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Jerry White fait campagne à Montréal

Par Bryan Dyne
21 juin 2012

Jerry White, le candidat présidentiel américain pour le Parti de l’égalité socialiste (PES), a fait campagne à Montréal mardi, amenant ainsi la lutte du parti pour l’unité internationale de classe ouvrière au Canada. White prendre la parole lors d’une réunion publique jeudi, qui est organisée par le PES du Canada, sur la lutte des étudiants du Québec.

youthWhite discute avec un étudiant de l’Université Concordia]

Les étudiants de Montréal, la plus grande ville de la province, sont été en grève depuis les 4 derniers mois pour lutter contre une hausse radicale des frais de scolarité. Le mois dernier, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a adopté une loi draconienne antidémocratique, la loi 78, qui interdit tout rassemblement de plus de 50 personnes si ce rassemblement n’a pas obtenu la permission de la police. Même si elle a été adoptée contre la grève étudiante, le but de cette mesure est de supprimer toute opposition aux mesures d’austérité du gouvernement et aux attaques du patronat contre les emplois et les conditions de vie.

Mardi après-midi, White a parlé aux étudiants et aux employés de soutien sur deux campus anglophones, les universités Concordia et McGill. Il a aussi discuté avec des travailleurs et des jeunes du quartier du Plateau à Montréal où les partisans du PES l’ont aidé à traduire les conversations en français.

Plusieurs jeunes étaient surpris de rencontrer un candidat présidentiel socialiste provenant des États-Unis. Ils voulaient connaître la raison de sa présence au Canada, là où il ne peut obtenir de votes. White a expliqué que les travailleurs et les jeunes partout dans le monde font face à des attaques, comme celles auxquelles font face les étudiants québécois, et qu’il est nécessaire d’unir la classe ouvrière internationalement pour défendre les droits sociaux. Le candidat du PES fut chaleureusement accueilli et a tenu plusieurs discussions sur la grève étudiante, sur les conditions des travailleurs et des jeunes aux États-Unis et sur le programme socialiste et internationaliste pour lequel le PES lutte.

WhiteJerry White et des étudiants de Concordia : Steve McFee (à gauche) et Angel Rodriguez]

Angel Rodriguez, un diplômé récent de Concordia, a exprimé de la frustration quant à la trajectoire du mouvement de contestation. « Qu’est-ce qu’il y a après les manifestations », a-t-il demandé. « On dirait que le seul objectif est de rassembler plus de gens. »

White a expliqué : « La question cruciale est le programme et la perspective politique. Les associations étudiantes limitent la lutte à la seule question des frais de scolarité et au Québec seulement. La demande des étudiants pour que l’éducation soit un droit social élémentaire est tout à fait juste. Cependant, cela requiert une lutte contre tout le système politique et économique, qui défend l’élite financière et le milieu des affaires contre les intérêts de la vaste majorité de la population. Cela veut dire la mobilisation de la classe ouvrière afin de lutter pour une alternative socialiste au système capitaliste. »

Angel a approuvé : « Les étudiants doivent entrer en contact avec les travailleurs. Maintenant, le gouvernement fait de son mieux pour diviser par la force les étudiants et les travailleurs. Lors d’un récent festival, les étudiants étaient ceux qui étaient spécifiquement ciblés et expulsés. Et ce n’était pas seulement ceux impliqués dans la grève, mais les jeunes en général. C’était du profilage tout simplement. »

Angel a ensuite demandé à White : « Qu’est-ce que vous proposez ? »

« Le PES se bat pour construire un mouvement politique de masse de la classe ouvrière qui luttera pour prendre le pouvoir politique et réorganiser la société sur la base des besoins humains et non du profit privé. Rien ne peut être gagné en faisant pression sur les gouvernements, qui sont redevables envers les banques et les multinationales. Prenez ce qui est arrivé en Égypte. Ceux qui ont dit qu’on pouvait compter sur le gouvernement militaire pour satisfaire les demandes des masses ont mené les travailleurs et les jeunes dans un piège. »

« C’est vrai que les pouvoirs en place doivent être combattus et tout le système renversé », a répondu Angel, « mais ça n’arrivera pas du jour au lendemain ».

« Cela est vrai », a dit White, « mais c’est la seule solution progressiste. Dans chaque pays, les politiciens, appuyés par la grande entreprise, ont répondu aux demandes sociales des travailleurs par la répression. Un changement est possible uniquement si la classe ouvrière prend elle-même le pouvoir. Voilà pourquoi nous luttons pour que les étudiants se tournent vers la classe ouvrière et fassent de cette lutte une lutte pour la défense de tous les droits sociaux, ce qui veut dire une lutte consciente contre le capitalisme lui-même.

White a dit que l’appel du PES pour que les étudiants se tournent vers la classe ouvrière signifie une lutte pour libérer les travailleurs de l’emprise des syndicats, du Parti québécois nationaliste et du NPD. Cela est à l’opposé de ce que la direction des associations étudiantes, la CLASSE, la FECQ et la FEUQ, sont en train de faire.

staffJerry White et un travailleur de soutien de l’Université Concordia, qui participait à une manifestation contre les coupes

À l’extérieur de l’Université Concordia, des employés manifestaient en lien avec les conditions auxquelles font face les travailleurs. White a parlé avec certains d’entre eux. Un travailleur d’expérience a dénoncé la loi antidémocratique imposée par le gouvernement Charest. « La nouvelle loi, la loi 78, est ridicule. Elle criminalise toutes les manifestations. Même notre manifestation aujourd’hui avait probablement besoin du feu vert du gouvernement, sinon nous aurions été entourés par la police. Toute cette affaire est absurde. »

« Nous nous battons parce que nous voulons des conditions de vie décentes. L’âge de la retraite vient juste d’être augmenté à 67 ans, les salaires baissent et les banques sont sauvées. Je pensais qu’aux États-Unis, les entreprises étaient récompensées à la suite d’efforts. Mais le gouvernement leur a donné des trillions. C’est complètement hypocrite. »

« Nous sommes aussi en train de faire un piquetage parce que les étudiants font face à des situations similaires. Ils subissent des hausses de frais de scolarité; nous faisons face à des diminutions de salaire. En général, cela veut dire que plus d’argent va aux grosses entreprises et moins aux travailleurs. »

Un autre étudiant de Concordia a commenté : « Le problème est que la politique partout est hors de contrôle. Partout ça s’effondre, particulièrement en Grèce. Le pire est que le gouvernement ici tente d’augmenter les frais pour l’éducation en gardant les impôts élevés. Les impôts sont censés payer pour notre éducation, alors pourquoi augmentent-ils les droits de scolarité ? »

White a ensuite voulu aborder la conception de la « politique » de l’étudiant. « Lorsque vous dites la politique, vous voulez dire la politique des capitalistes, la politique de la tromperie et de la malhonnêteté. A partir de cela, il y a plusieurs groupes, que ce soit dans le mouvement Occupy ou les associations étudiantes ici qui disent : “pas de politique”. »

« En fait, ils s’adaptent à la politique dominante et font la promotion des démocrates aux États-Unis ou du Parti québécois ici », a dit White. « Ce que nous voulons dire par la politique est la lutte pour les intérêts indépendants de la classe ouvrière en tirant les leçons des expériences historiques les plus critiques. Notre politique, la politique socialiste, est de dire à la classe ouvrière la vérité pour qu’elle puisse ainsi lutter pour ses propres intérêts. »

« Qu’est-ce que vous pensez de Ron Paul ? » a dit l’étudiant. « Il semble vouloir minimiser l’influence du gouvernement. » Chose intéressante, plusieurs étudiants durant la journée ont soulevé des questions sur le candidat républicain.

White a répondu : « Ron Paul est présenté comme un non-conformiste et un opposant à la guerre et aux attaques contre les droits démocratiques. Mais il est un politicien capitaliste et son opposition au gouvernement revient à se débarrasser de ce qui reste des restrictions sur la grande entreprise, comme les lois sur le travail des enfants et le salaire minimum. C’est là la signification de ses politiques et de celles des libertaires. »

White a demandé à un autre étudiant quel avenir avait les jeunes au Québec. « Un avenir ? » a dit l’étudiant. « Je n’utiliserais même pas ce mot. Nous ne savons pas si nous aurons du boulot ou un futur. »

White a aussi fait campagne à la station de métro Mont-Royal dans le quartier le Plateau. Il a parlé avec des élèves du secondaire et des étudiants universitaires ainsi qu’avec de jeunes travailleurs dans le quartier, où des manifestations de solidarité ont été tenues en appui à la grève étudiante.

Un groupe d’étudiants du Mexique qui étudiaient à Montréal ont dit à White que des étudiants mexicains faisaient aussi la grève pour défendre le droit à l’éducation.

Une autre jeune travailleuse, Hélène, qui était française et qui avait un permis temporaire de travail, portait un carré rouge sur son sac et a dit qu’elle appuyait les étudiants. « Mais si je manifeste, a-t-elle dit, je pourrais être arrêtée et expulsée. »

Hélène était sceptique envers le nouveau président français, François Hollande, du Parti socialiste, affirmant que tous les politiciens promettent le changement et ensuite défendent les riches. « Obama a dit qu’il était pour le changement, mais il n’a rien fait pour le changement. »

Elle était sympathique aux idées du socialisme, mais a dit craindre que peu importe qui prendrait le pouvoir en abuserait et trahirait les travailleurs. En réponse, White a discuté de l’expérience de la Révolution russe et de la lutte de Léon Trotsky contre la montée de la bureaucratie stalinienne.

« Notre parti fut fondé par Léon Trotsky, qui a lutté pour l’internationalisme et contre le programme stalinien du socialisme dans un seul pays. Ce n’était pas la nature humaine, ni même le marxisme, qui a mené au stalinisme, mais l’isolement du premier État ouvrier. Les problèmes de la société moderne, la pauvreté, le réchauffement climatique et les inégalités, a dit White, ne peuvent être résolus qu’en mobilisant toutes les ressources technologiques, humaines et naturelles de la planète. »

Hélène a répondu positivement à ces questions et a dit qu’elle pouvait voir que les travailleurs et les jeunes dans tous les pays, que ce soit au Canada, aux Etats-Unis, en Grèce et en Espagne, font face aux mêmes problèmes et aux mêmes luttes.

(Paru en anglais le 20 juin 2012)