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La « gauche » britannique couvre la trahison du conflit des électriciens par le syndicat Unite

Par Robert Stevens
6 mars 2012

L'affirmation des groupes pseudo-gauches britanniques que la décision du syndicat Unite d'annuler la grève des électriciens britanniques et autres travailleurs du bâtiment représente une victoire est une trahison de la classe ouvrière.

Le Socialist Workers Party (SWP) et le Socialist Party (SP) ont une fois de plus agi comme chefs de claque et menteurs pour la bureaucratie syndicale. Le SP a fait état de « victoire inestimable » et de « moment extrêmement significatif pour ces travailleurs, mais aussi pour le reste du mouvement syndical ».

Selon le SWP, la victoire est « historique. les travailleurs ont vaincu les patrons du bâtiment qui voulaient saccager leurs modalités et réduire radicalement leur salaire. »

Le 16 février, la plus grosse entreprise britannique de construction Balfour Beatty (BBES) a été déboutée par la Haute Cour dans sa demande d'injonction contre un scrutin de grève organisé par Unite. En vertu de cette décision, BBES a retiré, de même que d'autres sociétés de construction, ses projets d'appliquer le Building Engineering Services National Agreement (BESNA).

L'année dernière, 7 des 14 entreprises de construction s'étaient dissociées de la convention nationale collective vieille de 40 ans, le Joint Industry Board (JIB) pour établir BESNA. Les entreprises avaient cherché à imposer des réductions de salaire allant jusqu'à 35 pour cent et d'autres conditions pires pour les travailleurs de l'industrie.

Armé d'un mandat légal pour organiser une grève contre ce projet, Unite s'est empressé de mettre un terme au conflit. Le syndicat a immédiatement entamé des pourparlers avec BBES et, le lendemain à 11 heures, Unite publiait un communiqué disant : « L'actuel conflit entre Unite et les sept entreprises qui promeuvent l'accord BESNA est en train de causer de graves préoccupations au sein de l'industrie et menace de dégénérer en un conflit néfaste. » [Italiques ajoutés]

Unite a déclaré sa sympathie pour les objectifs des employeurs en déclarant qu'il « comprenait les questions soulevées par ces sept entreprises et croyait qu'une révision du JIB et des autres accords de travail était souhaitable ».

Le syndicat a poursuivi en disant, « BBES a accepté de retirer les accords BESNA et Unite a accepté de ne plus poursuivre la grève ou une protestation parce que de vastes pourparlers auront à présent lieu sur la modernisation de l'industrie ». [italiques ajoutés]

La modernisation des accords de travail, comme des millions de travailleurs l'ont appris, est l'euphémisme préféré de la bureaucratie syndicale pour accepter la destruction des conditions de travail. C'est pourquoi la promesse d'Unite fut le signal pour les autres entreprises impliquées de suivre l'exemple de BBES. En l'espace de cinq jours, l'entreprise NG Bailey s'est retirée du BESNA, en étant rapidement suivie par les cinq autres.

Unite s'est servi de la décision de la Haute Cour pour cimenter ses relations avec le patronat. Le secrétaire général Len McCluskey a affirmé que la décision de NB Bailey était une « reconnaissance de plus que seules une consultation et des négociations peuvent garantir la stabilité de l'industrie et les moyens d'existence des gens ». Il a ajouté, « L'industrie de la construction est déterminante à notre reprise économique nationale, ce pour quoi Unite considère que des relations industrielles stables dans l'ensemble du secteur sont cruciales. »

Le directeur général de l'Association des entrepreneurs en systèmes de chauffage et de ventilation (Heating and Ventilating Contractors Association, HVCA), Blane Judd, a clairement fait savoir comment son association prévoyait utiliser l'accord d'Unite. Au cours des quelques prochains mois, a-t-il dit, « le HVCA continuera d'oeuvrer à la modernisation des modalités de recrutement de manière à incorporer un certain nombre de principes contenus dans le BESNA ».

Le BESNA est un catalyseur « pour le changement et nous devons en tirer profit en l'utilisant comme une opportunité pour aller de l'avant », a-t-il ajouté.

La détermination d'Unite à maintenir ses relations avec les entreprises de construction ne fut égalée que par son hostilité à l'encontre de toute action des travailleurs. Pas une seule grève officielle ne fut organisée par Unite en sept mois. Au lieu de cela, lorsque les entreprises souscrivant au BESNA ont présenté de nouveaux contrats de travail, Unite a simplement ordonné aux travailleurs de les renvoyer non signés ou de les renvoyer accompagnés d'une lettre de protestation disant qu'ils avaient signé sous la contrainte. Début février, le groupe BESNA a pu annoncer que 88 pour cent des travailleurs avaient signé les nouveaux contrats.

Ce n'est qu'à l'automne, et du fait d'une colère grandissante parmi les travailleurs du bâtiment, qu'Unite a organisé un vote de grève. Et même dans ces conditions le scrutin ne concernait que grosso modo la moitié des 1690 électriciens travaillant dans une seule entreprise, Balfour Beatty. Unite réclama un arbitrage avant d'annuler toute grève lorsque le mandat fut juridiquement contesté. A présent, à la suite du deuxième scrutin appuyé par la décision de la Haute Cour en sa faveur, Unite a tout annulé.

Dès le départ, des protestations et des grèves avaient eu lieu au mépris d'Unite. Une vaste majorité de travailleurs du bâtiment ont quitté le syndicat en raison de son bilan pourri de collusion avec les employeurs.

En août dernier, des centaines de travailleurs avaient mis en place une organisation de travailleurs à Londres. Mais la direction du comité avait comme ordre du jour le recours au conflit en tant que campagne de recrutement pour les syndicats.

Jerry Hicks, un ancien membre du SWP et du comité exécutif national de l'organisation syndicale Amicus (un prédécesseur d'Unite), avait joué un rôle majeur dès le début. Des groupes anciennement de gauche gravitaient autour de lui.

C'était grâce à eux qu'un mouvement dénoncé par le responsable national d'Unite, Bernard McAulay, comme « cancéreux » a fini par travailler sous sa direction ! A chaque occasion, des discours furent prononcés par de hauts représentants d'Unite lors de réunions du comité. En décembre, la secrétaire générale d'Unite, Gail Cartmail, a dit lors d'une réunion des « travailleurs » que le syndicat avait mis en place un fonds de lutte à hauteur de 25 millions de livres sterling consacré à la campagne. Trois responsables permanents lui ont ensuite été assignés - sous la direction de McAulay.

Ces millions ne seront pas utilisés au profit des travailleurs, mais pour permettre à l'ex-gauche dans le syndicat d'avoir accès à des positions lucratives. Le Forum pour le Développement industriel (Industrie Development Forum) nouvellement mis en place, ou le Forum pour la Modernisation de l'Industrie (Industry Modernisation Forum), entre Unite et les employeurs aura une présence issue de la direction du comité des travailleurs qui sera chargée de vendre n'importe quel accord.

Dans son article sur la fin du conflit le 24 février, le Socialist Party s'est montré emballé, « La campagne des travailleurs a poussé Unite à jouer un bien plus grand rôle directeur. Elle a montré que le pouvoir syndical n'est pas un bloc homogène de conservatisme qui ne peut être incité à jouer un rôle positif. »

Le message est que les travailleurs devraient se rapprocher de la bureaucratie et des organisations vidées de toute substance qu'ils représentent. Rien d'étonnant à cela. Le SP et le SWP sont eux-mêmes dominants au sein de la bureaucratie en occupant des fonctions de haut rang au sein des syndicats au niveau local, régional et national.

Tout en faisant l'éloge du succès des travailleurs en forçant supposément Unite à lutter, le SWP soutient que, « Il ne devrait pas y avoir de retour au "syndicalisme d'entreprise" corrompu qui a infesté le bâtiment. »

C'est un aveu révélateur qui met en exergue la supercherie qu'ils sont maintenant en train de perpétrer. Le syndicalisme d'entreprise qui vient d'être admis est pratiqué par Unite. A présent, le SWP s'attend à ce que les travailleurs gobent l'affirmation que de telles pratiques ont été abandonnées parce qu'Unite a annulé toutes les grèves pour entrer en négociations avec les hauts représentants de l'industrie du bâtiment !

Pour les travailleurs du bâtiment, le combat reste encore à être mené. Il ne peut être victorieux que si l'emprise mortelle de l'appareil d'Unite est brisée. Ce qu'il faut ce sont d'authentiques organisations de lutte de classe des travailleurs et une nouvelle perspective politique socialiste et pas des associations qui travaillent sous la direction des gros bonnets des syndicats.

(Article original paru le 5 mars 2012)