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Les travailleurs automobile de PSA protestent contre la menace de fermeture de l’usine d’Aulnay en France

Par nos correspondants
27 février 2012

Les travailleurs ont défilé samedi lors d’une manifestation appelée par les syndicats de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, en banlieue du Nord-Est de Paris, contre la fermeture du site qui est prévue pour 2014. Ceci fait partie d’une stratégie de la direction d’imposer une augmentation de la productivité et une réduction des effectifs grâce au « compactage » et qui implique également la fermeture des usines PSA de Madrid et de Sevelnord, dans le Nord de la France.

Les manifestants ont scandé des slogans, tels « De l’argent il y en a, dans les caisses de PSA ! » et « Pour l’interdiction des licenciements ! »

Quelque 2.000 personnes se sont jointes au défilé. En plus des travailleurs de PSA et des habitants de la région, il y avait des contingents de responsables de la CGT, de maires et de membres du parti bourgeois de « gauche », le Parti socialiste (PS), et de partis petits bourgeois de « gauche » comme le Parti communiste (PCF) et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA).

L’aspect le plus significatif de la manifestation est la méfiance croissante des travailleurs à l’égard des syndicats et de la « gauche » petite bourgeoise tandis que s’accentuent les tensions de classe entre le prolétariat et la classe dirigeante.

C’est le résultat d’expériences amères subies, telle la trahison de la CGT dans la lutte contre la réduction du droit à la retraite du président Nicolas Sarkozy: La CGT s’était tenue à l’écart tandis que la police était dépêchée pour briser la grève et le blocage organisés par les travailleurs du secteur pétrolier. Il y a aussi l’impact des luttes révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie et en Egypte et le pillage de la Grèce par l’aristocratie financière européenne et internationale.

Les travailleurs qui ont parlé au WSWS ne croyaient pas, à juste titre, pouvoir lutter pour leurs revendications sous la direction de la CGT et de la « gauche » petite bourgeoisie. La CGT met en avant une perspective en faillite selon laquelle les travailleurs peuvent défendre leurs emplois en demandant à PSA de répartir la production sur plusieurs usines différentes. De telles exigences, qui ne sont rien d'autre qu'une capitulation totale devant les employeurs, ont servi de caution politique à la CGT pour superviser, depuis le début de la crise économique mondiale en 2008, la fermeture de dizaines d’usines de l’industrie automobile partout en France.

Le WSWS a parlé avec Zitouni qui travaille depuis 15 ans sur la chaîne de montage de l’usine PSA d’Aulnay.

Parlant de la nécessité de contre-attaquer, Zitouni a dit : « Il faut un mouvement beaucoup plus vaste. La lutte contre les licenciements ne peut pas se faire au niveau d’une seule usine. Les syndicats ne l’organisent pas .... PSA ne veut pas reculer. C’est une question d’argent. Au Maroc, les travailleurs sont payés 250 euros. Les travailleurs des pays low-cost ne sont pas nos ennemis. Ils vont se réveiller et se révolter. »

« Je ne connais pas de parti en France qui représente la classe ouvrière. Mélenchon [Jean-Luc, candidat présidentiel du Parti communiste et ancien ministre PS] semble s’opposer au système, mais il a gardé son âme de PS. Il se rangera avec les plus forts. S’il y a de plus en plus de chômeurs, il y aura une guerre civile. Je suis d’accord qu’il faut un parti international pour articuler les luttes de la classe ouvrière au niveau international. »

Samba, membre de la CGT qui travaille depuis trois ans chez PSA-Aulnay, a dit, « Le problème, c’est que les syndicats ne sont pas d’accord. Je reconnais qu’en 2010 ils étaient unifiés dans l’Intersyndicale, mais ils n’ont pas unifié la lutte contre la réforme de la retraite. Je ne suis pas d’accord avec ce qui s’est passé à Grandpuits » - l’une des raffineries où, durant la lutte contre la réforme des retraites, la CGT n’avait rien fait pour empêcher la police de briser le piquet de grève.

Il a jouté, « Ce qui se passe en Grèce est un avertissement pour nous. Mais, il n’y a pas de parti qui représente la classe ouvrière en France. On devrait aider les Grecs, mais comment ? Je suis d’accord que l’argent donné par l’UE au gouvernement grec n’est que pour les banques. Il faut que les travailleurs ici soient solidaires avec les travailleurs grecs. Je leur dis qu’il faut continuer à lutter contre l’austérité. Leur lutte est la nôtre. »

Rajaram travaille depuis 15 ans chez PSA: « On nous a dit que s’il n’y a pas de travail pour nous, on nous offrira du travail ailleurs. Mais, je ne peux pas quitter la région : j’ai un appartement ici et ma famille et deux enfants. Je travaillais dans une usine à Madras et j’ai été licencié. La même chose se passe ici et partout. »

« J’ai 45 ans. Je ne trouverai du travail nulle part et si j'en trouvais, je perdrais tous les droits que j’ai acquis après 15 ans chez PSA. Les syndicats ne servent à rien. Le Parti socialiste, le NPA et la CGT – ils ne vont rien changer. »

Les partisans du WSWS ont interviewé des travailleurs et distribué des articles sur les luttes des travailleurs de l’automobile et de l’industrie partout dans le monde : Pour une lutte contre la fermeture de l'usine Caterpillar en Ontario! Pour l'union des travailleurs nord-américains contre les baisses de salaire! et Les licenciements au niveau mondial touchent les travailleurs de GM, Nokia et PepsiCo

 

(Article original paru le 21 février 2012)