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La guerre terroriste par procuration menée par Washington en Syrie

Par Chris Marsden
21 juillet 2012

L’assassinat terroriste à Damas de trois personnes influentes du gouvernement syrien a eu lieu à l’intérieur du bâtiment de la Sécurité nationale et ciblait une réunion du cabinet ministériel à laquelle le président syrien Bachar al-Assad était censé être présent lui aussi. L’assassinat a tué Assef Shawkat, le chef-adjoint des forces armées et le beau-frère d’Assad, le ministre de la Défense, Dawould Rajha et le chef de la cellule de crise, Hassan Turimani. Le ministre de l’Intérieur, Mohammad Shaar, le chef des services de renseignement, Hicham Bekhtyar et d’autres hauts responsables furent blessés.

L’Armée syrienne libre (ASL) et Liwa al-Islam (La brigade de l’Islam) ont tous deux revendiqué la responsabilité de l’attentat. L’ASL affirme que de puissantes bombes avaient été placées grâce à des chauffeurs et des gardes du corps appartenant au cercle proche d’Assad.

Un attentat à la bombe dans un centre aussi stratégique du régime baasiste n’aurait pas pu être perpétré sans un service de renseignement disposant d’une technologie très sophistiquée, de contacts et d’agents dûment formés. Il est difficile de croire que cet attentat a pu se produire sans que les États-Unis, la Grande-Bretagne et d’autres pouvoirs impérialistes européens qui dirigent l’insurrection en aient eu connaissance ou n’aient peut-être pas été de connivence active avec eux. La Syrie actuelle est inondée d’armes ultra-perfectionnées et de formateurs militaires ainsi que d’agents secrets – financés à hauteur de centaines de millions par les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.

En tout état de cause, les innombrables déclarations faites par des personnalités politiques et militaires de premier plan – aux États-Unis et en Europe – montrent clairement que l’attentat est considéré comme un coup dur contre le régime Assad arrivé opportunément.

La Grande-Bretagne et la France ont hypocritement condamné l’attentat, mais ont immédiatement appelé à soutenir des sanctions contre la Syrie sur la base du chapitre 7 de la Charte de l’ONU. Les dispositions du chapitre 7 autorisent le recours à la force militaire et elles furent invoquées la dernière fois pour constituer la base d’une résolution de l’ONU sur la Libye ouvrant ainsi la voie à la guerre.

Le gouvernement américain n’a même pas pris le soin de feindre une opposition. Le porte-parole du département d’Etat, Patrick Ventrell, a dit, « Les États-Unis ne voulaient pas davantage d’effusion de sang en Syrie. Mais, nous soulignons toutefois que ces hommes étaient les principaux architectes de l’agression du régime d’Assad contre le peuple syrien. »

Le président Barack Obama a carrément prévenu le président Vladimir Poutine que la Russie finirait par se retrouver « du mauvais côté de l’histoire… parce que l’avenir de la Syrie se fera sans Assad. »

Les États-Unis sont engagés dans une alliance de fait avec les islamistes droitiers. Joseph Holliday, un ancien officier du renseignement américain et travaillant maintenant pour l’Institut américain pour l’étude de la guerre, a dit au New York Times que l’utilisation efficace d’engins explosifs improvisés par l’opposition syrienne « repose en partie sur le savoir-faire des insurgés syriens qui ont appris à fabriquer des bombes alors qu’ils combattaient les troupes américaines dans l’est de l’Irak ».

Outre les nombreux agents de la CIA et les membres de l’ancien régime, le Conseil national syrien (CNS) et l’ASL sont tous deux dominés par des groupes islamistes – les Frères musulmans et des Salafistes encore plus extrémistes. Le magazine d’information allemand, Der Spiegel a interviewé cette semaine Randa Kassis, un membre du CNS qui a admis, « La raison pour laquelle l’opposition n’a pas été en mesure de réaliser une avancée militaire est aussi partiellement due aux divergences insurmontables existant entre les combattants islamistes djihadistes et la majorité de la population. Les groupes islamistes qui sont royalement financés et équipés par les États du Golfe s’arrogent sans ménagement le pouvoir décisionnel. »

Il a poursuivi en disant, « Dans les pays touchés par le Printemps arabe, les Américains ont placé leur argent sur les Frères musulmans. Ils croient qu’ils seront demain le pouvoir dominant et ils agissent en conséquence. »

En suivant le schéma afghan, les terroristes d’hier sont transformés par Washington en « combattants de la liberté » d’aujourd’hui qui sont montés contre le régime alaouite d’Assad dans un conflit sectaire qui ne peut que conduire à un terrible bain de sang.

De tels moyens délictueux sont indissociables des objectifs prédateurs de Washington au Moyen-Orient. Comme dans le cas de la guerre en Libye, le discours démocratique et l’attitude consistant à se soucier des masses syriennes masquent le but d’asseoir l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient et ses vastes réserves pétrolières.

L’attaque terroriste a été utilisée pour maximiser la pression sur la Russie et la Chine pour qu’elles soutiennent l’application du Chapitre 7. Moscou et Beijing s’y refusent parce qu’ils comprennent que la chute d’Assad entraînera son remplacement par un régime pro-américain, en privant la Russie de son unique base militaire dans la région. Ceci isolerait l’Iran chiite tout en ayant très probablement pour conséquence une quelconque action d’Israël contre le Hezbollah au Liban – en permettant aux États-Unis de compter sur différents régimes sunnites amis et leur homme fort, Israël, afin de garantir leur domination commerciale et militaire.

Le gouvernement Obama ne verra toutefois pas ses objectifs entravés. Ses responsables ont clairement fait comprendre qu’ils sont en guerre contre la Syrie et qu’ils cherchent à évincer Assad par tous les moyens nécessaires. Hier, le New York Times a cité des responsables chargés d’élaborer des plans d’urgence « pour un renversement du gouvernement syrien ». Des allégations concernant un éventuel usage d’Assad d’armes chimiques contre « les forces d’opposition et les civils » sont censées légitimer une action militaire par les États-Unis et leurs alliés, Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. Le Times a rapporté que « des responsables du Pentagone étaient en pourparlers avec des responsables de la défense israéliens quant à savoir si Israël allait décider de détruire l’arsenal d’armes syrien… »

Alors que les États-Unis poursuivent leurs ambitions néocoloniales, les populations au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie centrale sont contraintes de verser le prix du sang pour le droit des entreprises et des banques américaines de piller les ressources du monde afin que les ultra-riches continuent de vivre leur vie dans un luxe inimaginable.

La guerre non déclarée des États-Unis contre la Syrie peut très rapidement céder le pas à une intervention militaire en agitant le spectre d’un conflit régional plus général et ciblant finalement l’Iran en suscitant des hostilités sectaires entre les sunnites et les chiites partout au Moyen-Orient dont les conséquences sont potentiellement désastreuses.

Un rôle politique majeur est joué dans les intrigues des puissances impérialistes par les nombreuses tendances pseudo-gauches qui se sont rangées derrière l’opposition syrienne et qui qualifient de « révolution » la campagne militaire de cette dernière. Ce n’est absolument rien de tout cela. La tâche de venir à bout du régime Assad incombe à la classe ouvrière syrienne sur la base d’un programme internationaliste et socialiste. Un soutien de l’opposition pro-impérialiste empêche un tel règlement de compte politique. L’intervention de Washington, de Londres et de Paris en Syrie se fait le plus directement par le biais de la direction bourgeoise du CNS et de l’ASL.

La question brûlante qui se pose sur le plan international à la classe ouvrière est de créer un nouveau mouvement de masse antiguerre inspiré par une conviction profondément anti-impérialiste et socialiste. L’attitude cynique de se présenter comme les « Amis de la Syrie » par Obama, Cameron, Merkel, Hollande et leurs pairs doit être traitée avec mépris et combattue par une lutte unifiée des travailleurs et des jeunes contre l’ennemi commun. La revendication immédiate doit être : Ne touchez pas à la Syrie !

(Article original paru le 20 juillet 2012)