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La crise de l’euro et le rôle joué par SYRIZA

Par Christoph Dreier
9 juin 2012

La crise de l’Union européenne (UE) et de sa monnaie commune a mis en évidence la nécessité d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière pour s’opposer à l’UE et au système capitaliste qu’elle défend. Les expériences faites ces deux dernières années en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal et en Irlande où les travailleurs ont à maintes reprises organisé des protestations et des grèves de masse contre les mesures d’austérité montrent la fausseté des affirmations selon lesquelles une forte pression exercée d’en bas peut faire changer la politique de l’UE et des élites dirigeantes en Europe.

La politique d’austérité dont la chancelière allemande Angela Merkel et l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, sont le fer de lance, a appauvri de vastes couches de la population en Grèce et dans d’autres pays lourdement endettés d'Europe méridionale, tout en intensifiant la dette et la crise bancaire. La Grèce, engluée dans la récession pour la cinquième année consécutive, a vu sa dette passer de 250 milliards de dollars en 2008 à plus de 350 milliards de dollars présentement.

Les propositions du président américain Barack Obama et du président français nouvellement élu, François Hollande, de modifier la politique d’austérité européenne en augmentant la taille des renflouements bancaires n’offrent rien à la classe ouvrière. Les mécanismes qui sont présentés lors des rencontres de plus en plus désespérées entre les principales puissances européennes comprennent tous des exigences en faveur de davantage de réductions budgétaires et de nouvelles attaques contre les droits sociaux des travailleurs.

La crise a révélé au grand jour la faillite des élites financières qui gouvernent l’Europe et l’échec du système capitaliste. L’unique force sociale capable de fournir une réponse progressiste à la crise de l’euro est la classe ouvrière. Fondé sur une lutte pour l’établissement du pouvoir ouvrier, le renversement du capitalisme et le développement du socialisme partout en Europe et internationalement la force industrielle et sociale de la classe ouvrière doit être mobilisée dans une lutte internationale contre l’Union européenne et ses gouvernements bourgeois qui la constituent,.

Les forces petites bourgeoises de « gauche » qui cherchent à subordonner les travailleurs à l’un ou à l’autre camp de la classe dirigeante sont un obstacle majeur au développement d’un mouvement de masse de la classe ouvrière qui soit indépendant. Actuellement, le principal représentant de ces forces en Europe est la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) en Grèce et son dirigeant, Alexis Tsipras.

Selon des sondages d’opinion, SYRIZA pourrait émerger des élections du 17 juin comme le parti le plus fort et Tsipras pourrait devenir le premier ministre, étant donné que les électeurs sont en quête d’une alternative aux partis gouvernementaux précédents qui ont imposé les mesures d’austérité dictées par l’UE. SYRIZA progresse dans les sondages en raison de son discours tranché contre les contrats de prêts que la Grèce a négociés avec l’UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, et en raison de sa volonté de geler les mesures d’austérité.

SYRIZA n’est pas un parti révolutionnaire. C’est un parti petit bourgeois dont la politique est hostile à la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière.

SYRIZA cherche à contenir la colère contre les attaques sociales tout en maintenant les luttes des travailleurs sous la domination de la bureaucratie syndicale qui collabore étroitement avec les gouvernements grecs précédents qui ont perpétré les attaques dévastatrices contre les travailleurs. Cette organisation opère comme un instrument de subordination de la classe ouvrière à la classe dirigeante grecque, aux institutions européennes et au capitalisme.

Lorsqu'il parle aux médias internationaux, par opposition à l’électorat grec, Tsipras fait clairement comprendre que son parti, une fois au pouvoir, ferait le nécessaire pour satisfaire les marchés financiers. SYRIZA espère appliquer un programme combinant les renflouements des banques et des entreprises clé aux mesures d’austérité contre la classe ouvrière.

Tsipras a, à plusieurs reprises, dit que SYRIZA cherchait avant tout à rester au sein de l’UE ; qu’elle acceptera non seulement les « réformes » structurelles – qui ont déjà drastiquement réduit les salaires et éliminé des dizaines de milliers d’emplois – mais qu’elle honorera aussi les dettes du pays et que l’UE a utilisé ces deux dernières années comme levier pour imposer les mesures d’austérité.

Dans une interview accordée au magazine Der Spiegel, Tsipras a qualifié Hollande de « source d’espoir » et soutenu les propositions du président français de faire imprimer plus d’argent par la Banque centrale européenne et d’introduire des obligations européennes. Il a, à maintes reprises, fait l’éloge de la politique d’Obama en faisant appel aux dirigeants européens pour que ces derniers adoptent une politique allant dans le sens du New Deal mis en oeuvre par Franklin Roosevelt à l’époque de la Grande Dépression.

De telles comparaisons ridicules ne servent qu’à nourrir des illusions quant à la possibilité de résoudre la crise grecque en rafistolant la politique de l’UE. Obama a perpétré des attaques brutales contre les emplois et les salaires aux Etats-Unis et il a rejeté toute politique de réforme pour alléger la souffrance résultant du chômage de masse et des coupes budgétaires. L’énorme décrépitude du capitalisme américain se reflète dans l’absence de toute faction de réforme sociale au sein de l’establishment politique américain. Le capitalisme grec manque de ressources pour appliquer la politique de réformes d’une époque révolue.

Dans le contexte de l’aggravation de la crise capitaliste, des luttes de classe féroces sont à l’ordre du jour – au cours desquelles les partis petits bourgeois tels SYRIZA affronteront la classe ouvrière non pas comme un allié mais comme un ennemi farouche.

Tsipras lui-même a reconnu que SYRIZA participait à des pourparlers secrets avec de hauts responsables en vue de préparer des mesures d’urgence dans le cas d’une exclusion de la Grèce de la zone euro mais il refuse de dire ce que sont ces mesures. La semaine passée, il a rencontré le commandement de l’armée grecque en réclamé le renforcement des forces armées.

Le principal danger est que des partis comme SYRIZA et les couches sociales qu’ils représentent au sein de la classe moyenne aisée, de l’Etat et de la bureaucratie syndicale, désorganiseront et stopperont les luttes de la classe ouvrière à l’encontre du danger croissant d’un effondrement économique et de la dictature.

Ceci souligne la nécessité d’une lutte politique systématique contre ces tendances pseudo-gauches. Les travailleurs ne seront pas capables d’aller de l’avant sans organiser contre elles une lutte politique basée sur un programme socialiste indépendant.

La classe ouvrière est confrontée à la tâche de construire un nouveau parti révolutionnaire en Grèce et partout en Europe, en unissant la classe ouvrière dans une lutte contre les institutions européennes et pour les Etats socialistes unis d’Europe. Ce parti est le Comité international de la Quatrième Internationale.

(Paru en anglais le 8 juin 2012)