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Le budget grec pour 2014 prévoit de nouvelles attaques sociales

Par Christoph Dreier
12 décembre 2013

Tard samedi 7 décembre au soir, le parlement grec a adopté le budget pour 2014 qui propose de nouvelles coupes sociales et des licenciements de masse.

Les grèves et les protestations contre ces projets ne cessent d’augmenter. Les employés de l’université d’Athènes se sont opposés à la direction syndicale en poursuivant leur grève qui entre dans sa 14e semaine.

Le budget, qui a été approuvé par 153 voix contre 142, prévoit des coupes de l’ordre de 3,2 milliards d’euros dans les dépenses publiques ainsi qu’une hausse d’impôts de 2,1 milliards d’euros. Les coupes se feront surtout dans le système de la santé qui est déjà catastrophique et dans les assurances sociales. Les recettes fiscales seront augmentées grâce à un relèvement de l’impôt foncier qui affectera de nombreux travailleurs ordinaires en Grèce.

Comme chaque année depuis l’éclatement de la crise, le budget est basé sur les prévisions optimistes du développement économique. Les spécialistes ont quasiment exclu la possibilité que l’économie atteigne l’année prochaine, après six ans de récession, le taux de croissance projeté de 0,6 pour cent. Les coupes sociales de cette année s’avèreront être bien pires qu’on ne l’estime pour l’instant.

Le parlement tiendra cette semaine une procédure d’urgence pour le vote de l’impôt foncier. De plus, un projet de loi doit être adopté pour faciliter la saisie forcée de petites maisons ou appartements.

La troïka – la Commission européenne (CE), le Fonds monétaire International (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) – a fait du vote des deux lois une condition préalable au déblocage d’une tranche de renflouement d’un milliard d’euros arrivée à échéance depuis longtemps.

Avant que le prêt soit rendu disponible, une série d’entreprises publiques doivent être fermées ou considérablement réduites en taille, dont le groupe d’armement et de construction mécanique EAS. La troïka a annulé des visites supplémentaires cette année et ne retournera à Athènes qu’en janvier pour évaluer l’avancée des coupes.

Ceci comprend non seulement de nouvelles coupes budgétaires mais aussi des licenciements de masse convenus préalablement et qui forment un élément crucial du budget de 2104. Selon des accords conclus avec la troïka, le gouvernement grec a dû muter 25.000 fonctionnaires dans une soi-disant réserve de mobilité, en licenciant immédiatement 4.000 travailleurs.

Il reste encore entre 1.000 et 1.500 licenciements en suspens et l’opposition contre la réserve de mobilité est en train de s’intensifier, vu que souvent il ne s’agit que d’une simple transition vers le chômage.

Le personnel administratif des universités est en train de lutter contre la réduction de moitié du personnel et le transfert de 1.400 employés dans la réserve.

Le personnel administratif de l’université d’Athènes et celui de l’université technique plus petite sont en grève continue depuis treize semaines. Les activités des universités n’ont pu se poursuivre vu que les étudiants et le personnel enseignant ont soutenu les employés de l’administration.

Le ministère de l’Education a menacé à plusieurs reprises de placer le personnel administratif sous la loi martiale et a ordonné à la police de dissoudre les piquets de grève. Les tribunaux ont déclaré la grève illégale. Des procédures disciplinaires ont été engagées contre le recteur de l’université, Theodosis Pelegrinis, pour s’être solidarisé avec les grévistes. Néanmoins, les travailleurs restent déterminés et poursuivent la grève.

En revanche, le syndicat des travailleurs universitaires (ODPTE) a cherché dès le départ à isoler la grève et à restreindre les actions de solidarité avec les autres travailleurs. Au cours de la semaine passée, la direction syndicale a finalement tenté d’arrêter les grèves. Le ministère de l’Education a proposé des discussions et a cyniquement suggéré vouloir licencier moins de travailleurs en réduisant les salaires de l’ensemble des travailleurs pour couvrir les frais.

Lors d’une assemblée générale qui s’est tenue jeudi 5 décembre à l’université technique, la direction syndicale a réussi à dégager une majorité pour mettre fin à la grève et démarrer des pourparlers avec le gouvernement. Sur ce, l’ODPTE a appelé à cesser toute activité de grève dans toutes les universités.

En dépit des menaces du gouvernement et de la pression exercée par les syndicats, les travailleurs des universités à Athènes ont décidé lundi de continuer la grève jusqu’à mercredi et de décider à ce moment-là de sa reconduction. A la faculté de droit de l’université les étudiants continuent l’occupation.

La confrontation sociale dans les universités est l’expression la plus forte d’un développement général. Les syndicats sont de moins en moins en mesure de réprimer les luttes des travailleurs et l’Etat réagit par une brutalité de plus en plus grande.

Les médecins des polycliniques qui font grève depuis deux semaines pour protester contre les licenciements ont décidé de la poursuivre jusqu’au 13 décembre. Le ministre grec de la Santé, Adonis Georgiadis, a menacé les médecins de procéder plus rapidement aux licenciements s’ils ne mettaient pas un terme à leur protestation. Des centaines de médecins se sont rassemblés vendredi devant le ministère de la Santé. Jeudi et vendredi, les employés du ministère de la Culture – qui est aussi en charge des musées d’Etat et des sites archéologiques – ont débrayé.

Au cours de la semaine passée, la police s’en est pris aux protestations organisées par les gardiens et le personnel d’entretien des écoles qui ont manifesté contre la perte de leurs emplois devant le ministère de la réforme administrative. Les manifestations pour la commémoration du meurtre d’Alexis Grigoropoulos par la police en 2008 ont également été la cible de violences policières.

La brutalité croissante de l’Etat est une réaction directe à la dévastation sociale que l’Union européenne et le gouvernement grec ont occasionnée dans le pays. Ces conditions ne sont pas compatibles avec des droits démocratiques pour la population.

La semaine dernière, une jeune fille de 13 ans est morte suite à une intoxication au monoxyde de carbone. Sa mère qui est au chômage avait eu l’électricité coupée et en raison du niveau élevé des impôts elle n’avait pas les moyens de se payer le fuel de chauffage. Elle a donc essayé de chauffer l’appartement à l’aide d’un poêle à charbon de fortune. Une femme de 86 ans est décédée la même semaine pour les mêmes raisons. Elle avait mis en place un poêle improvisé.

Deux personnes ont été gravement blessées jeudi dernier dans un feu d’appartement qui a été causé par des bougies. L’électricité avait aussi été coupée. Des milliers de Grecs subissent actuellement le même sort parce qu’ils sont incapables de payer leurs factures. Le gouvernement est en train de discuter comment privatiser l’opérateur d’énergie DEI tout en réduisant les coûts énergétiques pour les entreprises.

Le taux de chômage effrayant de plus de 27 pour cent a occasionné une détérioration des conditions de travail qui frôlent souvent l’esclavage. Selon un article, les travailleurs d’une usine de confiserie à Crète ont été battus, brûlés et humiliés. Ils sont payés 3 euros de l’heure pour des journées allant jusqu’à quinze heures de travail.

Un nombre de plus en plus grand d’emplois sont offerts sur la base du bénévolat, les travailleurs n’étant que nourris et logés sans percevoir de rémunération. 700.000 employés supplémentaires ne sont pas payés quand ils devraient l’être. Il existe un nombre croissant de cas où les sous-contractants qui sont contractuellement tenus de payer un certain salaire, vont voir leurs employés à la fin de la journée de travail pour exiger la restitution en espèces d’une partie des salaires.

(Article original paru le 11 décembre 2013)