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Pas d’accord au sommet du G8 sur la crise financière qui s'aggrave

Par Nick Beams
23 mai 2012

Un éditorial paru dans le journal britannique The Independent a qualifié ce sommet du G8 de plus important sommet de ces trois dernières décennies, à un moment où l’aggravation de la crise financière en Europe menace l’ensemble de l’économie mondiale. Le communiqué paru après une journée de pourparlers à Camp David, la retraite présidentielle américaine, a toutefois révélé qu’il n’existait pas de plan pour faire face à la crise, mais juste une décision de présenter sous son meilleur jour une situation qui ne cesse de se dégrader.

Il a débuté par deux mensonges manifestes – en déclarant que « notre impératif est d’encourager la croissance et les emplois » et que la « reprise économique mondiale montre des signes prometteurs. »

A la fin du sommet, le président Obama a déclaré « jusqu’ici, tout va bien » en affirmant « il y a maintenant un consensus de plus en plus net sur le fait qu’il faut en faire plus pour créer de la croissance économique et des emplois, tout de suite. » Dans un communiqué suivant, il a mis en exergue le bilan de son gouvernement quant à la mise en place de « certaines des plus importantes réformes financières depuis la Grande Dépression » – une affirmation contredite par la perte récente de 3 milliards de dollars par JPMorgan Chase suite à des transactions sur des produits dérivés.

Le communiqué visait à faire deux choses: donner l’impression que les dirigeants du G8 avaient une réponse à la crise mondiale et dissimuler les différents là où ils existent. La presse a beaucoup parlé de l’accent mis durant le G8 par Obama et ses partisans sur la « croissance » alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, est dépeinte comme étant la principale partisane de la rigueur.

Les différences sont mineures et surtout d’ordre tactique. Pour autant que les Etats-Unis préconisent la croissance, ils veulent que davantage d’argent soit injecté dans le système financier européen pour protéger les banques et donc les intérêts financiers américains tout comme l’application de « réformes structurelles » pour tirer vers le bas les salaires et les conditions de travail. Ils veulent aussi voir des projets limités d’infrastructure afin de relancer l’économie européenne, aidant ainsi les exportateurs américains.

Le communiqué a salué « la discussion en cours en Europe sur la façon de générer de la croissance, comportant un engagement ferme pour mettre en oeuvre la consolidation budgétaire qui doit être évaluée sur une base structurelle. » En d’autres termes, les mesures d’austérité, impliquant des réductions des dépenses gouvernementales ciblant les programmes sociaux, seront poursuivies.

Alors que des différences mineures étaient soulignées, tous les dirigeants du G8 étaient d’accord pour dire qu’il n’y aurait pas de retour aux mesures de relance budgétaire de 2008-2009. Quoi qu’il en soit, de telles mesures ne pourraient être appliquées face à une opposition féroce de la part des marchés financiers mondiaux qui représentent les intérêts des banques et des institutions financières.

Si l’Espagne, le Portugal et même la France devaient mettre en oeuvre des mesures de dépenses visant à promouvoir l’emploi, leurs obligations subiraient une vente massive sur les marchés financiers, faisant grimper les taux d’intérêt et créant une crise financière.

En ce qui concerne l’Allemagne, l’opposition de Merkel à un assouplissement du programme d’austérité reflète la crainte du capital financier allemand d’être entraîné plus profondément dans le bourbier, si celui-ci est obligé de fournir plus d’argent aux opérations de sauvetage.

Merkel a fait connaître son soutien pour l’appel lancé dans le communiqué en faveur d'« investissements dans l’éducation et dans l'infrastructure moderne, » mais a ajouté que « ceci ne signifiait pas une relance dans le sens traditionnel. » Les responsables américains l’auraient accepté en disant que la croissance ne requérait pas de dépenses publiques directes mais pourrait prendre la forme d'un partenariats entre les secteurs public et privé et le relâchement du crédit.

Des entretiens bilatéraux entre Obama et Merkel en marge du sommet ont montré clairement qu’il n'existait pas de différences fondamentales. Un responsable de la Maison Blanche, informant les journalistes après la discussion, a dit qu’il était entendu que la promotion de la croissance ne devait « pas se faire à la place de la réforme fiscale » mais que les deux fonctionnaient en « tandem ».

« Il y a une prise de conscience plus grande du besoin de prendre des mesures dans l’immédiat pouvant promouvoir la croissance dans la zone euro… et aussi de poursuivre la consolidation fiscale sur laquelle la chancelière Merkel et d’autres se sont focalisés, » a-t-il dit.

En ce qui concerne la question cruciale de l’avenir de la Grèce, la déclaration du sommet a seulement précisé que « nous exprimons notre intérêt de voir la Grèce rester dans la zone euro tout en respectant ses engagements. » en d’autres termes, les mesures d’austérité qui ont plongé le pays dans des conditions économiques jamais vues depuis les années 1930 devront se poursuivre.

Les dirigeants du sommet ont quitté Camp David sans qu'aucune décision ait été prise pour faire face à la crise et sans que quiconque s'engage à faire quoi que ce soit, en dépit de l’aggravation de la situation.

La veille des pourparlers, le prévisionniste économique en chef du gouvernement britannique avait mis en garde que l’économie du Royaume Uni pourrait subir un « dommage irréversible » et ne serait « plus jamais tout à fait à la hauteur » si l’euro s’effondrait. Le chancelier britannique, George Osbourne, a dit que les « tempêtes » de la crise de la zone euro menaçaient à nouveau.

Alors même que le sommet se déroulait, de nouvelles craintes sont apparues sur la stabilité de l’Espagne avec la nouvelle, tard vendredi soir, que son déficit public pour 2011 était considérablement plus élevé qu’indiqué antérieurement en raison de la révision des comptes dans trois régions du pays.

Le déficit public pour 2011 est à présent évalué à 8,9 pour cent du produit intérieur brut contre l’évaluation précédente de 8,5 pour cent. Cette nouvelle concernant la dégradation de la position du gouvernement espagnol, augmentera la pression sur les taux d’intérêt des obligations à 10 ans du gouvernement qui ont déjà dépassé les 6 pour cent, atteignant des niveaux jugés insoutenables.

Sans avancer de mesure pour faire face à la crise, les dirigeants du G8 ont néanmoins indiqué leur soutien aux Etats-Unis qui insistent pour un changement de régime en Syrie. Ils ont salué l’actuelle mission de l’ONU en Syrie et se sont engagés à « envisager d’autres mesures aux Nations unies en fonction des besoins. »

L’alignement derrière les Etats-Unis s’est étendu à l’Iran avec un communiqué exprimant une « profonde inquiétude face au programme nucléaire de l’Iran » et appelant son gouvernement à « traiter sans tarder toutes les questions en suspens concernant son programme nucléaire. »

En matière d'économie, l'attention se reportera sur l’Europe cette semaine où les dirigeants de l’UE tiennent un sommet informel mercredi. Parmi les points devant être discutés, figure la proposition de permettre au fonds de sauvetage de 500 milliards d’euros de la zone euro de recapitaliser les banques européennes directement et d’émettre des euro-obligations.

Ces propositions ont déjà circulé mais ont été rejetées en raison de l’opposition allemande. Mais, à présent il existe des craintes que ne se développe une ruée bancaire dans certaines parties du système bancaire européen suite aux interrogations de la semaine passée sur la stabilité des banques grecques et espagnoles.

Le Financial Times d’aujourd’hui consacre deux commentaires à cette question.

Selon le chroniqueur Gavyn Davies: « Une ruée sur les banques a lieu actuellement dans la zone euro. Jusque-là, elle a été relativement lente mais il s’agit tout de même d’une ruée. Et la semaine passée, elle présentait des signes d’une forte accélération, au point de nécessiter une réponse urgente de la part des décideurs politiques. »

Le commentateur économique européen Wolfgang Münchau a indiqué des rapports de presse selon lesquels les épargnants espagnols avaient retiré 1 milliard d’euros du conglomérat Bankia en difficulté. Il a fait remarquer que si ce n’était pas une ruée bancaire, « c’en était peut-être le début. »

(Article original paru le 21 mai 2012)