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Le Parti national écossais publie un livre blanc sur l’indépendance

Par Steve James et Chris Marsden
6 décembre 2013

Le livre blanc du gouvernement écossais, « L’avenir de l’Ecosse: votre guide vers une Ecosse indépendante, » publié le 26 novembre, se lit comme un prospectus copié collé d’un projet d’activité commerciale de seconde importance. Et même la photo du dirigeant du Parti national écossais (Scottish National Party, SNP) et premier ministre d’Ecosse, Alex Salmond, qui figure sur l’espace de la préface est tirée de documents antérieurs du SNP.

En dépit de ses 670 pages, tout ce que le document offre est une série minimale – et frauduleuse – de mesures sociales servant de caution « progressiste » pour la défense et l’élaboration des intérêts de classe des riches bailleurs de fonds de la direction du SNP. Réduit à l’essentiel, la proposition du SNP revient à la fausse affirmation selon laquelle la création d’un nouvel Etat capitaliste en Ecosse offrirait aux travailleurs une quelconque perspective les protégeant contre les pires atteintes qui aient été portées au niveau de vie et aux conditions sociales dans l’histoire moderne.

On nous annonce par exemple que l’indépendance fournit l’occasion d’un « changement transformationnel » dans le domaine de la garde d’enfants en Ecosse. Il y aura, affirme-t-on, également une protection marginale pour les retraités et les bénéficiaires de prestations sociales, comparé à ce qui existe actuellement au Royaume-Uni. Les services postaux passeront dans le service public et les soins de santé ne seront pas privatisés pour le moment.

Une indication bien plus claire des intérêts sociaux que vise le livre blanc est cependant l’insistance répétée que pour l’indépendance la priorité serait une « réduction anticipée jusqu’à 3 pour cent de la taxe sur les sociétés », destinée à « inverser la baisse du nombre de sièges sociaux qui a été un trait caractéristique de l’économie écossaise au cours de ces 30 dernières années. ».

Les cotisations sociales et la réglementation pour les petites entreprises seraient également réduites.

Les parties les plus détaillées du document traitent des efforts entrepris par le SNP pour trouver un modus vivendi avec le reste du Royaume-Uni (RU), de l’Union européenne (UE) et de l’alliance militaire de l’OTAN, tout en conférant à l’élite financière écossaise une plus grande liberté de manœuvre pour accaparer le plus qu’elle peut.

Après une victoire du « oui » dans un vote sur l’indépendance écossaise, le SNP envisage une période de « transition » de 18 mois durant laquelle le dépeçage des vastes actifs actuels du RU, les engagements, les prestations et les fonctions de l’Etat seraient soi-disant négociés. En font partie, le pétrole de la Mer du Nord, la dette nationale, les engagements des régimes de pensions, la fonction publique, la BBC, l’armée, les ambassades et les biens de l’Etat à l’étranger, pour n’en citer que quelques-uns.

Le SNP continuera néanmoins à rechercher le soutien de la Banque d’Angleterre qui restera « en charge pour les deux pays et qui continuera à fournir des fonds au prêteur de dernier ressort tout en continuant à jouer son rôle dans ses rapports avec des institutions financières représentant un risque systémique. »

Le document ne mentionne nulle part les vastes sommes d’argent injectées dans la première banque écossaise, la RBS, aux dépens de toute la population laborieuse britannique.

La livre Sterling sera maintenue comme la monnaie de prédilection grâce à la création d’une zone Sterling.

Le document contient une série de projections fiscales prétendant montrer à quel point la situation de l’Ecosse serait meilleure si elle contrôlait 90 pour cent du pétrole de la Mer du Nord. Les chiffres du SNP sont fondés sur les estimations les plus optimistes de ce qui pourrait à l’avenir être extrait de la Mer du Nord ainsi que sur la supposition que ce pétrole serait volontairement et pacifiquement cédé à l’Ecosse, en l’occurrence une tournure improbable des événements.

Le rapprochement du SNP avec l’UE, l’instrument par lequel les banques européennes ont plumé la population laborieuse du continent en imposant une austérité brutale à travers tous les pays, reflète aussi le programme social du parti. L’adhésion à l’UE est « cruciale à la réussite continue de l’Ecosse en tant que grand centre financier », précise le livre blanc au nom de l’élite financière.

Ailleurs, le livre blanc montre clairement qu’une Ecosse indépendante serait un Etat de surveillance tout aussi hautement militarisé que le RU qu’il tente de quitter. Le SNP compte créer « une nouvelle agence de sécurité et de renseignement » dont certaines des fonctions seraient « des opérations traditionnelles secrètes », le maintien de « l’échange de renseignement » avec le reste du RU (c’est-à-dire le GCHQ, MI5 et MI6), tout en « établissant des relations plus étroites » avec le « Centre d’Excellence de coopération en matière de cyberdéfense de l’OTAN (NATO Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence) ; l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information (European Network Information Security Agency) ; et le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (European CyberCrime Centre). » Quelle perspective attrayante!

L’Ecosse maintiendrait aussi le régime de mandat d’arrêt européen utilisé pour persécuter Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks.

Malgré les appels en faveur d’une politique d’immigration marginalement plus modérée et basée sur les besoins en main-d’œuvre et la dépendance des universités écossaises d’étudiants étrangers, l’Ecosse maintiendrait son propre système de visa au sein de la zone de voyage commune du RU. D’aucuns prétendent que ceci ne nécessiterait pas de frontières intérieures. Les demandeurs d’asile déboutés continueraient d’être déportés.

Finalement, le document du SNP montre clairement que la politique déclarée du parti de ne pas autoriser d’armes nucléaires sur le sol écossais ne vaut rien. Après avoir accepté que les négociations du retrait des missiles Trident seraient un processus de longue haleine, le livre blanc mentionne l’approche adoptée par la Norvège et le Danemark du « ne rien demander, ne rien dire » par rapport aux navires de guerre nucléaires de l’OTAN qui abordent leurs côtes. « L’Ecosse adoptera à cet égard une approche identique à celle du Danemark et de la Norvège. »

La classe ouvrière ne devrait pas accorder la moindre crédibilité à tout ceci. Si elle le fait c’est largement par défaut : les partis qui sont officiellement opposés au programme nationaliste et pseudo-réformiste du SNP sont foncièrement détestés et discrédités en raison de leur politique de coupes sociales brutales et d’austérité – les conservateurs (Tories), les libéraux-démocrates et les travaillistes (Labour) qui mènent collectivement la campagne du « non » contre l’indépendance écossaise.

La responsabilité pour la confusion populaire quant au caractère droitier du SNP et de son programme incombe en premier lieu à la myriade de tendances jadis de gauche qui se sont rangées derrière la campagne pour l’indépendance. Leur rôle spécifique est de présenter la stratégie du nationalisme écossais qui est réactionnaire et qui divise comme progressiste et l’opposition à son encontre comme une défense pro-impérialiste de l’Etat britannique. Aucune de ces tendances n’affirme plus que l’indépendance écossaise serait une étape majeure vers le socialisme. Tout ce qu’elles affirment c’est que l’impérialisme britannique serait affaibli et qu’une Ecosse indépendante et capitaliste serait quelque peu moins réactionnaire.

Le dirigeant du Parti socialiste écossais (SSP), Colin Fox, par exemple, répète loyalement toutes les grandes lignes de la propagande du SNP. Dans son récent pamphlet « Plaidoyer pour une Ecosse indépendante », il a simplement insisté pour dire que, d’une manière inexpliquée, sous le capitalisme l’indépendance « offre aux travailleurs ordinaires en Ecosse la possibilité d’esquiver les conséquences que cette récession représente. »

Il s’agit là d’une trahison politique pourrie et délibérée. Le SSP et les tendances identiques sont pourvus en personnel issu d’une couche petite bourgeoise qui considère l’« indépendance » comme une occasion de s’accrocher aux basques de l’élite financière écossaise pour décrocher au sein du nouvel appareil d’Etat des postes influents et des privilèges. Pour en arriver là, ils sont prêts à mentir comme des arracheurs de dents aux travailleurs qu’ils prétendent défendre.

Les Etats nationaux, grands et petits, agissent comme des mécanismes de pouvoir de la bourgeoisie dans l’actuelle guerre qu’elle mène contre la classe ouvrière. Rien n’exprime ceci plus clairement que la politique poursuivie collectivement par tous les Etats membres de l’UE à travers l’Europe. Sous le capitalisme, la fonction première d’un Etat écossais indépendant serait d’attirer des investissements mondiaux et d’établir des relations plus directes avec les principales banques, les grands groupes et les spéculateurs en leur offrant la possibilité d’intensifier l’exploitation, de réduire drastiquement les salaires et les conditions de travail, de démanteler ou de privatiser les services sociaux et d’éliminer autant que possible les impôts sur la richesse des sociétés.

Une opposition à ces exigences requiert avant tout un mouvement unifié de la classe ouvrière. Selon ce critère essentiel, le programme séparatiste est réactionnaire car il sème et renforce les divisions nationales au moment précis où elles devraient être surmontées à tout prix.

Tout comme pour les travailleurs confrontés à des mouvements séparatistes similaires en Espagne, en Belgique, au Canada et ailleurs, ce n’est pas la tâche des travailleurs en Ecosse, en Angleterre et au Pays de Galles de créer de nouveaux Etats capitalistes, encore moins viables ceux-là, en balkanisant le Royaume-Uni. Ils doivent au lieu de cela s’efforcer de renverser la classe capitaliste britannique et ses gouvernements à Londres, Edinbourg et Bruxelles comme partie intégrante de la lutte pour un gouvernement ouvrier au sein d’Etats socialistes unis d’Europe.

(Article original paru le 4 décembre 2013)