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La police attaque brutalement la grève des sidérurgistes en Grèce

Par Katerina Selin
30 juillet 2012

Une violente intervention policière a eu lieu vendredi 20 juillet pour briser le piquet de grève mis en place par les grévistes à l’usine sidérurgique Halyvourgia Ellados. L’offensive policière est directement liée aux projets du gouvernement d’imposer de nouvelles mesures d’austérité en dépit d’une résistance populaire massive. Cette offensive tient lieu d’avertissement aux travailleurs partout en Europe.

Au cours de ces neuf derniers mois, les travailleurs de l’aciérie d’Aspropyrgos près d’Athènes ont lutté contre des licenciements et des réductions de salaire (voir : « La grève des sidérurgistes d'Athènes entre dans son cinquième mois »). Bien que jusque-là la grève soit restée en grande partie isolée, les travailleurs ont courageusement défendu leur droit au travail et à un salaire décent dans des conditions de pression énorme et de menaces de la part de la direction de l’entreprise, des syndicats et du gouvernement.

Dans le cadre de la préparation de nouvelles mesures d’austérité, le premier ministre Andonis Samaras a maintenant décidé de mettre fin au conflit qui est devenu un symbole de la résistance pour l’ensemble du pays.

Tôt vendredi matin, un grand nombre de fourgons de police se sont positionnés devant l’usine. Des unités spéciales de la police ont dissout le piquet de grève en ouvrant le portail de l’usine alors que les travailleurs tentaient de se défendre. Suite aux affrontements, neuf travailleurs ont été interpellés.

Des voitures de police sont restées stationnées devant l’usine pendant le week-end. Lundi, des unités de police supplémentaires sont arrivées en recourant aux gaz lacrymogènes pour disperser les 200 grévistes restants et leurs partisans. Lors d’une réunion samedi, les grévistes ont voté à une vaste majorité de poursuivre leur grève. Lundi soir, quelque 2.000 manifestants se sont rassemblés sur la place Omonia, dans le centre d’Athènes, pour exprimer leur solidarité avec les sidérurgistes.

La prise d’assaut du piquet de grève a été effectuée en l’absence d’une base juridique appropriée. Il y a à peine un mois, un tribunal avait tenté de déclarer la grève illégale en soulignant des irrégularités lors du vote de la grève. Peu de temps après, lors d’un vote secret, les travailleurs se sont exprimés en grande majorité en faveur de la grève, discréditant ainsi cet argument.

Les propriétaires ont alors menacé de fermer l’usine. Selon des articles de presse, Samaras a personnellement demandé au ministre du Travail, Ioannis Vroutsis, et au ministre de l’Ordre public et de la Protection des Citoyens, Nikos Dendias, d’agir rapidement. « Le droit du travail est sacré », a dit Samaras, « et le gouvernement le soutient par tous les moyens ».

Dans des conditions où le chômage des jeunes dépasse les 50 pour cent en raison de la politique gouvernementale, cet argument est foncièrement cynique. Les travailleurs font grève précisément pour défendre le droit à des emplois stables et décents. Le gouvernement se sert maintenant de cet argument comme d’un prétexte mensonger pour briser la grève en omettant de fournir la moindre justification légale.

Le groupe de travailleurs qui a dit vouloir reprendre le travail et qui en a été empêché par les grévistes est constitué d’une poignée de briseurs de grève recrutés en premier lieu par la direction. Ils sont à présent délibérément utilisés pour briser la grève.

Les attaques contre les salaires et les emplois à l’aciérie Halyvourgia Ellados font partie de l’assaut général perpétré contre les travailleurs en Grèce et qui a entraîné des baisses massives de salaire et un chômage de masse.

La grève avait débuté il y a neuf mois lorsque Nikolaos Manessis, le propriétaire de cette aciérie et d’une autre située dans la ville grecque de Volos dans la région de Thessalie, a tenté de réduire le nombre d’heures de travail et les salaires des 800 salariés de l’entreprise.

Lorsque les travailleurs de l’usine d’Aspropyrgos ont refusé d’obtempérer, le propriétaire a réagi par une première série de licenciements. Les travailleurs ont alors entamé une grève illimitée durant laquelle l’entreprise a annoncé le licenciement de 120 des 360 salariés de l’usine. Les grévistes exigent la réintégration de tous les travailleurs et le retour aux conditions de travail initiales.

Alors que les travailleurs sont censés travailler pour un salaire mensuel d’à peine 500 euros, la famille Manessis est l’une des plus riches de Grèce. La famille n’est pas seulement le chef de file de l’industrie sidérurgique, mais elle est également active dans d’autres domaines.

Nikolaos fait aussi partie de la direction de la Banque Alpha. Son fils âgé de 35 ans, George, est le directeur de la société londonienne d’investissement et de gestion du patrimoine « Castalia », en plus d’occuper des fonctions au sein de la direction des aciéries.

Dans ces conditions, la grève a acquis un caractère de symbole en suscitant un vaste soutien et la solidarité des autres travailleurs. Le fait que le gouvernement est actuellement en mesure d’attaquer de telle manière la grève est en premier lieu la responsabilité du Parti communiste grec stalinien (KKE) et de sa fédération syndicale (Front militant des Travailleurs, PAME) qui a joué un rôle clé dans la grève.

Après le refus de la Fédération panhellénique des ouvriers de la métallurgie (POEM) pro-gouvernementale de soutenir la grève, le PAME s’était déclaré prêt à fournir une aide sous forme de dons en argent et en nourriture. Dans le même temps, elle a toutefois fait tout son possible pour isoler la grève et empêcher qu’elle ne devienne le point de départ d’un mouvement plus général contre le gouvernement et ses partisans dans les syndicats.

Durant les neuf mois de la grève, le PAME a refusé d’entreprendre toute tentative sérieuse d’élargir la grève ou d’organiser des manifestations de solidarité. Mis à part quelques actions de solidarité ponctuelles, le PAME a refusé d’organiser des grèves coordonnées dans d’autres usines et d’autres secteurs industriels.

Le PAME est affiliée à la principale fédération syndicale du pays (Confédération générale des Travailleurs grecs, GSEE) qui à son tour collabore étroitement avec les partis au pouvoir.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement se sent maintenant assez fort pour attaquer les sidérurgistes en démarrant une vague plus générale de répression contre l’ensemble des travailleurs. Samaras est tout à fait conscient qu’il peut imposer la nouvelle série de coupes sociales exigées par l’UE en recourant à la pleine force de l’État contre les travailleurs.

(Article original paru le 26 juillet 2012)