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Une nouvelle étape dans la crise de l’euro

Par Peter Schwarz
27 juillet 2012

À la lecture des récents gros titres sur la crise de l’euro, l’on éprouve un sentiment de déjà-vu. Tout comme l’été dernier, les agences de notation sont en train d’abaisser leurs notes, les taux d’intérêt des obligations gouvernementales s’élèvent à des niveaux astronomiques et les gouvernements annoncent de nouvelles mesures d’austérité. La différence est que cette fois-ci, le point d’attraction de la crise est l’Espagne, un pays dont l’économie est cinq fois plus importante que la Grèce.

Malgré les renflouements à hauteur de milliards et les milliers de milliards injectés par la Banque centrale européenne, tout comme les multiples séries de mesures d’austérité, l’euro est plus proche du précipice que jamais. « Nous pensons que l’Europe avance en somnambule vers la catastrophe », ont prévenu dans un rapport publié cette semaine 17 experts économistes européens influents.

Il serait naïf d’attribuer l’aggravation de la crise à une simple réaction des marchés à l’endettement public des pays d’Europe méridionale. Même l’éditorial du Financial Times de mercredi reconnaît que la dette publique de l’Espagne est « bien inférieure à la moyenne de la zone euro », et qu’« il n’y a pas de raisons économiques sous-jacentes de penser différemment de l’Espagne aujourd’hui qu’il y a une semaine. » Néanmoins, les taux d’intérêt des obligations espagnoles sur dix ans ont grimpé bien au-delà du seuil critique de 7 pour cent.

Derrière l’assaut contre l’euro se trouvent des intérêts de classe fondamentaux. L’oligarchie financière internationale qui domine les marchés financiers et boursiers n’aura de cesse avant que tous les acquis sociaux gagnés par la classe ouvrière européenne après la Seconde Guerre mondiale ne soient détruits. Les droits des travailleurs et les conventions collectives sur les salaires représentent à ses yeux des restrictions illégales sur sa fortune, au même titre que les dépenses du gouvernement dans le domaine de l’éducation, de la santé, des retraites, des services publics et de l’infrastructure.

Un schéma bien défini a été mis en place. D’abord, les agences de notation dégradent la solvabilité d’un pays, ce qui a pour résultat une augmentation de l’intérêt qu’il doit verser sur sa dette. Le pays tombe dans le piège de l’endettement et se tourne vers l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI). Ces institutions, qui sont dominées par les principales banques internationales, cautionnent les prêts des créanciers et dictent au pays des mesures d’austérité draconiennes. Le pays glisse dans la récession, la dette continue de croître, d’autres exigences d’austérité s’ensuivent et la récession s’aggrave – jusqu’à ce que l’État-providence soit détruit et la classe ouvrière ruinée.

Le World Socialist Web Site avait à maintes reprises mis en garde que la Grèce allait servir d’exemple à toute l’Europe. Maintenant, c’est le tour de l’Espagne.

Cette semaine, l’agence Moody’s a abaissé de stable à négative la perspective sur la note « AAA » de l’Allemagne. L’agence a aussi dégradé la perspective des Pays-Bas, du Luxembourg et du Fonds européen de stabilité financière (FESF), en soulignant que les attaques contre la classe ouvrière ne s’arrêteront pas aux frontières espagnoles ou italiennes. Les marchés financiers ne seront pas satisfaits tant que les niveaux de vie de la classe ouvrière à travers l’Europe n’auront pas atteint ceux de la Chine et des autres pays à bas salaire.

En faisant monter les taux d’intérêt des obligations d’État espagnoles, les banques et les fonds spéculatifs réagissent à l’opposition populaire de masse de la classe ouvrière espagnole face au dernier train de réductions du gouvernement Rajoy. Samedi dernier, des millions de personnes sont descendus dans la rue dans 80 villes pour protester contre l’augmentation de la TVA et les réductions de salaire dans le secteur public. (« Manifestations de masse dans toute l'Espagne contre de nouvelles mesures d'austérité ») La classe ouvrière espagnole a indiqué clairement qu’elle ne voulait pas retourner aux conditions de pauvreté et d’oppression qui avaient dominé le pays durant les décennies qui ont suivi la victoire des fascistes en 1939 dans la guerre civile.

Pour que cette résistance soit payante, les travailleurs en Espagne et partout en Europe doivent tirer les enseignements des événements survenus en Grèce. Là également, des millions ont lutté contre les dictats d’austérité de l’UE, du FMI et de leur propre gouvernement. Des grèves générales et des protestations de masse ont paralysé à maintes reprises le pays. Mais cela n’a mené à rien.

Au cours de ces deux dernières années, le niveau de vie de la population grecque a baissé de 50 pour cent. Le chômage atteint des niveaux records, la pauvreté et le nombre de sans-abri ont explosé. La situation sociale est catastrophique. Le parti droitier Nouvelle Démocratie, qui avait été chassé du pouvoir en automne 2009, a réintégré le pouvoir. Maintenant, une faillite d’État est imminente sous une coalition gouvernementale d’« unité nationale » menée par la droite bourgeoise.

Comment cela a-t-il pu arriver?

La responsabilité incombe en premier chef au parti social-démocrate PASOK qui avait remporté les élections il y a trois ans en promettant des réformes sociales, mais en imposant ensuite impitoyablement les mesures d’austérité dictées par la troïka – la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne. Mais le PASOK s’est fortement appuyé sur ses complices au sein de l’appareil syndical qui ont délibérément oeuvré pour contenir et dissiper la résistance de la classe ouvrière, et pour protéger le gouvernement en limitant l’opposition des travailleurs à des grèves de 24 heures et à des protestations symboliques. Chaque fois qu’une lutte des travailleurs menaçait d’échapper au contrôle des responsables syndicaux par la mobilisation de sections plus larges de la classe ouvrière, les syndicats se sont employés à l’isoler et à l’étouffer et en restant inactifs alors que l’État intervenait pour l’écraser.

À leur tour, les syndicats ont compté sur leurs alliés au sein de la Coalition de la gauche radicale (SYRIZA) et de ses nombreux défenseurs pseudo-gauches. Ils ont insisté pour que les travailleurs se subordonnent à l’appareil syndical et ils ont dissimulé ses trahisons.

SYRIZA s’est lui-même présenté comme un adversaire des mesures d’austérité en devenant ainsi lors des dernières élections le deuxième parti du pays. Dans le même temps, il a assuré aux seigneurs de la finance internationale qu’il maintiendrait la Grèce à l’intérieur de la zone euro en garantissant le remboursement des dettes grecques. SYRIZA s’oppose farouchement à rompre avec l’Union européenne.

En dépit de son discours de gauche, SYRIZA défend les intérêts politiques de la bourgeoisie grecque. Ses divergences avec PASOK et Nouvelle Démocratie sont purement d’ordre tactique. SYRIZA s’appuie sur des sections privilégiées de la classe moyenne supérieure qui se sentent menacées par les mesures d’austérité exigées par l’UE, mais qui se sentent encore plus menacées par la résistance de la classe ouvrière. Ces couches cherchent à protéger leurs privilèges en offrant leurs services à la bourgeoisie tout en sapant et en réprimant l’opposition de la classe ouvrière dans l’espoir d’obtenir en échange un meilleur arrangement pour elles-mêmes. Le but ultime de SYRIZA est l’opposition résolue à la révolution sociale et la défense du capitalisme grec et européen.

La Grèce montre que la classe ouvrière ne peut sauvegarder ses droits et défendre ses acquis sociaux qu’en rompant avec les syndicats et les organisations pseudo-gauches telles SYRIZA, en adoptant un programme socialiste et internationaliste et en construisant une nouvelle direction révolutionnaire.

Il est impossible de lutter contre les mesures d’austérité de l’UE en défendant parallèlement l’UE et le capitalisme. L’UE est le principal instrument pour la subordination de l’Europe aux dictats des marchés financiers. L’ensemble de la classe ouvrière européenne doit être mobilisé pour le renversement de l’union des banquiers et de ses gouvernements capitalistes qui la composent et pour l’établissement des États socialistes unis d’Europe.

(Article original paru le 26 juillet 2012)