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Chômage record dans la zone euro

Par Christoph Dreier
4 juillet 2012

Trois jours après que les dirigeants de l’Union européenne aient accepté lors de leur sommet à Bruxelles d’intensifier leurs attaques sociales contre la classe ouvrière partout sur le continent, l’office européen de statistique Eurostat a rapporté que le chômage avait atteint un nouveau record en mai dans les 17 Etats de la zone euro.

Selon Eurostat, le chômage dans la zone euro avait atteint 11,1 pour cent en mai, une augmentation par rapport au taux de 11,0 pour cent en avril. Le chiffre d’avril a été d’un point de pourcentage supérieur à celui du taux d’avril 2010. Le taux de chômage dans la zone euro a continuellement augmenté depuis avril 2008 où il se trouvait à 6,8 pour cent.

Le taux de chômage augmentera probablement davantage encore dans les mois à venir. L’on estime généralement que la zone euro a officiellement glissé dans la récession ce trimestre et les dernières données sur le secteur manufacturier révèlent une stagnation générale et en Allemagne, la plus forte économie et le plus gros exportateur en Europe un net déclin.

La tendance à la baisse en Europe fait partie d’une tendance mondiale. L’Institute for Supply Management (ISM) a relaté lundi que l’activité manufacturière aux Etats-Unis avait sensiblement chuté en juin, marquant la première contraction mensuelle depuis 2009. Le gouvernement chinois avait rapporté dimanche que l’activité des industries manufacturières du pays avait progressé à son rythme le plus lent depuis novembre.

Le chômage des jeunes, notamment, a augmenté de façon spectaculaire. Il est passé de 20,5 en mai 2011 à 22,6 pour cent le mois dernier. Le plus fort taux de chômage des jeunes – 52,1 pour cent – a été enregistré en Grèce et en Espagne.

Cela signifie que plus de la moitié de l’ensemble des jeunes de ces pays sont sans emploi dans des conditions où de nombreux parents ont été soit licenciés soit ont subi des réductions de salaires alors que le système éducatif est sous attaque systématique. Selon la Commission européenne, 68 pour cent de tous les jeunes grecs disent qu’ils aimeraient quitter le pays.

En Grèce et en Espagne, le taux de chômage global se situe actuellement à un niveau record de 21,9 et 24,6 pour cent respectivement. Dans les deux pays, le chômage a fortement augmenté l’année dernière. En mai 2011, le chômage atteignait 20,9 pour cent en Espagne et 15,7 pour cent en Grèce.

Alors que ces chiffres sont importants en termes de répartition régionale et de changements au fil du temps, ils ne reflètent pas la véritable ampleur du chômage.

De nombreuses personnes sont exclues des statistiques parce qu’elles sont au chômage depuis trop longtemps. Le véritable taux de chômage est considérablement plus élevé que les 11,1 pour cent rapportés par Eurostat.

Le chômage record est la conséquence des mesures d’austérité imposées par l’Union européenne, notamment dans les pays d’Europe méridionale. Ces mesures ont été dictées par les banques qui sont déterminées à faire payer à la classe ouvrière les renflouements de l’élite financière qui a acculé des pays entiers à la banqueroute. En Grèce, à l’instigation de l’UE, les salaires réels ont été réduits de l’ordre de 66 pour cent, les taxes sur la consommation ont nettement augmenté, les retraites ont été drastiquement réduites et des centaines de milliers de travailleurs ont été licenciés à la fois dans le secteur privé et public. Des attaques identiques ont été menées en Espagne, au Portugal et en Irlande.

Alors que les programmes d’aide sociale sont détruits, l’impact sur les travailleurs et leurs familles sous forme de perte d’emploi est amplifié. En Grèce, par exemple, les allocations chômage d’un montant total de 360 euros par mois ne sont versées que pendant un an. Une fois cette année écoulée, le chômeur n’a plus droit à rien.

Le rapport trimestriel le plus récent de la Commission européenne estime que le nombre de personnes sans abri en Grèce a augmenté ces deux dernières années de 25 pour cent, pour atteindre les 20.000.

La politique d’austérité n’a pas seulement entraîné un chômage de masse, elle a intensifié la tendance à la récession en Europe. Selon un rapport du Centre de Planification et de Recherche économique (KEPE), en Grèce l’économie devrait se contracter de 9,1 pour cent supplémentaires au troisième trimestre de cette année alors que l’agence de notation Fitch prédit une profonde récession pour l’Espagne jusqu’en 2013 au moins.

La crise n’est nullement limitée à la périphérie de l’Europe. L’Allemagne, la France et d’autres pays d’Europe septentrionale sont confrontés à un déclin de la production industrielle qui aura pour conséquence davantage de chômage et de réduction des salaires.

L’indice des directeurs d’achat de l’ISM s’est maintenu en juin à 45,1 pour la zone euro, le même chiffre que celui relevé en mai. La production totale des marchandises de la zone euro a chuté d’environ un pour cent au trimestre dernier.

Le chiffre de l’ISM pour l’Allemagne a chuté de 45,2 en mai à 45,0 en juin – le niveau le plus bas enregistré depuis la période suivant immédiatement le krach financier de Wall Street en 2008. Un nombre d’entreprises allemandes ont annoncé ces derniers mois des licenciements de masse dont la chaîne allemande de drogueries en faillite Schlecker qui a licencié près de 30.000 salariés.

La semaine passée, le président de l’institut d’étude économique Ifo de Munich, Hans-Werner Sinn, a prédit que l’économie allemande stagnerait au moins jusqu’à l’automne. L’Institut de macroéconomie et d’étude de la conjoncture (IMK) à Düsseldorf a prédit une croissance zéro pour l’économie allemande pour les deux prochaines années.

La réaction de la bourgeoisie européenne à cette crise est d’intensifier à travers le continent ses attaques contre les travailleurs. La semaine passée, lors du sommet de l’UE des mesures ont été décidées pour faciliter davantage le renflouement des banques mais aucune mesure sérieuse n’a été adoptée pour combattre l’aggravation de la récession.

Au lieu de cela, la politique d’austérité a été confirmée et doit être renforcée par la mise en place d’un régulateur bancaire central pour la zone euro et l’application d’un pacte fiscal qui engage chaque pays à réduire drastiquement les dépenses dans le but d’équilibrer son budget et de réduire sa dette extérieure.

Afin de respecter le pacte fiscal, le gouvernement devra réduire son prochain budget d’environ 25 milliards d’euros. Lundi, en France, la Cour des comptes a conseillé au président François Hollande de réduire le budget actuel de 6 à 10 milliards d’euros afin de compenser la diminution des recettes fiscales suite à l'affaiblissement de la croissance économique. La cour a dit que 33 milliards d’euros supplémentaires devront être éliminés du budget l’année prochaine.

En Grèce, le gouvernement récemment constitué a confirmé qu’il appliquera toutes les réductions exigées par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire International). Ces mesures comprennent une nouvelle suppression drastique de 150.000 emplois dans le secteur public au cours des deux prochaines années.

(Article original paru le 3 juillet 2012)