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Québec : Deuxième semaine du lock-out des travailleurs de Rio Tinto Alcan d'Alma

Par Éric Marquis
11 janvier 2012

La société, l'un des cinq groupes de la multinationale Rio Tinto Alcan, la première productrice mondiale d'aluminium, refuse de garantir un minimum d'emplois syndiqués à l'usine et fait un recours accru à la sous-traitance. Selon le quotidien La Presse, l'aluminerie a accumulé 140.000 heures de sous-traitance en 2010 et en prévoit 350.000 en 2012.

Fin décembre, les travailleurs ont rejeté massivement, à 88 pour cent, les dernières offres patronales et ont voté pour un mandat de grève à 95 pour cent. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, la direction interdisait aux employés l'accès à l'usine.

Présentement, l'usine ne fonctionne qu'au tiers de sa capacité, et la compagnie se dit prête à maintenir ce niveau durant toute la durée du conflit de travail. La production serait assurée par le travail de cadres. Toutefois, après avoir été témoin, au début du lock-out, du transport par hélicoptère de personnel qui n'a pas été identifié, le syndicat accuse la direction d'avoir recours à des travailleurs de l'extérieur et a déposé une requête au ministère du Travail pour qu'une enquête soit menée. La direction de Rio Tinto Alcan nie avoir recours à des briseurs de grève, ce qui constituerait une infraction aux normes du travail de la province.

Le conflit de travail à Alma est un de plus dans toute une série de récents conflits à travers le pays où, dans le contexte de la crise économique mondiale, l'élite patronale cherche à maintenir et à faire fructifier ses profits en réduisant à néant les gains que la classe ouvrière a pu arracher à la bourgeoisie par le passé.

Au même moment où les travailleurs d'Alma tentent de défendre leurs conditions, quelque 400 travailleurs de l'usine Electro-Motive Diesel (une filiale de Caterpillar) à London, en Ontario, font face au lock-out d'un employeur qui exige des baisses de salaire de 55 pour cent et l'élimination des pensions de retraite.

L'an dernier, le gouvernement fédéral conservateur de Stephen Harper est intervenu directement dans deux conflits majeurs pour imposer des coupes dans les salaires, les retraites et les conditions de travail chez Postes Canada, la plus grande société d'État, et chez Air Canada, le plus important transporteur aérien au pays.

Des concessions massives ont aussi été arrachées aux travailleurs de l'auto dans les dernières années.

Dans toutes ces luttes, les travailleurs ont été laissés à eux-mêmes par des syndicats qui refusent de mener la moindre lutte sérieuse contre l'assaut frontal de la grande entreprise sur les conditions de travail.

À Alma, le syndicat des métallos affilié à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ, plus important syndicat de la province) a réitéré son désir de négocier avec l'employeur, même s'il est clair que toute forme de négociation à laquelle accepterait de participer Rio Tinto Alcan ne servirait qu'à déterminer l'ampleur des sacrifices que les travailleurs devront faire.

« Je pense que les deux parties devraient s'asseoir et tenter de dénouer cette impasse-là », a dit le président de la FTQ, Michel Arsenault. Sur les sites web de la FTQ et du Syndicat des métallos, rien n'a été publié sur le lock-out et aucune campagne n'est faite pour venir en aide aux lockoutés et ce, même si le Syndicat des métallos compte pour plus de 60 000 membres et la FTQ, plus de 600 000 à travers la province.

En soutien aux travailleurs lockoutés, des cheminots de la ligne de chemin de fer Roberval-Saguenay ont refusé à deux reprises de franchir le piquet de grève pour délivrer des convois d'alumine, mais ils ont dû reprendre les livraisons par crainte de perdre leur emploi. Dix opérateurs de train ont ainsi été suspendus 5 jours sans solde pour avoir courageusement soutenu les lockoutés.

Ces travailleurs auraient aussi pu être accusés d'outrage au tribunal car une injonction, demandée par Rio Tinto Alcan et prononcée rapidement après le début du conflit, interdit aux travailleurs en lock-out de bloquer l'accès à l'usine. Cette injonction a été prolongée cette semaine jusqu'en avril.

Le syndicat a aussi demandé au gouvernement provincial de Jean Charest d'agir pour empêcher qu'Hydro-Québec, société d'État responsable de la production et de la distribution d'électricité, rachète l'électricité qui n'allait pas être utilisée par Rio Tinto Alcan durant le conflit (la production d'aluminium exige une quantité d'électricité et Rio Tinto Alcan dispose d'une entente préférentielle avec Hydro-Québec), mais le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, a refusé d'intervenir.

Il ne fait aucun doute que le gouvernement du Québec appuie entièrement Rio Tinto Alcan dans le conflit de travail. L'une des premières mesures de Charest à son arrivée au pouvoir en 2003 a été d'amender le Code du travail pour faciliter le recours à la sous-traitance.

Dans cette lutte, les travailleurs font face non seulement à la multinationale Rio Tinto Alcan, mais à l'État québécois, aux tribunaux et aux médias de la grande entreprise.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), malgré le fait qu'il tente de se présenter comme un défenseur des gens ordinaires, est, au même titre que le Parti conservateur ou le Parti libéral, un parti de la bourgeoisie canadienne. Peggy Nash, aspirante à la chefferie du NPD, a dit à propos du lock-out chez Rio Tinto Alcan qu'il était « inadmissible qu’une multinationale étrangère puisse acquérir une compagnie canadienne sans devoir s’engager à protéger les droits des travailleurs ainsi que l’économie régionale », propageant le mythe que les entreprises canadiennes auraient à cœur les droits des travailleurs.

De plus, les travailleurs ne peuvent se fier aux syndicats pour défendre leurs salaires, leurs emplois et leurs conditions de travail, car ceux-ci ne veulent et ne peuvent remettre en question le droit des grandes sociétés à faire des profits gigantesques à leurs dépens.

Indépendamment des syndicats, la classe ouvrière doit bâtir ses propres organes de lutte, des comités de la base dans toutes les usines pour s'opposer à toutes formes d'assaut contre les droits et les conditions des travailleurs. Les attaques de Rio Tinto Alcan contre ses employés sont répétées par l'ensemble de l'élite dirigeante à travers le pays et internationalement. Les travailleurs doivent s'allier avec leurs frères et sœurs de classe au Québec et au Canada et s'attaquer à la véritable source du problème : le système de profit et la domination de la société par une minuscule et riche élite.

Comme c'est presque toujours le cas dans ce genre de conflit, les médias de la grande entreprise déploient leur armée de chroniqueurs et d'éditorialistes pour diaboliser les travailleurs en lutte et les présenter comme des enfants gâtés qui devraient se compter chanceux de ce qu'ils ont dans les conditions économiques actuelles.

En effet, dans les conditions économiques actuelles, Rio Tinto Alcan a généré 7,5 milliards de dollars en profits durant la première moitié de 2011.