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La pseudo-gauche australienne et SYRIZA en Grèce

Par Patrick O’Connor
27 juillet 2012

Tout au long de la campagne électorale du SEP pour les élections partielles de l’État de Victoria, je n’ai cessé de mettre en garde en disant que l’Australie n’est pas à l’abri de la crise mondiale du capitalisme et que les leçons politiques à tirer des événements tels que ceux qui se sont déroulés en Grèce et en Espagne revêtent une importance immédiate pour les travailleurs ici.

Ces expériences se prêtent très bien pour évaluer les diverses organisations pseudo-radicales telles le Socialist Party, le Socialist Alternative et le Socialist Alliance. Leur enthousiasme pour la récente montée de la Coalition de la Gauche radicale en Grèce (SYRIZA) souligne le rôle politique réactionnaire qu’elles joueront ici alors que se développe la résistance de la classe ouvrière contre le programme d’austérité qui est imposé par les gouvernements, tant travailliste que libéral.

SYRIZA est un parti qui représente une couche des classes moyennes supérieures grecques – particulièrement des bureaucrates syndicaux, des académiciens et des professions libérales – qui ont remporté 27 pour cent des voix lors des élections du 17 juin, en arrivant immédiatement derrière le parti droitier traditionnel Nouvelle Démocratie. Le parti est un mélange de diverses organisations anciennement staliniennes, écologistes, féministes et autres ex-gauchistes.

SYRIZA a tiré parti de la catastrophe sociale à laquelle est confrontée la classe ouvrière grecque en se présentant comme un adversaire des brutales mesures d’austérité imposées par la troïka – l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international – au nom du capital financier européen. Dans le même temps, toutefois, le dirigeant de SYRZA, Alexis Tsipras a promis de faire tout ce qui était nécessaire pour maintenir la Grèce dans l’UE – y compris de rembourser les prêts de sauvetage et d’appliquer les « réformes » économiques mêmes que SYRIZA avait prétendu rejeter.

Dans un article paru avant les élections dans la rubrique « éditorial et opinion » du Financial Times, Tsipras avait assuré à l’oligarchie financière européenne qu’il suivrait la politique du président Barack Obama et du président français, François Hollande. « SYRIZA est l’unique mouvement politique en Grèce capable d’offrir une stabilité économique, sociale et politique à notre pays », avait-il conclu, en soulignant que ceci « profitera à la zone euro » en « sauvant la monnaie commune ».

La signification politique de ces propos est évidente. En s’engageant à rester à l’intérieur de la zone euro, SYRIZA a promis à la bourgeoisie grecque et européenne d’appliquer les dictats des banques et de stopper un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière. C’est précisément la raison pour laquelle les organisations anciennement de gauche en Australie acclament sa montée en puissance – elles reconnaissent l’occasion d’imiter ici SYRIZA lors des soulèvements sociaux à venir.

Un commentaire publié la semaine passée par son dirigeant, Mick Armstrong, sur le site internet de Socialist Alternative sous le titre « La Grèce après les élections » est particulièrement révélateur. Socialist Alternative qui se fait passer pour une organisation socialiste et même révolutionnaire, entretient d’étroits liens avec l’Organisation socialiste internationale américaine (American International Socialist Organisation, ISO) et la Gauche ouvrière internationaliste (Internationalist Workers’ Left) en Grèce qui opère au sein de SYRIZA.

Armstrong avait écrit qu’il y a « une excellente opportunité pour transformer SYRIZA en un parti de masse de la classe ouvrière capable de galvaniser la résistance concertée à l’encontre de l’austérité » et que le « défi pour les socialistes en Grèce est de recruter autant que possible de gens parmi les 1.650.000 électeurs qui ont voté pour SYRIZA afin qu’ils deviennent des membres actifs ». La construction de « ce parti de militants authentiques », a-t-il souligné, « qui gagne un soutien croissant au sein des principaux syndicats », « jettera les bases pour un défi au régime capitaliste en Grèce ».

SYRIZA n’est ni un parti socialiste, ni un parti révolutionnaire et ne pourra pas non plus être transformé en un tel parti. C’est un groupement petit-bourgeois qui est profondément hostile aux intérêts et à la mobilisation de la classe ouvrière. Son rôle tout au long de la crise est d’enchaîner les travailleurs grecs à l’UE qui est le moyen par lequel le capital financier donne ses ordres en faveur de plus de rigueur en Grèce.

Armstrong, non seulement salue SYRIZA, mais dénonce même les critiques restreintes faites à l’égard du parti grec par un groupe rival de la classe moyenne – le Front de la Gauche anticapitaliste (Antarsya). Il a déclaré que ce dernier avait « une approche sectaire déconnectée de la réalité » en se « positionnant en dehors de SYRIZA [et] en dénonçant ses dirigeants comme étant des traitres de la classe ouvrière ».

Armstrong justifie le soutien servile de Socialist Alternative pour SYRIZA en déclarant qu’avant que toute « action révolutionnaire » soit possible, la population doit d’abord « passer par le processus de tester l’option d’un changement radical par la voie parlementaire ». Alors seulement, « dans un an ou deux à venir », les travailleurs pourront éventuellement être conquis à une perspective révolutionnaire ».

En réalité, la subordination de la classe ouvrière à SYRIZA et aux manoeuvres parlementaires est un moyen pour paralyser la classe ouvrière et non pas pour développer son activité révolutionnaire indépendante. Le seul moyen par lequel les travailleurs peuvent apprendre à comprendre la nécessité de lutter pour une perspective socialiste et internationaliste est par une lutte politique intransigeante pour exposer au grand jour le discours de « gauche » de SYRIZA et de ses apologistes politiques.

De plus, Armstrong sème délibérément une complaisance dangereuse parmi les travailleurs. Tout en décrivant le danger de l’influence croissante du parti fasciste Aube dorée, il garde le silence sur le rôle joué par SYRIZA d’ouvrir la voie à l’extrême droite ou à un coup d’État militaire. En bloquant un mouvement indépendant de la classe ouvrière, SYRIZA ne fait qu’encourager certaines sections désespérées de la classe moyenne et de couches plus arriérées de travailleurs à se tourner vers les solutions nationalistes réactionnaires des fascistes. SYRIZA n’est pas l’antichambre de la révolution socialiste, mais de la contrerévolution.

L’attitude de Socialist Alternative à l’égard de SYRIZA est la preuve la plus évidente qu’elle est prête à jouer un rôle identique pour la bourgeoisie australienne. Tout comme leurs homologues en Grèce et internationalement, l’organisation pseudo-gauche repose sur une section définie de la classe moyenne en Australie, notamment parmi les étudiants, les universitaires et des sections de la bureaucratie syndicale. Elle fait tout pour renforcer l’autorité du Parti travailliste (Labour Party) qu’elle continue fermement de qualifier de « parti des travailleurs », et des Verts, pour lesquels elle encourage aussi les travailleurs et les jeunes à voter.

Socialist Alternative a été un chef de claque pour les syndicats en attaquant quiconque critique leurs trahisons. Durant la lutte des infirmières de Victoria au début de l’année, elle s’était farouchement opposée au Socialist Equality Party qui avait averti du danger imminent d’une trahison de la part de la bureaucratie syndicale en appelant les travailleurs à former leurs propres comités d’action indépendants de la base afin de poursuivre une lutte politique et industrielle pour la défense des salaires et des conditions de travail.

En Australie, toutes les organisations pseudo-gauches veulent suivre leurs homologues européens en jouant un rôle plus important dans la politique bourgeoise. Les différences entre elles ne sont que d’ordre tactique. Alors que Socialist Alternative salue SYRIZA, le Socialist Party (SP) tourne son regard vers le Parti La Gauche (Die Linke) en Allemagne. Ce parti qui est constitué d’anciens bureaucrates staliniens, de sociaux-démocrates mécontents et de responsables syndicaux, est profondément hostile à tout mouvement indépendant de la classe ouvrière allemande. Là où il a été au pouvoir au niveau municipal, il a démantelé les services sociaux et sapé les droits démocratiques.

Le dirigeant de SP, Stephen Jolly, un membre du conseil de la zone d’administration de Yarra du centre-ville de Melbourne, s’était présenté aux élections parlementaires en novembre 2010 avec une aide financière fournie par certains des syndicats. Jolly avait alors déclaré qu’un « nouveau parti des travailleurs soutenu par les syndicats » pourrait devenir une force réelle dans la politique australienne, tout comme Die Linke l’est pour l’instant en Allemagne.

Socialist Alliance, l’ancienne organisation pabliste, a abandonné tout lien même en paroles avec le marxisme, en calquant son développement sur le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France. Tout comme SYRIZA en Grèce et Die Linke en Allemagne, le NPA fait partie de l’establishment politique en soutenant aux élections présidentielles françaises le candidat du Parti socialiste, François Hollande. Socialist Alliance en Australie opère actuellement un peu comme un groupe de promotion pour les Verts.

De par leur quasi-silence sur l’élection partielle à Melbourne, toutes les tendances pseudo-gauches soutiennent tacitement les Verts et le Parti travailliste. Ma campagne a fourni une alternative révolutionnaire et socialiste au Parti travailliste, aux Verts et à divers soi-disant candidats indépendants. Le Socialist Equality Party, la section australienne du Comité international de la Quatrième Internationale, est le seul à lutter pour le développement d’un mouvement de masse indépendant de la classe ouvrière fondé sur un authentique programme marxiste nécessaire pour les luttes politiques explosives qui s’annoncent.

(Article original paru le 20 juillet 2012)