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La supercherie d’Obama sur le salaire minimum

L’inégalité et la lutte pour le socialisme

Par Andre Damon
11 décembre 2013

Avec une cote de popularité en chute libre et une opposition populaire grandissante à ses politiques, l’administration Obama a lancé une campagne de relations publiques pour se présenter comme quelqu’un voulant s’opposer aux inégalités.

Mercredi dernier à Washington DC, Obama a déclaré que les inégalités de revenu étaient le «principal défi de notre époque» et que «durant la prochaine année, et pour toute la durée de ma présidence», le gouvernement va «consacrer toute son énergie» à réduire l’écart entre les riches et les pauvres.

Pour faire suite à sa rhétorique creuse, l’administration a promis d’appuyer une proposition des démocrates au Congrès de faire passer le salaire minimum de 7,25 dollars l’heure à 10,10 dollars (ni la Maison-Blanche, ni les deux partis au Congrès ne croient réellement que cette mesure va être acceptée par le Congrès).

Le fait qu’une mesure si pitoyable (qui ferait en sorte que le salaire minimum réel demeure inférieur à ce qu’il était en 1968) soit présentée comme une tentative sérieuse de combattre les inégalités démontre qu’aucune section de l’establishment politique n’a de proposition substantielle pour s’attaquer au chômage et à la pauvreté.

Le discours d’Obama était un exemple de cynisme: un geste dont le but était clairement de stopper l’hémorragie dans les sondages et de masquer ses politiques de droite. Comme à l’habitude, Obama s’est plaint de la croissance des inégalités aux États-Unis comme s’il était un témoin innocent qui n’avait absolument aucune responsabilité dans le processus qu’il critiquait (de la même façon qu’il avait critiqué plus tôt cette année son propre programme d’assassinats par drone, tout en continuant de commettre des meurtres extrajudiciaires en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et ailleurs).

Cette tentative d’Obama de se présenter comme un opposant des inégalités a été encouragée par les diverses organisations libérales et de la pseudo-gauche qui gravitent autour du Parti démocrate, tel que le magazine Nation et l’International Socialist Organization (ISO). Le discours avait été prévu pour coïncider avec des manifestations jeudi dernier, organisées par le Syndicat international des employés des services, d’autres organisations affiliées aux syndicats et leurs alliés de la pseudo-gauche, qui demandaient une augmentation du salaire minimum aux États-Unis. Même si la participation à ces manifestations fut relativement faible, ces dernières ont été largement couvertes par les médias et des représentants de l’administration Obama leur ont donné leur soutien.

Le fait qu’Obama se soit senti obligé de prétendre vouloir s’attaquer aux inégalités sociales indique qu’il est de plus en plus évident que le profond gouffre qui sépare les riches et les pauvres est ce qui définit la vie sociale aux États-Unis et internationalement. Les inégalités ont beau être ignorées ou traitées superficiellement dans les médias (pendant que les reportages enthousiastes sur l’explosion des marchés financiers et la supposée «reprise» abondent), elles sont au cœur de la réalité d’une très vaste majorité de personnes aux États-Unis et de par le monde.

Toutefois, un fait qui ne peut jamais être admis est que les inégalités sociales proviennent du système capitaliste et que l’immense croissance des inégalités au cours des cinq dernières années est le résultat direct et souhaité des politiques de la classe dirigeante, qui ont été mises en œuvre aux États-Unis par le principal représentant politique de cette classe: Obama.

Pendant qu’Obama prononçait son discours mercredi, d’autres événements venaient démontrer l’hypocrisie de ses paroles. Mardi, un juge fédéral, avec l’appui de la Maison-Blanche, rendit une décision qui permettait à la ville de Detroit de se placer en faillite, la plus importante faillite municipale de l’histoire américaine, pour ouvrir la voie à de vastes attaques sur les régimes de retraite des travailleurs à travers les États-Unis. Quelques heures à peine après ce jugement, un projet de loi était entériné dans l’État de l’Illinois pour réduire les régimes de retraite des travailleurs d’État de 160 milliards de dollars sur 30 ans.

Vendredi, la Maison-Blanche a déclaré que le prolongement du programme de prestations d’assurance-emploi ne ferait pas l’objet d’une condition pour arriver à une entente budgétaire avec les républicains. Cette décision prépare l’élimination des prestations fédérales d’assurance-emploi pour 1,3 million de personnes immédiatement après la période des Fêtes et pour 3,6 millions d’autres dans la première moitié de 2014.

Depuis qu’il est président, Obama a tout fait pour que la richesse de la majorité de la société soit transférée aux super riches. Au cours des cinq dernières années, les inégalités sociales se sont accrues à un rythme sans précédent. Depuis 2009, le revenu moyen d’un ménage américain a diminué de 4,2 pour cent, tandis que le 1 pour cent supérieur accaparait 95 pour cent des gains en revenus.

Ce vaste transfert de richesse se déroule à l’échelle internationale et les politiques de l’administration Obama (des sauvetages illimités pour les banques et une violente austérité) ont été reprises dans tous les principaux pays capitalistes.

La croissance des inégalités sociales est telle que l’enrichissement de l’aristocratie financière parasitaire est maintenant le plus grand frein à la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux. Dans chaque pays, le gouvernement est dominé par des oligarques du patronat et de la finance dont les intérêts sont défendus servilement.

Ainsi, la valeur nette totale des milliardaires du monde a doublé depuis 2009 et le nombre de milliardaires est passé de 1360 à 2170. La part de la production économique qui va aux travailleurs diminue quant à elle depuis des décennies à travers le monde.

Cette concentration de richesse sans précédent au sommet de la société est liée à toutes les décisions politiques, qu’il s’agisse de la destruction des droits démocratiques exprimée dans le vaste appareil d’espionnage mondial dirigé par la NSA, ou d’une politique étrangère de gangstérisme international qui menace de déclencher une autre guerre mondiale.

Ce processus international est une expression de la faillite du système capitaliste et de son incompatibilité avec les besoins sociaux fondamentaux de la grande majorité de la population mondiale.

Par opposition au réseau d’organisations libérales et de la pseudo-gauche qui ancrent leurs politiques dans les questions de race, de sexe ou d’autres formes de politiques identitaires (un type de politique associé inévitablement aux intérêts des sections les plus privilégiées de la classe moyenne), le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) met au cœur de son programme la question des inégalités sociales. La division de la société entre riches et pauvres est une expression de la division de la société en deux grandes classes: la bourgeoisie et la classe ouvrière.

L’accent qui est mis sur la question des inégalités sociales est reflété dans le nom même des sections nationales du CIQI. Lorsque la Ligue des travailleurs (Workers League) aux États-Unis fonda le Parti de l’égalité socialiste en 1995, elle affirma que la «principale caractéristique» de la vie politique était «l’accroissement de l’écart entre une petite partie de la population qui profite d’une richesse sans précédent et de la vaste majorité de la population travailleuse qui souffre, à divers degrés, d’incertitude et de détresse économiques».

Les 18 années qui se sont écoulées depuis viennent confirmer cette évaluation. Les cinq dernières années ont été marquées par une crise économique de plus en plus profonde et la réaction à cette crise a été déterminée par les intérêts sociaux d’une classe dirigeante qui domine la vie économique et politique.

Une véritable lutte contre les inégalités sociales n’est possible qu’à travers une offensive de la classe ouvrière pour exproprier l’élite patronale et financière et mettre un terme à la domination que celle-ci exerce sur la société.

La défense des besoins sociaux les plus élémentaires (un emploi, un salaire décent, une pension, l’éducation, la santé et l’accès à la culture) exige la mobilisation de la classe ouvrière contre le système capitaliste. La classe ouvrière doit s’emparer du pouvoir d’État et réorganiser l’économie sur de nouvelles bases: la satisfaction des besoins humains et non du profit privé.

(Article original paru le 9 décembre 2013)