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Québec solidaire vise un pacte électoral avec le Parti Québécois

Par Louis Girard
5 janvier 2012

Dans des conditions où le Parti Québécois (PQ), un parti de la grande entreprise, et tout le mouvement indépendantiste de la province sont en profonde crise, Québec solidaire, un parti qui se dit de gauche, a multiplié ses offres d'appui envers le PQ et se fond encore plus complètement dans le mouvement dirigé par le PQ qui veut une République capitaliste du Québec.

Dans les derniers mois, Québec solidaire (QS) et son unique membre élu à l'Assemblée nationale, Amir Khadir, ont courtisé d'anciens députés du PQ qui avaient récemment quitté le parti, ont développé leurs liens avec divers groupes dissidents partisans de l'indépendance du Québec et ont offert de forger une alliance électorale avec le PQ.

À la fin du mois d'octobre, parlant du besoin d'un pacte électoral avec le PQ pour « défaire la droite », Khadir à dit, « On peut s'entendre. Si le PQ n'en veut pas, de François Legault et des libéraux, Québec solidaire n'en veut pas non plus. On dit [dans les comtés électoraux] où il y a des libéraux actuellement, on essaie de faire quelque chose. »

Françoise David, l'autre « co-chef » de QS, n'a pas été moins directe que Khadir pour défendre l'idée d'une alliance PQ-QS. À la suite d'une victoire des libéraux dans une élection partielle plus tôt ce mois-ci, David s'est dite consternée que « la direction du PQ, du moins pour le moment, soit si peu encline à un dialogue » avec QS sur la question d'une alliance électorale.

Comme le montrent les remarques de Khadir, QS fait la distinction entre le PQ et la « droite » qu'il identifie comme étant constituée des libéraux, qui forment le gouvernement du Québec depuis 2003, et la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ), un parti formé le mois dernier par François Legault, ancien ministre du PQ qui avait déjà tenté d'en prendre la direction.

Mais le PQ, tout autant que les libéraux, est un parti de la grande entreprise. Lorsqu'il a été au pouvoir, le PQ est entré en conflit direct avec la classe ouvrière. En 1982-83, le gouvernement péquiste de René Lévesque a imposé de vastes coupes dans les contrats de travail des travailleurs du secteur public et a menacé de congédier en masse les enseignants qui se rebellaient. Les gouvernements péquistes de Lucien Bouchard et de Bernard Landry (1995-2003) ont éliminé des dizaines de milliers d'emplois en santé et en éducation au nom de l'élimination du déficit budgétaire annuel de la province. Ensuite, quand le déficit zéro à été atteint, le PQ a mis en oeuvre d'importantes baisses d'impôt pour la grande entreprise et les sections les plus privilégiées de la société.

Dans les dernières années, voulant satisfaire les demandes de plus en plus criantes de la bourgeoisie pour l'élimination de ce qui reste de l'État-providence, le PQ s'est orienté encore plus vers la droite. Sous Pauline Marois, il a attaqué le gouvernement libéral de Jean Charest pour ne pas réduire le déficit provincial assez rapidement. Il multiplie aussi de plus en plus les appels chauvins, ayant réussi à faire pression sur le gouvernement libéral pour qu'il présente un projet de loi interdisant la prestation de services publics à des femmes musulmanes qui porteraient le niqab ou la burqa.

Le rôle dirigeant du PQ dans l'assaut sur la position sociale de la classe ouvrière lui a valu une baisse radicale de son appui dans la population. Dans l'élection fédérale du 2 mai, le parti frère du PQ, le Bloc Québécois, est passé de 47 à 4 sièges au parlement et a vu sa part du vote chuter à 23 pour cent. De plus, malgré l'impopularité du gouvernement libéral de Jean Charest, les sondages indiquent depuis des mois que les libéraux obtiendraient tout de même plus de votes que le PQ et que ces deux principaux partis subiraient une défaite considérable aux mains de la CAQ de Legault.

Québec solidaire a réagi à la crise du PQ en volant à son secours par la proposition d'une alliance électorale. Mais, de manière tout aussi importante, QS aide les politiciens de droite discrédités du PQ et leurs alliés de la bureaucratie syndicale à entretenir le mensonge que les travailleurs peuvent défendre leurs intérêts, ou du moins contrer en partie les assauts de la grande entreprise, à l'aide du PQ.

En réalité, la supposée division « gauche-droite » entre les libéraux et le PQ a été un instrument clé de la bourgeoisie durant les quatre dernières décennies, un mécanisme pour gérer les relations de classe afin d'assurer son maintien au pouvoir. Justement parce que le PQ se présente comme un parti « social-démocrate » et a profité du soutien indéfectible de la bureaucratie syndicale, le patronat l'a souvent considéré comme un meilleur véhicule pour imposer ses vastes attaques aux travailleurs.

Lucien Bouchard, faut-il se le rappeler, avait exhorté les Québécois à voter pour la souveraineté dans le référendum de 1995 pour créer un rempart contre la « vague de droite » qui balayait l'Amérique du Nord. Par la suite, il avait immédiatement mis en oeuvre le même programme de coupes massives dans les dépenses sociales que celui réalisé par son principal rival fédéraliste, le premier ministre libéral Jean Chrétien.

Les travailleurs au Québec ne seront en mesure de défendre leurs emplois et leurs droits qu'en développant une offensive industrielle et politique contre la totalité de l'establishment patronal, ce qui comprend le PQ, en s'alliant aux travailleurs du reste du Canada dans une lutte pour un gouvernement ouvrier.

En tant que parti qui aspire à faire partie de l'establishment, QS est totalement opposé à cette perspective. Il défend la conception réactionnaire complètement fausse que la principale division dans la politique du Québec et du Canada est celle qui existe entre les fédéralistes et les souverainistes québécois, et non pas le gouffre entre l'élite patronale qui domine la vie économique et la classe ouvrière qui est exploitée par cette élite, et il cherche systématiquement à diviser les travailleurs du Québec de leurs frères et soeurs de classe à travers le Canada et le monde.

La direction du PQ a sèchement rejeté les avances de QS. Marois évalue qu'un pacte avec un parti apparemment de gauche minerait ses efforts pour convaincre la grande entreprise que le PQ est le meilleur véhicule pour intensifier l'offensive contre la classe ouvrière.

Mais l'appel de QS à une alliance a été accueilli par les Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), une ancienne faction du PQ soutenue directement par certaines sections de la bureaucratie syndicale. De plus, QS a organisé des rencontres et des actions communes avec un groupe dissident de députés péquistes qui ont quitté le caucus parlementaire du PQ, mais qui demeurent au sein du parti. Les anciennes ministres Louise Beaudoin et Lysette Lapointe, la femme de l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau, font partie de ce groupe.

Bien que Khadir et David se présentent comme les défenseurs d'une nouvelle politique « de la base », ils agissent comme n'importe quel politicien bourgeois à en devenir, traitant avec mépris les désirs des membres de leur parti tout en cherchant à convaincre les médias et l'élite du Québec qu'ils sont modérés et responsables.

Ainsi, ils ont tenté d'établir un pacte électoral entre QS et le PQ en violation directe d'une résolution qui avait été adoptée au Congrès de QS en mars dernier et qui stipulait que QS ne devait prendre part à aucune alliance électorale.

Néanmoins, cette résolution masque une certaine réalité. Les membres de QS sont à forte majorité petits-bourgeois et comprennent surtout d'anciens membres du PQ et d'autres qui ont appuyé la campagne péquiste pour la souveraineté du Québec au début des années 1990.

De plus, QS fait déjà partie du Conseil de la souveraineté du Québec, une organisation dirigée par le PQ.

Lors d'un congrès de trois jours tenu plus tôt ce mois-ci, des délégués, dont les pablistes de Gauche socialiste et d'autres pseudo-socialistes, ont donné un appui implicite aux actes de Khadir et David en évitant tout débat sur leur violation des politiques du parti.

(Article original paru le 22 décembre 2011)