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Les signes d'une récession mondiale s'intensifient

Par Nick Beams
8 août 2012

L’impact de la crise prolongée dans la zone euro se propage au-delà de ses frontières à travers l’économie mondiale, donnant les signes d’une accélération de la récession mondiale.

L’annonce le mois dernier aux Etats-Unis que 163.000 emplois ont été crées, a été saluée comme une tendance à la hausse. Mais le taux de chômage est passé de 8,2 à 8,3 pour cent alors même que l’effectif total de la main d’oeuvre chutait de 150.000. A plus long terme, même si l’économie continue de croître, le taux d’expansion ne sera pas suffisant pour faire baisser le niveau du chômage.

Dans une récente évaluation de l’économie américaine, le Fonds monétaire International (FMI) a dit qu’elle croîtrait à un « rythme tiède » d’environ 2 pour cent. D’ores et déjà les Etats-Unis connaissent la pire « reprise » depuis la Deuxième Guerre mondiale et, selon le FMI, « la perspective demeure difficile. »

Le FMI a averti que les Etats-Unis faisaient face à des « risques négatifs » provenant d’une « nouvelle dégradation de la crise de la dette de l’euro, » qui diminuerait la demande d’exportations en ayant un impact sur les marchés financiers. L’économie serait aussi affectée par tout échec à parvenir à un accord sur le relèvement de la dette américaine.

Le chef économiste de l’équipe américaine du FMI, Gian Milesi-Ferretti, a dit une « consolidation fiscale » (c'est à dire des coupes dans les dépenses du gouvernement), liée à une baisse du crédit aux ménages continuerait, dans un avenir proche, à ralentir la « reprise » américaine et que la « contribution américaine à la demande mondiale sera plus faible que ce que nous avons connu avant la crise financière. »

L’expansion continue de l’économie chinoise a joué un rôle majeur pour faire sortir l’économie mondiale de la récession en 2008-2009, mais, à l’avenir, elle ne sera pas en mesure de jouer ce rôle.

Des données récentes ont montré que l’économie chinoise a progressé de 7,6 pour cent au second trimestre, soit le rythme le plus lent en trois ans, et de nombreux indices font croire que le taux pourrait dégringoler davantage. L’un des éléments clé dans le soutien de l’économie chinoise après la crise financière de 2008 a été le plan de relance budgétaire fourni par le gouvernement – évalué à plus de 500 milliards de dollars – ainsi qu’une augmentation du crédit fourni par les banques. Mais cette politique n’est pas susceptible d’être répétée.

Avant la crise financière, le principal déséquilibre de l’économie chinoise était son excédent commercial. Actuellement, l’excédent de la balance commerciale représente un tiers de ce qu’il était en 2007. Toutefois, un nouveau déséquilibre a émergé, l’économie étant fortement tributaire de l’investissement, qui se chiffre maintenant à environ 50 pour cent du produit intérieur brut et les dépenses de consommation représentent tout juste 35 pour cent.

L’économie chinoise et les économies asiatiques plus généralement sont durement touchées non seulement par la faible croissance aux Etats-Unis mais aussi par la crise en Europe. « En Asie, les problèmes qui occasionnent le ralentissement viennent en premier lieu de l’extérieur de la région, » a dit à Reuters, Rob Subbaraman, l’économiste chef pour l’Asie chez Nomura à Hong Kong. « Pour la plupart des pays d’Asie, l’Europe est un marché d’exportation plus important et un plus gros investisseur pour la région que les Etats-Unis. »

En raison de leur plus faible marge de profit, les sociétés chinoises, notamment celles dans l’industrie manufacturière, sont durement touchées par le ralentissement de la croissance. Les entreprises sidérurgiques chinoises ont enregistré une chute de 96 pour cent de leurs profits durant la première moitié de l’année, transformant le secteur aux dires d’un journal de la branche, en une « zone sinistrée. » Zhu Jimin, le président de China Iron and Steel Association, a dit que le recul de la demande d’acier avait été provoqué par « une chute importante des investissements dans le bâtiment mais aussi dans les chemins de fer, l’automobile et la construction navale » durant la première moitié de l’année.

Le ralentissement englobe l’ensemble de l’industrie manufacturière, et les profits des entreprises publiques, qui représentent encore un élément essentiel de l’économie chinoise, ont chuté de 11,6 pour cent durant les premiers six mois de cette année, soit les pires résultats depuis le déclenchement de la crise financière mondiale en 2008.

L’indice officiel des directeurs d’achat (PMI) a dégringolé de 50,2 points en juin, à 50,1 en juillet, soit son niveau le plus bas en huit mois. Les chiffres montrent qu’alors que la production des usines a légèrement augmenté – tout ce qui se situe au-dessus de 50 indique une croissance – les nouvelles commandes et les exportations ont enregistré une baisse.

La récession dans l’industrie manufacturière est la plus forte en Europe où l’indice Markit des directeurs d’achat est tombé à 44 en juillet, en baisse par rapport à 45,1 un juin, pour atteindre le niveau le plus bas depuis juin 2009. Il est significatif de noter que la baisse ne se limite pas aux pays endettés. L’économiste en chef de Markit, Chris Williamson, a dit que les taux de repli pour l’Allemagne et la France étaient les plus rapides depuis plus de trois ans.

La Grande-Bretagne est à présent entrée dans sa deuxième récession en quatre ans, avec une contraction de 0,7 pour cent de l’économie au deuxième trimestre, due en grande partie aux réductions budgétaires du gouvernement et à la tourmente de la zone euro. La chute du PMI Markit pour le Royaume-Uni à 45,4 en juillet signale une nouvelle baisse.

Rob Dobson, économiste chez Markit, a précisé : « Le marché intérieur ne montre aucun véritable signe de reprise. L’espoir que les exportations pourraient nous mener dans des eaux plus calmes a été miné par notre principal partenaire commercial, la zone euro, qui reste enlisée dans ses longues crises politiques et d’endettement. » Les entreprises ont réduit leurs activités en revenant aux niveaux atteints en mars 2009 en pleine crise financière.

La mesure de la situation mondiale générale a été donnée par l’indice JPMorgan Global Manufacturing. Il a chuté à 48,4 en juillet contre son niveau de 49,1 en juin. JPMorgan a dit qu'il pourrait y avoir davantage de suppressions d’emplois. « Les récentes réductions des coûts fournissent un certain répit, mais ceci n’offrira que peu d’avantages à long terme si la demande ne reprend pas, » a averti un porte-parole de l’entreprise.

La chute de l’activité économique à des niveaux que l’on n’avait pas vus depuis la récession qui avait suivi le déclenchement de la crise financière en 2008 est significative en soi. Mais la situation est encore plus grave, compte tenu du fait que toutes les mesures visant à relancer l’économie depuis, y compris les milliers de milliards de dollars octroyés aux banques, n’ont pas réussi à fournir une solution durable. Dans aucun pays, les élites financières et politiques ne disposent d’une politique qui soit en mesure d’apporter une reprise économique. Au contraire, elles visent toutes à intensifier leurs attaques contre la position sociale de la classe ouvrière.

(Article original paru le 6 août 2012)