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Les mesures prises au sommet de l’UE signifient des attaques encore plus graves contre la classe ouvrière

Par Stefan Steinberg et Nick Beams
4 juillet 2012

L’accord signé vendredi dernier au sommet de l’Union européenne a écarté la perspective d’un effondrement immédiat du système bancaire. Il met toutefois en place des mesures entraînant une intensification des attaques contre la position sociale de la classe ouvrière sur tout le continent.

L’Allemagne, sous la pression exercée par l’Espagne et l’Italie, soutenues par la France, a accepté une proposition qui permettrait au fonds de sauvetage de l’UE d’injecter directement de l’argent dans les banques espagnoles et italiennes au lieu de prêter de l’argent à leurs gouvernements pour que ces derniers mettent ensuite ces fonds à la disposition des banques. En échange de cette concession, le sommet a décidé qu’une banque de supervision commune de la zone euro serait établie pour remplacer l’actuel réseau de régulateurs nationaux. Les chefs de gouvernement ont promis de conclure un tel accord d’ici la fin de l’année.

La chancelière allemande Angela Merkel a fait marche arrière par rapport à un maintien inconditionnel de la politique précédente suite à des mises en garde qu’une impossibilité d’arriver à un accord et que l’apparition d'une division ouverte pourrait conduire à un effondrement des places boursières dans le monde, à une ruée sur les banques européennes et à une attaque spéculative sur l’euro.

En substance, le sommet a adopté des mesures d’urgence pour gagner du temps alors que l’UE et les gouvernements la constituant poursuivent leurs programmes d’austérité. Le principal message a été qu’il n’y aurait pas de recul de l’offensive anti-ouvrière contre les emplois, les salaires et les services sociaux. Ceci fut souligné par l’accord permettant de centraliser la régulation bancaire dans la zone euro, une décision signifiant une nouvelle concentration des pouvoirs des banques et de leur contrôle par rapport à la politique économique et sociale.

Le compte-rendu des discussions entre Merkel et le premier ministre italien, Mario Monti, qui a insisté pour un changement des règles de renflouement bancaire, n'est pas disponible, mais des informations de presse suggèrent que le dirigeant italien a clairement fait comprendre que si un accord n’était pas trouvé, la crise se propagerait rapidement des systèmes bancaires italien et espagnol à l’Allemagne. On a donc fait usage de l’équivalent financier de la doctrine de la guerre froide de la « destruction mutuelle assurée » [M.A.D.] au coeur de la zone euro.

Washington aussi a fortement accentué la pression pour que l’Allemagne adhère à la règle d’accélérer le flux de fonds publics aux banques. Une récession qui se propage et une crise financière en Europe combinées ont de plus en plus d’incidence sur les États-Unis et l’économie mondiale.

Merkel s’était précédemment opposée à une injection directe de fonds de l’UE dans les banques au motif qu’une garantie gouvernementale serait le meilleur moyen de protéger les finances allemandes. Toutefois, ceci a mené à une situation où les gouvernements les plus endettés seraient encore plus étroitement liés aux banques faibles en créant une plus grande instabilité pour l’ensemble du système financier.

La signification de cette question fut soulignée par le communiqué de presse publié à l’issue du sommet et qui débute par : « Nous affirmons qu’il est impératif de briser le cercle vicieux entre les banques et les dettes souveraines. »

Alors que la réaction immédiate de la presse fut que l’Allemagne avait fléchi et qu’il pourrait y avoir un adoucissement des mesures d’austérité qu’elle avait exigées, la portée de l’accord est susceptible d’être une application encore plus stricte des attaques contre les dépenses sociales par le truchement de la supervision pan-européenne. En pratique, ceci signifie non seulement une régulation bancaire plus étroite, mais aussi un contrôle plus sévère de la politique fiscale gouvernementale.

C’est cette évaluation qui semble se cacher derrière la réaction immédiate des marchés. Le rebond vendredi des marchés européens a fait que les valeurs de premier ordre ont connu en une seule journée les plus forts gains réalisés jusque-là cette année, de l’argent étant placé aussi dans des obligations gouvernementales. Les marchés aux États-Unis ont également enregistré des gains de l’ordre de 2 à 3 pour cent. Des articles de presse ont relaté la réaction positive des marchés financiers à la désignation d’une instance de supervision générale.

La réaffirmation de la politique de rigueur fut soulignée vendredi par le vote unilatéral au parlement allemand, où l’opposition sociale-démocrate a appuyé Merkel, pour soutenir le pacte fiscal communautaire visant à imposer une réduction des dépenses publiques partout en Europe.

Le pacte est considéré comme servant à mettre en place un mécanisme permanent pour infliger des réductions des dépenses publiques au lieu de faire imposer de telles mesures par l’entremise de négociations prolongées comme celles qui avaient eu lieu au sujet du plan d’austérité grec. C’est la principale raison pour laquelle l’Espagne et l’Italie ne furent pas obligées d'adopter de nouvelles mesures d’austérité en échange de l’allocation de fonds pour leurs systèmes bancaires. Au lieu de négociations ad hoc sur les réductions, le pacte fiscal fournit un cadre aux brutales mesures d’austérité qui seront instaurées comme un processus continu.

Après la réunion du sommet, tant Merkel que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, ont mis en garde que l’accès aux fonds s’accompagnait d’une « stricte conditionnalité » - en bref, des réductions de salaires et de retraites ainsi que des « réformes structurelles » visant une suppression d'emplois, une augmentation des cadences de travail et des privatisations.

Alors que les marchés financiers ont bénéficié d’une relance à court terme du fait de l’annonce et qu’ils pourraient même rester dopés par l’accord, personne ne croit qu’une solution à long terme a été mise en place. Il existe de sérieuses inquiétudes quant au fait que le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui a à sa disposition 500 milliards d’euros, est loin de posséder les ressources nécessaires pour couvrir les dettes à la fois de l’Espagne et de l’Italie. On doute même sérieusement qu'il ait assez d’argent pour réparer le système bancaire espagnol malmené par la crise.

Il est à noter qu’on n’a pas envisagé d’augmenter le financement du MES face à l’opposition intransigeante de l’Allemagne. Comme l’a remarqué le commentateur du Financial Times, Wolfgang Münchau, les engagements de l’Allemagne par rapport au MES restent les mêmes qu’avant l’accord de vendredi. « Quelqu'un va devoir m’expliquer, » écrit-il, « comment il se peut que, sans que les engagements globaux de l’Allemagne ni la politique de la BCE [Banque centrale européenne] n'aient changé, l’Italie et l’Espagne sont maintenant hors de danger alors qu’elles ne l’étaient pas il y a une semaine. »

Merkel avait souligné son opposition à fournir davantage de fonds allemands lorsqu’elle avait dit la semaine dernière au parlement allemand qu’il n’y aurait pas d’obligations de la zone euro « de mon vivant. »

Ces remarques, faites en dépit d’un vaste soutien de la part des autres membres influents de la zone euro en faveur de telles mesures, montrent que malgré l’accord signé vendredi au sommet, les divisions entre les grandes puissances sont en train de s’aggraver. Ces dernières n’ont aucune réponse unifiée à la crise et encore moins de solution, autre que des attaques grandissantes contre la position sociale de la classe ouvrière.

(Article original paru le 2 juillet 2012)