économie sud-africaine et le secteur minier en particulier s’est traduit par une recrudescence de la lutte de classe dans ce pays, comme c’est le cas au Moyen-Orient, en Europe et partout dans le monde.

Les experts politiques ont tenté de restreindre ces événements sanglants à une querelle de territoire entre le syndicat des mineurs, le National Union of Mineworkers (NUM) – ce syndicat compte 300.000 adhérents et constitue le coeur de la fédération du Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU) qui, à son tour, a forgé une alliance politique avec l’ANC – et un syndicat indépendant plus combatif, l’Association of Mineworkers and Construction Union, AMCU.

L’AMCU a grandi du fait de la colère grandissante des mineurs à l’égard de la corruption et de l’enrichissement personnel des membres de l’appareil syndical du NUM – incarnés par la personne de Cyril Ramaphosa, l’ancien président du NUM. Celui-ci est devenu un des plus riches millionnaires d’Afrique du Sud, il a un intérêt personnel substantiel dans le secteur minier et un siège au directoire de la société Lonmin sise à Londres, la propriétaire de la mine où le massacre a eu lieu. Sa fortune personnelle a été acquise grâce aux services rendus pour subordonner les intérêts des mineurs aux exigences du gouvernement et des entreprises minières multinationales qu’il sert.

Des informations provenant de la scène du massacre montrent toutefois que le jeune syndicat rival n’a quant à lui pas été en mesure de contenir la combativité des grévistes.

Ceux qui ont fait grève à la mine de platine de Lonmin il y a une semaine figurent parmi les travailleurs les plus exploités de la planète – des opérateurs de foreuses qui travaillent loin sous la terre dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses et ce, pour environ 500 dollars par mois. Nombre d’entre eux sont des travailleurs migrants venus de pays tels le Mozambique et le Swaziland, et qui envoient le gros de leur salaire chez eux pour soutenir leurs familles élargies et vivent dans des baraques sans électricité ni eau courante.

Les 3.000 mineurs qui s’étaient rassemblés sur la colline surplombant la mine de Lonmin à Marikana ont tout d’abord chassé le président du NUM qui avait tenté de leur parler en étant installé à l’intérieur du véhicule blindé de la police, ils ont ensuite refusé d’obtempérer à un appel du président de l’AMCU de se disperser en disant qu’ils préféraient mourir que de reprendre le travail dans les conditions actuelles.

La police a été envoyée sur place précisément en ayant pour mission de fusiller ces travailleurs. Les responsables de la police ont fait référence à leur mission comme étant « D-Day », et en s’engageant à recourir à la « force maximale. » Comme l’a écrit vendredi un journaliste du quotidien de Johannesburg, Star, Poloko Tau, « Il s’est agi d’une attaque bien préparée qui a transformé une protestation en une zone meurtrière. »

Après avoir dispersé la foule au moyen de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de grenades assourdissantes, et après avoir pourchassé les mineurs à cheval et avec des véhicule blindés, une partie des travailleurs a été entassés dans un cordon de policiers armés d’armes automatiques et de balles réelles. L’objectif de cette effusion de sang est d’étouffer la combativité grandissante des travailleurs et de stopper la perte d’emprise des syndicats pro-gouvernementaux.

Les dirigeants de ces syndicats, tout comme l’autre partenaire de l’alliance tripartite de l’ANC, le Parti communiste d’Afrique du Sud stalinien, ont joué le rôle le plus méprisable. Ils ont défendu les policiers meurtriers en exigeant la répression des mineurs grévistes auxquels ils réfèrent en les qualifiant de « criminels », et en réclamant l’arrestation et des sanctions pour les « meneurs. »

L’effusion de sang à la mine à Marikana marque un tournant dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Ce n’est là en aucun cas un événement isolé et cela fait partie de l’explosion de luttes de plus en plus nombreuses des travailleurs et des opprimés en Afrique du Sud. Ceux-ci sont actuellement confrontés à un taux de chômage de 25 pour cent et à des conditions de vie dans les banlieues appauvries qui n’ont guère changées par rapport à la misère existant du temps de l’apartheid.

Le meurtre d’Etat calculé des mineurs sud-africains doit être pris comme un avertissement par la classe ouvrière internationale. Il est révélateur des méthodes qui seront de plus en plus souvent utilisées pour faire face à l’opposition montante de la classe ouvrière contre les brutales mesures d’austérité et les attaques à l’encontre des droits des travailleurs dans chaque pays. Toute personne disposant d’une connaissance de l’histoire des luttes des travailleurs aux Etats-Unis ne peut mettre en doute que la réponse de la classe dirigeante américaine à l’opposition sociale de masse ne sera pas différente de celle donnée par son homologue sud-africaine.

Les événements d’Afrique du Sud ont fourni une confirmation claire de la théorie de la Révolution permanente de Léon Trotsky qui a établi que dans les pays opprimés, les mouvements nationalistes bourgeois, liés au capitalisme et craignant la classe ouvrière, sont organiquement incapables de mener une lutte pour la démocratie et la libération de la domination impérialiste, et encore moins de réaliser les aspirations des travailleurs et des masses opprimées.

Ces tâches incombent à la classe ouvrière qui doit mobiliser derrière elle toutes les couches sociales opprimées. La concrétisation de ces tâches requiert une rupture politique décisive avec l’ANC et son appareil syndical et la construction d’une nouvelle direction indépendante basée sur une perspective socialiste et internationaliste. Ceci signifie lutter pour un gouvernement ouvrier pour nationaliser les mines et d’autres secteurs clé de l’économie et pour organiser une redistribution radicale de la richesse tout en cherchant à propager la révolution partout sur le continent africain et au-delà. La lutte pour cette perspective exige la construction d’une section sud-africaine du Comité International de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 18 août 2012)