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Clinton fait pression sur Beijing au sujet de la mer de Chine méridionale

Par Peter Symonds
10 septembre 2012

Cette semaine, lors de son voyage à Beijing, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a une fois de plus exploité les querelles maritimes régionales qui existent entre la Chine et ses voisins pour accroître l’influence de Washington en Asie aux dépens de Beijing. Les réactions directes des responsables chinois et des médias signalent un ressentiment grandissant contre une intervention agressive du gouvernement Obama dans la région.

Clinton s’est servi de sa conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères chinois, Yang Jiechi, pour réitérer son appel en faveur d’un code de conduite officiel entre la Chine et l’Association des nations du Sud-Est asiatique (Association of South East Asian Nations, ASEAN) en vue d’une résolution des différends en mer de Chine méridionale. Alors que Clinton réclamait une solution négociée pour apaiser les tensions, l’intervention américaine dans les querelles n’a fait qu’encourager les Philippines et le Vietnam à adopter une attitude plus dure en provoquant des frictions plus importantes.

Avant d’arriver à Beijing, Clinton s’était rendue à Jakarta où elle a encouragé le gouvernement indonésien à demander instamment à l’ASEAN d’insister sur un « code de conduite robuste » avec la Chine. L’appel des États-Unis en faveur d’un accord ASEAN-Chine contrecarre directement l’exigence de Beijing pour que tout différend soit résolu bilatéralement et non multilatéralement.

La position de Washington a fait apparaître des divisions au sein de l’ASEAN et qui furent évidentes lors d’un sommet ministériel à Phnom Penh en juillet. Sur fond de désaccords violents sur la question de la mer de Chine méridionale entre les Philippines, un allié des États-Unis, et le Cambodge qui entretient d’étroits liens avec la Chine, la réunion ne fut pas en mesure de publier pour la première fois un communiqué commun.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang a rejeté l’appel de Clinton pour un code de conduite en réaffirmant que « la Chine exerçait sa souveraineté sur les îles en mer de Chine méridionale et leurs eaux avoisinantes. » Il a coupé court à Clinton en déclarant que « la liberté de navigation » – le mot d’ordre sur lequel les États-Unis misent pour revendiquer leurs « intérêts nationaux » dans les eaux contestées – était garantie et ne serait jamais matière à discuter à l’avenir. Il a dit que les querelles en mer de Chine méridionale ne devrait impliquer que ceux qui sont « directement concernés » – c’est-à-dire pas les États-Unis.

Lors de son entrevue hier avec le président chinois Hu Jintao, Clinton a déclaré que les « relations sino-américaines reposent sur une base solide. » Les protagonistes ont échangé des banalités devant les médias, mais les tensions grandissantes entre les deux puissances furent accentuées en dernière minute par l’annulation de la rencontre de Clinton avec le vice-président Xi Jinping qui devrait être nommé président cette année. Bien qu’officiellement décrite comme un « ajustement normal de l’itinéraire », la décision ne peut qu’être interprétée comme une rebuffade diplomatique censée exprimer le mécontentement de la Chine à l’égard de la politique du gouvernement Obama en Asie.

Clinton a aussi fait pression sur la Chine quant à son blocage des résolutions au Conseil de sécurité de l’ONU destinées à renforcer l’intervention menée par les États-Unis en Syrie dans le but de renverser le régime du président Bachar al-Assad. Clinton a fait part de sa déception par rapport à l’attitude de la Chine tandis que le ministre des Affaires étrangères Yang a réitéré l’opposition de son gouvernement à une ingérence extérieure en Syrie.

La querelle entre le Japon et la Chine au sujet des îles Senkaku (appelées Diaoyu en Chine) en mer de Chine orientale s’est à nouveau embrasée pendant que Clinton se trouvait à Beijing. Les articles de presse japonais ont remarqué que le gouvernement à Tokyo avait conclu un accord pour acquérir les îles de leurs propriétaires japonais. Le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi à la décision provocatrice en déclarant : « L’avancée résolue du Japon pour acquérir les îles a sérieusement entravé la souveraineté territoriale de la Chine et blessé les sentiments des Chinois. »

Tout comme dans la mer de Chine méridionale, le gouvernement Obama a encouragé son allié le Japon d’adopter une position plus agressive à l’égard de la Chine. Un vif contentieux diplomatique avait éclaté en 2010 après que les autorités japonaises aient détenu le capitaine d’un bateau de pêche chinois qui était entré en collision avec un navire de la garde côtière japonaise. Le mois dernier, un groupe de militants prochinois de Hong Kong avaient débarqué sur les îles contestées, en exacerbant une fois de plus les tensions diplomatiques.

Les États unis affirment ne soutenir aucun des camps dans les querelles territoriales en mer de Chine méridionale et en mer de Chine orientale. Cependant, alors que les tensions entre le Japon et la Chine s’étaient accentuées en 2010, Clinton avait affirmé que si une guerre éclatait entre les deux pays au sujet des îles Senkaku/Diaoyu, les États-Unis seraient obligés d’opter pour la défense de leur allié.

Alors que les échanges entre Clinton et les responsables chinois étaient relativement ténus, les médias publics ont ouvertement critiqué les États-Unis.

Avant l’arrivée de Clinton, le quotidien People’s Daily, l’organe officiel du Parti communiste, a déclaré dans un commentaire à la Une du journal : « Le récent comportement des États unis concernant les questions des îles Diaoyu et de la mer de Chine méridionale ne peut que créer des soupçons qu’ils cherchent à semer la zizanie pour récolter tous les avantages. » Il a prévenu : « À long terme, ce genre d’ajustement de la stratégie Asie-Pacifique des États-Unis ne sera pas source de gains et pourrait même se retourner contre eux. »

L’agence d’information publique Xinhua a mis en garde mardi que la « position des États-Unis relative aux îles Diaoyu est très dangereuse et non propice à la sécurité et à la stabilité de la région Asie Pacifique. » En faisant référence à l’attention portée par le gouvernement Obama sur le « pivot » en Asie depuis 2009, l’article a critiqué les États-Unis d’« intervenir ouvertement ou secrètement dans les questions des autres pays en semant la discorde parmi les pays d’Asie-Pacifique, en embrasant les tensions régionales et même en durcissant le règlement des litiges par la pratique d’exercices militaires communs et le renforcement du déploiement militaire de première ligne. »

Le ton de ces articles est significatif. Auparavant, des commentaires critiques publics étaient plutôt publiés dans des médias affichant une ligne plus dure tel le Global Times. Ce journal d’hier a pris à partie Clinton sur sa mise en garde publique précédente à la Chine d’exercer une « coercition » sur les pays avec lesquels elle a des conflits territoriaux. Le Global Times a déclaré : « Si la Chine était vraiment capable de traiter avec les Philippines et le Vietnam en exerçant une ‘coercition’, ces deux pays n’auraient pas agi de manière aussi provocante ces derniers temps, et la question de la mer de Chine méridionale aurait été bien plus simple par ce que les parties impliquées se seraient tout simplement préparés à la guerre. »

Le Global Times reflète l’opinion d’une couche de la bureaucratie stalinienne chinoise, notamment dans l’armée, qui estime que la direction de Hu Jintao a compromis les intérêts stratégiques de la Chine en ne prenant pas une position plus ferme à l’égard des États-Unis. Le journal a conclu son commentaire d’hier en disant que la « Chine ne devrait laisser aucun doute ou erreur de jugement aux États-Unis au sujet de sa détermination. »

Les commentaires des médias en Chine soulignent le caractère impudique de la politique étrangère américaine qui exacerbe les tensions partout en Asie dans le but de réaffirmer l’hégémonie américaine dans la région. Bien évidemment, les initiatives du gouvernement Obama ont suscité une réaction à Beijing et augmentent le risque que l’un ou l’autre des nombreux points chauds de la région devienne le détonateur d’un conflit ou d’une guerre.

(Article original paru le 6 septembre 2012)