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Les travailleurs indiens doivent adopter une stratégie socialiste pour s’opposer à l’offensive patronale dirigée par l’UPA

Par le comité rédaction du WSWS
5 mars 2012

Des dizaines de millions de travailleurs indiens ont participé le mardi 28 février à une grève générale nationale pour protester contre la hausse des prix, la propagation de la précarisation du travail, la privatisation et les conditions de travail épouvantables dans lesquelles besognent 90 pour cent des travailleurs employés dans le soi-disant secteur informel.

La grève illustre la colère grandissante et l’opposition de la classe ouvrière. Ces dernières sept années et demie on a assisté à une vague de grèves combatives et d’occupation d’usines, touchant entre autre des usines appartenant à Maruti-Suzuki, Hyundai, BDY Electronics et Foxconn.

Mais les travailleurs doivent être sur leurs gardes. Les syndicats qui ont appelé à des protestations aujourd’hui – l’ensemble des onze centrales syndicales et nombre de fédérations de l’ensemble de l’industrie reconnues par le gouvernement – l’ont fait dans le but de contenir et de réprimer la résistance de la classe ouvrière, et pas pour développer une contre-offensive de la classe ouvrière contre le patronat et sa coalition gouvernementale de l’Alliance unie pour le Progrès (UPA) dirigée par le Parti du Congrès.

Cela ne vaut pas uniquement pour l’Indian National Trade Unions Congress (INTUC) et le Bharatiya Mazdoor Sangh (BMS), respectivement les bras syndicaux du Parti du Congrès et du parti suprématiste hindou Bharatiya Janata Party ou BJP. Le All India Trades Union Congress (AITUC) et le Centre of Indian Trade Unions (CITU) ainsi que les partis parlementaires staliniens avec lesquels ils sont affiliés – le Parti communiste de l’Inde (CPI) et le Parti communiste d’Inde/marxiste (CPI/M) – s’insurgent contre la politique « néolibérale » de la bourgeoisie indienne, alors qu’ils ont joué un rôle crucial dans son application.

Au cours des deux dernières décennies, le CPI et le CPI(M) ont à maintes reprises appuyé les gouvernements centraux de droite du patronat, y compris le gouvernement de Narasimha Rao qui a inauguré la « nouvelle politique économique » de la bourgeoisie indienne. Pendant quatre ans, de mai 2004 à juin 2008, le Front de Gauche des staliniens a fourni les votes sur lesquels se fondait l’actuel gouvernement UPA au pouvoir en promouvant ses mensonges sur une « croissance intelligente ». A ce jour, les partis staliniens et l’AITUC et le CITU affirment que le gouvernement UPA peut être contraint à adopter une « politique en faveur du peuple. »

Précisément dans les Etats où le Front de Gauche a été au pouvoir, notamment au Bengale occidental, il a poursuivi sans complexe une politique « pro investisseur », en recourant à la violence de la police et des fiers à bras pour déposséder les paysans des terres convoitées par le patronat et pour interdire des grèves dans les industries du secteur informatique et celles des services dépendant de l’informatique.

Durant la décennie passée, l’AITUC et le CITU ont fait de la grève nationale de protestation d’une journée un quasi événement annuel, de façon à fournir au Front de Gauche une couverture politique pour ses manœuvres réactionnaires au parlement et son rôle joué dans l’application du programme patronal qui fait de l’Inde un paradis pour la production à bon marché pour le monde capitaliste.

Mais les staliniens affirment que la grève de protestation d’aujourd’hui est différente – en effet « historique » - parce que toutes les fédérations syndicales rivales la cautionnent. Que pour « la première fois de l’histoire de l’Inde indépendante, » l’INTUC et le BMS – c’est-à-dire les syndicats qui sont affiliés aux principaux partis bourgeois – participent conjointement à une grève générale de 24 heures les rend particulièrement enthousiastes.

Au nom de « l’unité de la classe ouvrière, » l’AITUC et le CITU ont aussi salué la participation de la fédération syndicale qui partage les vues du Shiv Sena [l’armée de Shiva] parti de type fasciste au Maharashtra et celle du Labour Progressive Front (LPF). Cette aile syndicale du DMK, un parti régional tamoul et qui fait partie du gouvernement UPA, était devenu célèbre pour ses sabordages des luttes ouvrières, dont le recrutement de briseurs de grève, sous le gouvernement DMK récemment évincé au Tamoul Nadou.

La participation de ces forces de droite souligne que l’élite dirigeante indienne est tout à consciente que la grève d’aujourd’hui est destinée à servir de soupape de sécurité, visant à dissiper la colère sociale montante et à atteler la classe ouvrière à la politique « oppositionnelle » qui est totalement confinée aux partis politiques et aux structures politiques de la bourgeoisie.

Il a beaucoup été question de la participation de l’INTUC affilié au Congrès au mépris des appels du premier ministre Manmohan Singh et du ministre du Travail de l’UPA. Mais la présidente du Parti du Congrès, Sonia Gandhi, a expressément autorisé la participation de l’INTUC à la dernière protestation initiée par le CITU-AITUC, en disant au président de l’INTUC et député du Congrès, G. Sanjiva Reddy, qu’elle comprenait que son travail consistait à « représenter les travailleurs. »

L’« unité » que les staliniens ont forgée est l’unité des appareils syndicaux des partis de l’establishment indien. Elle est dirigée contre le mouvement naissant de la classe ouvrière.

Ce que ceci signifie dans la pratique a été clairement illustré dans les efforts communs entrepris pour réprimer durant l’été et l’automne dernier la lutte combative des travailleurs de l’usine d’assemblage automobile Maruti-Suzuki implantée à Manesar. L’AITUC et le CITU avaient uni leurs forces aux autres appareils syndicaux pour empêcher que la grève ne devienne le fer de lance d’une révolte plus large des travailleurs dans la ceinture industrielle de Manesar-Gurgaon, en faisant à maintes reprises pression sur les travailleurs pour qu’ils acceptent des règlements ne satisfaisant pas leurs revendications clés et en leur demandant instamment d’appeler à l’aide le gouvernement du Parti du Congrès de l’Etat d’Haryana qui travaillait étroitement avec Maruti-Suzuki pour briser la grève.

Si l’INTUC et le BMS allié au BJP ont réagi aux appels des staliniens de se joindre à la protestation d’aujourd’hui, c’est parce qu’ils la considèrent comme un moyen de se présenter en champions des travailleurs en renforçant la crédibilité de leurs partis respectifs.

Pour les staliniens l’entretien de liens étroits avec les appareils syndicaux rivaux est un moyen d’amplifier la politique menée depuis des décennies. Celle-ci consiste à s’aligner tant au niveau national qu’à celui de l’Etat d’abord sur un parti bourgeois puis sur l’autre en invoquant le prétendu « danger principal de la droite ». Au Tamoul Nadou, le CPI et le CPM se sont servis de la participation de l’AIADMK, un parti qui, au pouvoir, avait employé des briseurs de grève et des licenciements de masse pour briser la grève des travailleurs gouvernementaux, à diverses protestations en soutien aux grévistes, comme d’un tremplin pour une alliance électorale avec l’AIADMK lors des élections législatives de l’année dernière.

Actuellement, les staliniens promeuvent la nécessité d’un Troisième Front – une alliance électorale devant être concoctée à partir de divers partis régionalistes et fondés sur des castes. Tous ces partis sont d’anciens alliés du Congrès et du BJP. Mais, dans un avenir proche, il ne peut pas être exclu qu’ils s’allieront implicitement ou explicitement au Parti du Congrès ou au BJP.

Durant ces deux dernières décennies, le patronat indien a connu une « montée » grâce à une exploitation brutale de la classe ouvrière tout en étant sourd à la grande détresse agricole. A présent, en réaction à la crise capitaliste mondiale, il exige une accélération des réformes pro marché, l’élimination des dernières restrictions de licenciement et de fermeture d’usines ainsi que la réduction des faibles montants alloués aux dépenses sociales.

Il y a même des appels contre la Loi nationale sur la garantie d’emploi dans les régions rurales (National Rural Employment Guarantee) au motif qu’elle est « inabordable » et que le fait de fournir des emplois à un dollar américain par jour à quelques pauvres ruraux crée des distorsions sur le « marché du travail rural. »

Les travailleurs en Inde, comme de par le monde, sont confrontés à une lutte non pas contre un seul gouvernement mais à une lutte contre le capitalisme et pour la réorganisation de la société selon des lignes socialistes, de façon à ce que la production soit basée sur les besoins humains plutôt que sur la subordination aux profits de quelques-uns. Les grèves combatives pour la défense des emplois, contre la précarisation et pour les droits fondamentaux doivent être développées comme partie intégrante d’une offensive politique indépendante de la classe ouvrière pour un gouvernement ouvrier et paysan.

Une telle lutte ne peut se développer que par une rupture politique et organisationnelle avec les partis politiques staliniens et les appareils syndicaux. Pour mener leurs luttes, les travailleurs doivent construire des comités d’action qui devraient se développer en organes indépendants du pouvoir de la classe ouvrière.

La classe ouvrière en mettant en avant un programme socialiste doit fournir une direction aux paysans pauvres et aux autres sections des masses opprimées dans leurs luttes contre les propriétaires, les prêteurs sur gages et les groupes patronaux.

Ceci requiert avant tout la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire de masse comme partie intégrante d’un parti international de la classe ouvrière, une section indienne du Comité International de la Quatrième Internationale, le parti fondé par Léon Trotsky, le codirigeant de la Révolution russe de 1917, un adversaire infatigable du stalinisme et avant tout stratège du socialisme international.

Afin de promouvoir leur lutte pour le renversement du capitalisme, les travailleurs requièrent un nouveau parti, un parti révolutionnaire fondé sur le programme et la perspective du socialisme international. Le Comité International de la Quatrième Internationale et ses sections, le Parti de l’Egalité socialiste aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, au Sri Lanka, en Allemagne et en Australie, sont les seuls mouvements politiques qui luttent pour la construction d’une telle direction révolutionnaire de la classe ouvrière internationale.

(Article original paru le 28 février 2012)

 

Voir aussi :

Inde: des dizaines de millions de personnes ont participé à une grève de protestation de 24 heures