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Un conflit dangereux en Mer de Chine du Sud

Par John Chan
24 mai 2012

Des navires philippins et chinois se confrontent depuis plus d’un mois près du récif de Scarborough – un petit groupe de rochers contestés en Mer de Chine du Sud. Ce qui avait commencé comme un incident mineur, impliquant un avertissement lancé par un navire philippin à un bateau de pêche chinois, a dégénéré en une dispute diplomatique qui risque d’aboutir à un conflit militaire.

Les Philippines ont récemment effectué des exercices militaires communs avec des milliers de soldats américains impliquant de manière provocatrice une opération amphibie et l’attaque d’une plate-forme pétrolière. Des groupes pro-gouvernementaux ont organisé de violentes protestations anti-chinoises dans les Philippines et devant des consulats chinois dans d’autres pays. La Chine a réagi en bloquant les importations de bananes des Philippines et en émettant des avertissements aux touristes chinois prévoyant de voyager. La marine chinoise a mené ses propres exercices, dont des exercices d'amerrissage dans la Mer de Chine du Sud dans un contexte belliqueux provoqué par les médias d’Etat.

L’impasse dangereuse concernant le récif de Scarborough est avant tout de la responsabilité du gouvernement Obama. Son attitude de confrontation à l’égard de la Chine a encouragé les pays d’Asie méridionale à faire valoir leurs revendications territoriales en Mer de Chine du Sud. Il est impensable que les Philippines, qui sont militairement et économiquement bien plus faibles que la Chine, auraient agi d’une manière aussi irresponsable si elles n’avaient pas bénéficié du soutien de Washington.

Lors de sa visite à Manille, en novembre dernier, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait clairement signalé le soutien de Washington à l’ancienne colonie américaine. Au milieu de tensions croissantes avec la Chine, elle avait réaffirmé le traité de défense mutuelle de 1951 entre les Philippines et les Etats-Unis en déclarant que « les Etats-Unis seront toujours dans le coin des Philippines. » Clinton avait aussi directement évoqué la Mer de Chine du Sud comme étant « la Mer des Philippines occidentales » - la nouvelle appellation inventée par les chauvins de Manille.

Les voies maritimes à travers l’Asie du Sud-Est sont cruciales pour le soi-disant « pivot » stratégique du gouvernement Obama en Asie qui a pour but de contenir militairement la Chine et de saper son influence dans l’ensemble de la région.

Lors d’un sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 2010, Clinton avait proclamé que les Etats-Unis avaient « un intérêt national » à préserver « une liberté de navigation » dans la Mer de la Chine du Sud. Des milliers de navires traversent régulièrement sans encombre ces eaux. Ce que Clinton signalait par là est la détermination de Washington à maintenir sa domination dans la Mer de Chine du Sud, y compris en déployant des navires de guerre près du littoral chinois.

Clinton est également intervenue diplomatiquement en proposant d’agir en intermédiaire lors de pourparlers visant à régler des disputes maritimes de longue date impliquant la Chine et les pays de l’Asie du Sud-Est. Sa remarque était un signal lancé aux pays de l’ASEAN pour que ces derniers intensifient leurs querelles avec la Chine qui insiste pour que les revendications soient résolues bilatéralement. Le ministre des Affaires étrangères, Yang Jiechi, a réagi en dénonçant ces remarques comme étant « pratiquement une attaque contre la Chine. »

Le Vietnam a aussi établi des liens plus étroits avec Washington dans le but de consolider son contrôle sur certaines des îles Spratly contestées en Mer de Chine du Sud. Même l’Inde a tenté d’intervenir en formant des sociétés en participation avec le Vietnam afin d’explorer conjointement le pétrole dans la Mer de Chine du Sud avant de se retirer. Toutes ces actions ont fâché le régime chinois.

Beijing considère la Mer de Chine du Sud comme étant l’un de ses « intérêts essentiels », c'est à dire, une partie de son territoire qu’il défendrait par la force si nécessaire. La Chine est fortement tributaire de ces voies maritimes pour le commerce, notamment pour l’énergie et les matières premières en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient ainsi que pour les exportations manufacturières à destination de l’Europe et d’autres régions. La Mer de Chine du Sud contiendrait, selon certaines évaluations, entre 23 et 30 milliards de tonnes de pétrole – soit 12 pour cent des réserves mondiales.

En renforçant son contrôle sur les voies maritimes en Asie du Sud-Est, notamment des « points d’étranglement » clé tels le détroit de Malacca, les Etats-Unis maintiennent la menace d’un blocus naval paralysant, en cas de conflit avec la Chine. Dans le cadre de sa « concentration stratégique » sur l’Asie, le gouvernement Obama a signé en novembre un accord avec Canberra pour le stationnement de Marines et pour accéder aux bases situées en Australie du Nord près de ces eaux. Les Etats-Unis ne renforcent pas seulement la capacité de l’armée philippine mais stationnent aussi des navires de guerre à Singapour et consolident leurs liens militaires avec le Vietnam.

Le régime chinois a réagi au « dilemme de Malacca » en recherchant des voies terrestres alternatives dont celles par le Pakistan et la Birmanie avec qui Beijing entretient des relations de longue date. Le gouvernement Obama tente toutefois de saper cette stratégie. Dans le cas de la Birmanie, les Etats-Unis ont considérablement amélioré les relations avec la junte militaire ce qui s’est traduit par la visite de Clinton en décembre – la première de la part d’une secrétaire d’Etat américaine en un demi-siècle. En conséquence, les projets de Beijing de construire des pipelines destinés à transporter de l’énergie et la mise en place de liaisons ferroviaires pour relier la Chine méridionale aux ports birmans sont à présent remis en question.

De façon plus générale, le gouvernement Obama est en train de renforcer ses alliances militaires en Asie avec le Japon et la Corée du Sud ainsi qu’avec l’Australie tout comme son partenariat stratégique avec l’Inde. En conséquence, la Corée du Sud a adopté une attitude plus belliqueuse envers l’alliée de la Chine, la Corée du Nord, le Japon a affirmé plus agressivement ses revendications à l’égard de la Chine quant aux îles contestées de Diaoyu (appelées Senkaku au Japon) et l’Inde a accentué ses querelles frontalières avec la Chine. Craignant un encerclement, Beijing a réagi en forgeant des liens stratégiques plus étroits avec la Russie, en ayant pour conséquence des exercices de guerre communs à grande échelle, dont le mois dernier un important exercice naval en Asie du Nord-Est.

La force motrice derrière la confrontation irresponsable du gouvernement Obama avec la Chine est le déclin historique de l’impérialisme américain. Au cours de ces deux dernières décennies, Washington a à maintes reprises recouru aux guerres d’agression, notamment au Moyen-Orient, en exploitant sa domination militaire pour consolider sa position économique et stratégique. Le « pivot » vers l’Asie a considérablement fait monter les enjeux. En cherchant à asseoir son hégémonie en Asie, les Etats-Unis risquent de déclencher une guerre catastrophique entre des puissances nucléaires.

Malgré sa dépendance économique à l’égard de la Chine en tant que premier fournisseur de main-d’œuvre bon marché, l’impérialisme américain ne peut tolérer aucun défi potentiel à sa position dominante dans le cadre stratégique et économique mondial actuel. En exacerbant délibérément les tensions de par l’Asie, le gouvernement Obama a embrasé de nombreux points chauds régionaux qui s’étendent de la péninsule coréenne aux disputes territoriales en Mer de Chine du Sud et aux rivalités en Asie du Sud. Un conflit insignifiant au sujet du récif Scarborough peut rapidement devenir un bras de fer international, étant donné que la Chine défend ses « intérêts essentiels » et que les Etats-Unis soutiennent militairement leur allié, les Philippines.

Les dangers très réels d'une guerre ne peuvent être surmontés par des protestations et des appels aux gouvernements. Ses causes profondes se trouvent dans l’aggravation de la crise mondiale du système capitaliste et l’affrontement grandissant entre les intérêts stratégiques et économiques qui en résulte. Le seul moyen de mettre fin à la montée du militarisme et de la guerre est un mouvement révolutionnaire unifié des travailleurs de Chine, des Etats-Unis, d’Asie et de par le monde, pour abolir le système de profit et ses divisions réactionnaires du monde en Etats-nations et pour établir le socialisme internationalement.

(Article original paru le 19 mai 2012)