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L’Assemblée générale de l’ONU cible la Syrie alors que la guerre par procuration menée par les Etats-Unis s’intensifie.

Par Alex Lantier
7 août 2012

L’Assemblée générale de l’ONU a voté hier par 133 pour, 12 contre et 31 abstentions, l’adoption d’ une résolution dénonçant le gouvernement syrien alors que les combats s’intensifiaient dans une guerre par alliés interposés dirigée par les Etats-Unis en Syrie. Le vote a été au centre d’une campagne de propagande massive visant à rejeter la responsabilité pour cette sanglante guerre par procuration menée par les Etats-Unis et leurs alliés en Europe et au Moyen-Orient sur le président syrien Bachar al-Assad.

Après avoir été empêchés, par l’opposition des vétos de la Russie et de la Chine, de passer au sein du Conseil de Sécurité des résolutions qui condamneraient la Syrie et donneraient une justification pudique à l’invasion menée par les Etats-Unis, les Etats-Unis et leur alliés ont organisé un vote à l’Assemblée générale de l’ONU.

La résolution a en fait attribué la responsabilité des combats à Assad en déclarant que « Le premier pas vers la cessation des violences doit être accompli par les autorités syriennes ». Elle dénonce « le recours accru aux armes lourdes par les autorités syriennes, notamment le pilonnage aveugle d’agglomération à partir de chars et d’hélicoptères et le fait que le retour des troupes dans les casernes, avec leurs armes lourdes, n’a pas été assuré ».

Ce n’est autre chose qu’une demande que le gouvernement syrien se suicide politiquement et pratique un désarmement unilatérale face à une insurrection islamiste internationale armée, financée et organisée par les Etats-Unis et leurs alliés.

Le vote est intervenu quelques jours à peine après la parution d’articles confirmant que le président américain Barack Obama avait préalablement signé une « directive » prescrivant aux agences de renseignement américaines d’accorder une aide secrète aux forces anti-Assad. L’on avait déjà largement fait état que la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar arment des forces oppositionnelles en Syrie qui comprennent un grand nombre de combattants étrangers recrutés par des groupes affiliés à Al Qaïda. Leurs opérations sont dirigées à partir d’Adana, le site de la base aérienne américaine d’Incirlik près de la Turquie.

Hier, le ministre des Affaires étrangères britanniques, William Hague, a confirmé que la Grande-Bretagne fournissait une aide secrète aux forces Anti-Assad. Il a dit, « Je ne fais jamais de commentaire sur les questions de renseignement, mais je peux dire que nous fournissons une aide à des éléments de l’opposition syrienne, mais de manière pratique et non mortelle. Nous les assistons par le biais de communications et d’autres choses, et nous le ferons encore plus à l’avenir ».

Hague a ajouté que le gouvernement britannique visait à « isoler le régime Assad de ce qui reste de ses associés et amis dans le monde ».

La résolution de l’Assemblée générale de l’ONU a aussi critiqué, dans une attaque à peine voilée contre la Russie et la Chine, le Conseil de sécurité des Nations Unies pour son « manque » d’action contre la Syrie. Ces deux pays ont voté contre les résolutions du Conseil de sécurité qui critiquaient la Syrie, craignant de permettre à Washington d’attaquer ce pays ouvertement , de la même façon que l’OTAN s’était servi l’année dernière de la résolution 1973 de l’ONU pour justifier son agression en Libye. La Russie et la Chine ont toutes les deux voté contre la résolution à l’Assemblée générale.

Par l’accueil enthousiaste réservé par la presse américaine et européenne à ce vote inégal de l’Assemblée générale l’ONU et les médias agissent comme des valets de l’impérialisme. N’était-ce la gravité de la situation – à elle seule la guerre en Syrie a déjà coûté la vie à plus de 10.000 personnes, 200.000 Syriens ont fui leur pays, et plus d’un million sont devenus des réfugiés à l’intérieur de la Syrie – l’absurdité de la résolution de l’ONU serait comique.

La résolution de l’ONU a été rédigée par les monarchies absolues d’Arabie saoudite, du Qatar et de Bahreïn. Des reportages ont présenté l’oeuvre de ces régimes sectaires sunnites d’extrême droite et qui se sont fraichement couverts de sang après avoir écrasé les protestations de masse du printemps dernier au Bahreïn, comme faisant partie d’une campagne démocratique des Etats-Unis pour protéger des civils contre lesattaques de gouvernements autoritaires !

On n’a pas non plus cherché à expliquer quels principes rendaient le recours du régime Assad à des armes lourdes dans une guerre par procuration avec Washington plus répréhensible que les bombardements de villages kurdes par la Turquie dans le cadre d’une répression militaire de longue date de la minorité kurde en Turquie.

Toutes ces données sont bien connues des diplomates qui se sont rassemblés à l’ONU et qui ont voté la résolution. On suppose que pour de nombreux gouvernements, la décision relative au vote a été vite prise en fonction de leur dépendance financière des subventions américaines. Les autres ont tenu compte des exemples des chefs d’Etat qui avaient contrarié Washington – le colonel Mouammar Kadhafi de Libye, assassiné dans les rues de sa ville natale bombardée après avoir été sodomisé avec une baïonnette, ou Assad pour qui le Washington Post a prédit que « l’unique sortie peut être [un] sac mortuaire ».

Il convient de mentionner tout particulièrement, du fait de leur hypocrisie et propagande serviles, le rôle joué par les médias américains qui sont passés à la guerre totale. Vendredi matin, le New York Times a publié un éditorial de C.J. Chivers qui commence par déclarer que « des efforts diplomatiques [sont] morts et l’avenir de la Syrie se joue sur le champ de bataille ». L’annonce faite vendredi par Kofi Annan qu’il démissionnera de son poste de médiateur de l’ONU pour la Syrie est considérée comme une confirmation de la fin de toute négociation avec le gouvernement Assad.

Les médias américains ont soutenu avec enthousiasme les forces anti-Assad même après qu’il a été largement dit qu’Al Qaïda opérait dans ce milieu. Cela va de la représentation attendrissante d’hier soir dans le journal télévisé d’ABC de jeunes anti-Assad, armés de kalashnikov et poussés au combat par leur foi en Allah, aux louanges exprimées par Chivers et le Times à l’égard des insurgés anti-Assad qui placent des bombes sur le bord de la route.

Dans le monde orwellien de la politique bourgeoise américaine, personne ne se pose la question de savoir comment résoudre la contradiction flagrante entre la politique américaine en Syrie et sa prétention de mener une « guerre contre le terrorisme. »

Si les médias sont incapables de répondre ou même de poser de telles question, c’est parce que la réponse est trop explosive : la « guerre contre le terrorisme » – manifestement à la base de la politique américaine pendant plus d’une décennie – est un tas de mensonges. Washington fait ou défait en réalité des alliances avec Al Qaïda purement sur la base d’un calcul cynique pour privilégier ses intérêts impérialistes.

Pourquoi Washington lutte-t-il contre Assad et soutient-il le brutal régime du président afghan Hamid Karzaï ? La réponse n’a rien à voir avec la démocratie ou une lutte contre le terrorisme islamiste. La raison est que les Etats-Unis et leurs alliés veulent se partager en premier le gâteau des ressources minérales de l’Afghanistan et profiter des avantages de son emplacement hautement stratégique. La Syrie est cependant un allié de l’Iran et de la Russie. Elle est considérée une menace pour Israël et, plus généralement, pour l’hégémonie des Etats-Unis au Moyen-Orient.

En conséquence, les forces anti-Assad sont adulées par les responsables américains et les médias alors même que des articles paraissent sur leur hostilité à l’égard de la population syrienne et sur leurs meurtres de masse d’adversaires politiques.

Ainsi, hier, Abou Ahmed, un responsable de la ville syrienne d’Azar près de la frontière turque a dit à Reuters : « L’Armée syrienne libre nous cause des maux de tête maintenant. Si elle n’aime pas ce que quelqu’un fait, elle le ligote, le tabasse et l’arrête. Des conflits de personnalité entre les membres de la brigade sont résolus par des enlèvements et par la force ».

Une séquence video largement diffusée sur You Tube montre l’interrogatoire d’Ali Zein al-Abidine Berri, un dirigeant pro-Assad d’un clan d’Alep, qui a été capturé par les forces anti-Assad. La vidéo le montre, le bras bandé et saignant de la bouche, en train de répondre à des questions tout en se protégeant à l’aide de ses bras. Il aurait été exécuté après l’interrogatoire.

(Article original paru le 4 août 2012)