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Dans un débat sur le rapport Gallois, le gouvernement français du Parti socialiste a souscrit à l’austérité

Par Alex Lantier
29 octobre 2012

Le gouvernement social-démocrate du président François Hollande a souligné son soutien aux coupes sociales après avoir cherché à se distancer d’un rapport pro-austérité qui est actuellement en train d’être élaboré par Louis Gallois, ancien PDG de la société d’aéronautique et de défense EADS. Les assurances du gouvernement selon lesquelles il poursuivra une politique d’austérité ont fait suite à un flot de commentaires critiques des médias exigeant que le rapport Gallois ne soit pas « enterré. »

Vendredi dernier, 19 octobre, des précisions clés sur le rapport que Gallois publiera le 5 novembre ont été divulguées grâce à des fuites au quotidien Le Figaro. Gallois fera la proposition d'un choc de compétitivité sur deux ou trois ans de 30 milliards d'euros (39 milliards de dollars US), dont 20 milliards en baisse de cotisations patronales et 10 milliards en baisse de cotisations salariales. Ceci serait compensé par une « réduction massive des dépenses publiques » et une hausse de la TVA qui affecte de façon disproportionnée les consommateurs issus de la classe ouvrière.

L’entourage de Gallois a dit au Figaro que son rapport avait dû faire face à « un lobbying fort et puissant des économistes keynésiens, » dont le ministère des Finances à Bercy.

Le rapport commandé par Hollande lui-même après son élection en mai dernier, révèle clairement le caractère anti-classe ouvrière de la politique du gouvernement PS. Parmi ses propositions il y a celle de revenir sur l’abrogation par Hollande de la soi-disant TVA sociale, une augmentation impopulaire des taxes sur les ventes instaurée par son prédécesseur gaulliste, le président Nicolas Sarkozy.

La fuite était survenue quelques jours seulement après qu’un nouveau sondage réalisé par LH2 a montré un nouveau recul de 9 points de la cote de Hollande, à 40 pour cent.

Le gouvernement avait initialement tenté de se distancer du rapport Gallois. Le jour où le rapport a été divulgué, Hollande a publié une déclaration faisant carrément remarquer que « c’est un rapport qui engage son auteur, qui n’engage pas le gouvernement, pas le président de la République. »

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, dont le budget porterait une grande partie des réductions, a commenté : « Je ne crois pas, compte tenu de la situation des finances publiques, que l’on puisse (…) faire supporter aux Français un choc supplémentaire de plusieurs milliards d’euros. »

L’élite financière patronale a toutefois rapidement mis le gouvernement Hollande au pas grâce à une campagne de presse exigeant l’adoption du rapport Gallois.

Le fondateur du Club des entrepreneurs, Guillaume Cairou, a appelé à la Une du Figaro « à l’ensemble des entrepreneurs de France, afin qu’ils serrent les rangs derrière ce rapport. » Il a dit, « N’oublions pas une réalité simple: nous entrepreneurs de France gagnerons 3 à 4 fois moins après impôts que si nous étions anglais ou allemands. Entrepreneurs de France, unissons-nous contre ce déni de réalité! »

Le PDG du constructeur automobile Renault, Carlos Ghosn, a aussi approuvé le rapport Gallois en déclarant : « Si nous voulons créer des emplois en France et si nous voulons que l’industrie n’émigre pas de manière massive hors de France, nous avons besoin de réduire les charges qui pèsent sur le travail ». Montant les travailleurs en France contre leurs homologues dans les pays à bas salaire, il a réclamé une réduction de 1.000 euros des coûts de production de la Renault Clio en France de façon à davantage accroître l’attractivité de la France sur le plan industriel par rapport à son site de production en Turquie.

Le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a assuré à l’aristocratie financière que le rapport Gallois n’était « pas enterré. »

« Nous avons vraiment l’ambition de mettre en place des réformes structurelles d’une ampleur inédite dans ce pays pour répondre aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui, » a-t-il déclaré en promettant que les réductions se feraient sur « une trajectoire pluriannuelle que nous voulons absolument mettre en œuvre. »

Hier, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault a dit qu’il n’envisageait pas d’« enterrer le rapport Gallois », en ajoutant qu’en ce qui concerne la question de la compétitivité industrielle, « le gouvernement ne se déchire pas, le gouvernement travaille ... sérieusement. » Il a promis que le rapport Gallois serait une « une contribution essentielle » à la politique de l’Etat, en se félicitant d’avoir personnellement donné « carte blanche » à Gallois lorsque Gallois avait commencé à préparer son rapport.

Le débat relatif au rapport Gallois montre clairement le caractère de classe du gouvernement PS. Alors que le gouvernement observe nerveusement sa chute dans les sondages et la colère grandissante de la classe ouvrière contre ses attaques sociales, il ne peut même pas ralentir le rythme de l’austérité mais s’incline aussitôt devant les dictats des puissants intérêts patronaux.

Ceci révèle au grand jour les arguments des partis petits-bourgeois tels le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et le Parti communiste français (PCF) qui avaient appelé à voter Hollande en affirmant que ce dernier réagirait face à la pression d’en bas. Le NPA et le PCF portent une responsabilité politique pour les attaques que le PS est en train de perpétrer après avoir été porté au pouvoir avec leur soutien.

Comme le montre une interview accordée au Journal du Dimanche par l’un des critiques du rapport Gallois au sein du PS, Jacques Attali, le PS est uni sur une forte politique d’austérité. Attali, ancien conseiller économique du président François Mitterrand, a critiqué la politique d’austérité du gouvernement allemand pour vouloir prendre le risque d’un effondrement socio-économique tout en indiquant qu’il préférait des coupes sociales plus minutieusement ciblées mais tout aussi importantes.

En demandant des dépenses publiques plus « efficaces, » il a attaqué les réductions imposées à la Grèce sous la direction de Berlin : « La compétitivité ne se réduit pas à la baisse des dépenses sociales. Sinon, la Grèce serait très compétitive. »

A la question de savoir si un renforcement de la compétitivité tout en préservant la protection sociale n’était pas un « vœu pieux », Attali a dit non en ajoutant : « Nous aurions tort, par exemple, de nous aligner sur le système social allemand ... Ce sont les Allemands qui doivent s’aligner sur notre modèle de politique familiale, sinon, dans vingt ans, nous paierons leurs retraites. »

Attali faisait référence à l’aide financière française accordée aux familles nombreuses et qui contribue à la différence entre les taux de fertilité en Allemagne et en France – 1,42 et 2,08 enfants par femme, respectivement. D’après les tendances actuelles, il y aurait, d’ici 2050, 75 millions de personnes en France mais seulement entre 65 et 70 millions en Allemagne.

Néanmoins, Attali préconise des coupes sociales aussi importantes et aussi impopulaires que celles proposées par Gallois et qui représentent de profondes réductions des salaires et des services sociaux.

Il a dit : « La France ne peut pas faire l’économie d’une action longue, durable et durablement impopulaire qui portera ses fruits dans le temps. ... Il faut des réformes beaucoup plus globales, allant du changement du mode de formation des assistantes maternelles à la réduction du coût du travail en passant par l’informatisation des services publics. » Il a exigé la réalisation de « 20 milliards d’économies par an pendant trois ans et [la] collect[e de] 10 milliards d’impôts nouveaux chaque année. »

(Article original paru le 25 octobre 2012)