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Espagne: Les protestations contre les coupes budgétaires ont été brutalement dispersées par la police

Par Alejandro López
1 octobre 2012
La manifestation à Madrid

Des dizaines de milliers de manifestants – bien plus que les 6.000 reconnus par des sources gouvernementales – ont défilé mardi pour encercler le Congrès des députés, le parlement espagnol.

La manifestation a été organisée par le biais des réseaux sociaux Facebook, Twitter et autres sous le slogan « Occupons le Congrès. »

La police espagnole avait érigé quatre jours plus tôt dans les rues avoisinantes au parlement des barrières qui se composaient de trois cordons dont le premier se situait à 500 mètres du congrès.

Quelques jours plus tôt, des interpellations avaient été effectuées de personnes suspectées d’organiser l’événement. Durant une manifestation symbolique à Madrid dix jours plus tôt organisée par les syndicats, la police avait arrêté des gens qui avaient déroulé une bannière invitant d’autres à se joindre au défilé du 25 septembre. Ces derniers furent arrêtés pour « résistance envers la force publique. »

Le 25 septembre, le préfet de Madrid a mobilisé 1.400 policiers de l’escadron spécial anti-émeute, des agents détestés de l’Unité d’intervention policière (UIP).

La manifestation a été pacifique jusqu’à ce que la police charge.

Des dizaines de milliers de personnes brandissant des banderoles faites à la main s’étaient rassemblées sur l’une des principales places de Madrid, la Plaza de Neptuno, pour défiler vers le parlement. Leur parcours en direction de la principale entrée du congrès était bloqué par des barrières métalliques, des fourgons de police et des centaines de policiers anti-émeute espagnols.

Une fois arrivés près du parlement et incapables d’avancer plus loin, les manifestants ont commencé à scander « Dehors, dehors, vous ne nous représentez pas ! », « Démission, démission, » « Révolte, révolte, » et « Nous ne sommes pas des criminels. ».

La tension a augmenté lorsque huit fourgons de police sont arrivés en passant de manière provocatrice au milieu de la manifestation principale. C’est lorsqu'un petit groupe a tenté de percer le cercle de sécurité que les forces de police ont réagi brutalement en tirant des balles de caoutchouc et en matraquant les manifestants. Soixante-quatre manifestants ont été blessés, dont 16 ont dû être transportés à l’hôpital. Trente-huit personnes ont été interpellées.

La BBC a reconnu que « La tactique musclée de la police espagnole [avait été appliquée] sans qu'il y ait eu une grande provocation. »

L’assaut avait été planifié longtemps à l’avance. Des semaines durant, les responsables du gouvernement avaient prévenu les potentiels manifestants de ne pas se rendre à la manifestation sous peine de représailles policières.

La déléguée du gouvernement du Parti populaire à Madrid, Cristina Cifuentes, a dit que la manifestation a été organisée par des gens « liés au fascisme. » Elle a ajouté que toute tentative de « contraindre » la volonté des députés du congrès serait un « crime… raison pour laquelle la police agira… dans le but d’empêcher que les législateurs n’aient à subir la pression de groupes extérieurs. »

Le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon, a déclaré que les manifestants étaient « une menace pour notre système démocratique. »

Maria Dolores de Cospedal Garcia, présidente du groupe Castille-La Manche et secrétaire générale du Parti populaire (PP), a comparé la manifestation au coup d’Etat monté par le lieutenant-colonel Antonio Tejero en 1981 en disant, « La dernière fois dont j'ai le souvenir de quelqu’un ayant encerclé et pris le congrès, c’était durant ce coup d’Etat. »

Tous trois sont des héritiers politiques du Mouvement national du général Franco, le principal parti gouvernemental depuis près de 40 ans et qui fut mis en place après le coup d’Etat de 1936 qui avait conduit à la guerre civile, et dont a émergé le PP.

Tous ceux qui ont été arrêtés ont été envoyés devant la Cour nationale, la plus haute cour en Espagne, accusés d’avoir fait usage de la violence contre le parlement ce qui peut signifier entre trois et cinq ans de prison.

L’extrême brutalité employée contre une manifestation pacifique a été accueillie favorablement par le secrétaire général de la fédération des syndicats de la police qui a dit sur Twitter, « Nous n’avons pas de badges d’identification [qu'ils sont légalement tenus de porter], cognez-leur dessus et ça ira. »

Le lendemain, le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, a justifié la répression en disant que les manifestants avaient fait preuve de « trop de brutalité. »

L’épreuve de force du gouvernement et de l’Etat avait pour but de rassurer la bourgeoisie espagnole et les investisseurs mondiaux de la détermination du gouvernement à imposer les brutales mesures d’austérité et à affronter la colère populaire.

L’Espagne subit actuellement une récession en « double dip » [double creux, soit un retour en récession] en raison de laquelle les économistes prédisent que l’économie connaîtra cette année une contraction d’environ 1,6 pour cent et de nouveau en 2013.

Le gouvernement actuel est en train d’imposer des mesures d’austérité les unes après les autres en vue de ramener le déficit budgétaire à 4,5 pour cent du PIB en 2012. Le chiffre se situe actuellement à 4,77 , dépassant de loin l’objectif de cette année.

Ces mesures, tout comme la crise économique, ont produit une hausse du chômage dépassant les 50 pour cent chez les jeunes.

Dans le même temps, le gouvernement régional catalan a annoncé la tenue d’une élection anticipée le 25 novembre pour réclamer l’indépendance. Pour l’une des régions les plus riches d’Espagne, cette démarche survient après que le gouvernement PP a rejeté le pacte fiscal qui aurait accordé plus d’autonomie à la région.

Le même jour de la manifestation, l’Espagne a vendu pour 5,14 milliards de dollars de dettes à court terme, mais à des frais plus élevés que ceux versés lors d’une vente aux enchères identique il y a un mois. C'est le signe que les investisseurs craignent que le pays ne soit pas en mesure d’imposer les mesures d’austérité comme promis.

Une situation identique est en train de se développer au Portugal. Le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, a décidé d’annuler une augmentation de l’impôt sur les cotisations de sécurité sociale prévue pour relever l’année prochaine les cotisations de 11 à 18 pour cent après les énormes protestations anti-austérité, organisées une fois de plus au moyen des réseaux sociaux, et qui se sont déroulées la semaine passée.

Le gouvernement présentera aujourd’hui, 27 septembre, un nouveau plan de mesures d’austérité lorsqu’il dévoilera un projet de budget pour 2013, comprenant le gel des retraites, une réduction des dépenses et des hausses d’impôts.

(Article original paru le 27 septembre 2012)