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La Grèce sous l’emprise de l’UE

Par Christoph Dreier
26 novembre 2012

Le mardi 20 novembre, les ministres des Finances de l’UE ont une fois de plus retardé le versement de la prochaine tranche d’aide financière à la Grèce et qui est attendue depuis l’été. La décision devrait maintenant être prise lundi prochain, 26 novembre.

Le retard est la conséquence d’importantes divergences existant entre les principales puissances impliquées, dont les gouvernements européens et le Fonds monétaire international. Le gouvernement allemand notamment refuse d’accorder un assouplissement des conditions extrêmement difficiles de l’emprunt. Bien que la Grèce ait imposé cinq séries de mesures d’austérité, aboutissant à des excédents budgétaires, la dette générale continue d’augmenter étant donné que des sommes considérables sont distribuées aux créanciers.

Alors que les ministres des Finances et le FMI discutent de la forme exacte de la dette, ils sont d’accord pour dire que ce pays d’Europe du Sud doit être assujetti au dictat direct de l’UE pour permettre que le dernier centime soit extrait de la classe ouvrière grecque. Ils ne se contentent plus de dicter au gouvernement grec les mesures d’austérité devant être appliquées mais, à l’image des anciennes puissances coloniales, ils installent leurs propres représentants à tous les niveaux de l’Etat et du gouvernement et même dans les banques privées.

La Grèce sert de modèle au continent entier. La redistribution de la richesse de ceux d’en bas vers ceux d’en haut est incompatible avec des droits démocratiques ou des formes de régime parlementaire.

Le récent projet d’accord de prêt entre la troïka – comprenant l’UE, le Fonds monétaire International et la Banque centrale européenne – et le gouvernement grec prévoit une quasi abrogation de tous les pouvoirs législatifs du parlement. Il définit les modalités du calendrier législatif. Le parlement est chargé d’appliquer 259 « réformes » comprenant davantage de coupes sociales dévastatrices, l’érosion des droits des travailleurs et la libéralisation des marchés.

Si la Grèce refuse de mettre en oeuvre au pied de la lettre ces instructions, la troïka menace de suspendre d’autres tranches de l’aide financière qui ont déjà été consenties. La Grèce ferait alors défaut en l’espace de quelques semaines et ne pourrait plus payer les salaires, les retraites et les prestations sociales.

Les gouvernements municipaux supposés être autonomes comme différents ministères et les entreprises publiques ont déjà été spoliés de toute marge de manoeuvre. Ils sont obligés d’atteindre des objectifs d’austérité précis et, toute défaillance de leur part, entraîne des réductions automatiquement imposées. Des commissaires à l’austérité ont été mis en place dans chaque ministère et qui sont chargés de garantir que les coupes sont appliquées. Les banques du pays sont aussi assujetties aux commissaires, directement nommés par la troïka en consultation avec le gouvernement, et qui sont responsables de l’allocation des crédits.

Lundi, un porte-parole du gouvernement a annoncé que la Grèce allait déposer toutes les recettes générées par la privatisation des entreprises publiques rentables sur un compte spécial ne servant qu’au remboursement des dettes et des intérêts et qui est directement contrôlé par la troïka. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a proposé que l’aide financière soit aussi être versée sur un tel compte. De cette manière, l’Etat grec perdrait les derniers restes de son indépendance financière.

La dictature exercée par l’UE à tous les niveaux de l’administration publique est la conséquence directe des protestations de masse continues, des grèves et des occupations d’usine, au moyen desquelles partout en Grèce les travailleurs sont en train de résister aux brutales attaques sociales.

Afin d’imposer de nouvelles réductions et de piller davantage la société grecque, l’élite financière recourt à des moyens de plus en plus autoritaires. Alors qu’elle soumet l’administration publique à ses dictats, les bandes fascistes de Chrysi Avgi (Aube dorée) sont mobilisées et encouragées par la police pour agir contre les adversaires politiques et les travailleurs.

Le but de ces mesures n’est pas de diminuer la dette publique qui continue de croître mais d’abaisser les conditions de vie de la classe ouvrière afin d’atteindre les niveaux existant dans le Tiers Monde. Les droits sociaux et le système de protection sociale sont en train d’être détruits, les salaires sont réduits et des centaines de milliers de gens sont licenciés. De nombreux travailleurs n’étant plus en mesure de payer leur traitement médical ou leurs médicaments en raison d’un système de santé dévasté par les réductions ont déjà payé de leur vie.

L’élite financière veut imposer ce programme partout en Europe. Après l’Espagne, le Portugal et l’Italie, la France se trouve à présent en ligne de mire. Lundi, l’agence de notation Moody’s a abaissé la note de crédit du pays en se plaignant du haut niveau des dépenses publiques, des « réformes structurelles » et de la « rigidité du marché du travail ». Quelques semaines plus tôt, différentes sections avaient réclamé que des mesures soient imposées conformément au modèle de la Grèce pour rendre « compétitive » l’économie de la France.

Le fait que la classe dirigeante puisse mener une telle campagne barbare contre l’ensemble de la classe ouvrière européenne est la responsabilité des syndicats et des tendances pseudo-gauches qui les couvrent.

Les syndicats collaborent étroitement avec les gouvernements et l’UE pour imposer les coupes sociales à l’encontre de la classe ouvrière et pour isoler et éliminer ses luttes. Ils refusent catégoriquement d’organiser toute action de solidarité et de défendre la classe ouvrière grecque.

Des organisations telles le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France, le parti La Gauche (Die Linke) en Allemagne et la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) en Grèce, soutiennent les institutions de l’UE et leurs plans d’austérité. Elles font tout leur possible pour paralyser politiquement la classe ouvrière et empêcher une lutte contre l’élite financière et ses laquais au sein de l’UE.

Le président de SYRIZA, Alex Tsipras a annoncé qu’il rencontrera mardi prochain les ambassadeurs des 27 Etats de l’UE afin de renforcer les relations et de « donner confiance », a-t-il dit. Il s’est préparé des semaines durant à reprendre les rênes du gouvernement de la coalition secouée par la crise sous la conduite du premier ministre Andonis Samaras et à imposer lui-même les dictats de l’UE.

Pour défendre leurs droits, contre de la dictature de l’UE, les travailleurs doivent rompre avec ces organisations et engager une lutte conjointe contre l’élite financière, ses Etats et ses institutions communautaires. Ce n’est que la mobilisation indépendante de la classe ouvrière qui pourra empêcher la classe dirigeante de précipiter une fois de plus le continent dans la dictature et la pauvreté.

Ceci requiert la construction du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) en tant que parti révolutionnaire de la classe ouvrière, en unissant les travailleurs par-delà les frontières nationales dans une lutte pour une société socialiste, en nationalisant les banques et les grands groupes et en les plaçant sous contrôle démocratique.

La première étape est la défense de la classe ouvrière grecque par leurs frères et sœurs européens. Il faut s'opposer aux attaques de la troïka par une offensive commune ; car sans cela les travailleurs connaîtront le même sort à travers tout le continent.

(Article original paru le 22 novembre 2012)