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Le vice-président américain entame sa tournée asiatique dans une escalade hostile contre la Chine

Par John Chan
3 décembre 2013

Les tensions qui persistent au sujet de la nouvelle « zone de défense aérienne » (ZDA) de la Chine en Mer de Chine orientale domineront l'agenda du vice-président américain Joe Biden qui entame un voyage au Japon, en Chine et en Corée du Sud aujourd'hui. Les Etats-Unis ont rejoint le Japon et la Corée du Sud pour déclarer qu'ils vont ignorer la zone de la Chine, et qu'ils y feront voler des appareils militaires.

Avant le départ de Biden, le gouvernement Obama a clairement indiqué que cette tournée viserait à renforcer la crédibilité de son « rééquilibrage » ou « pivot » vers l'Asie, une campagne de grande ampleur à la fois stratégique, diplomatique et économique qui vise à isoler la Chine. « Cette tournée va réaffirmer notre présence durable en tant que puissance du Pacifique, promouvoir nos intérêts économiques et commerciaux, et souligner notre engagement en faveur d'un rééquilibrage de la politique étrangère américaine en direction de la région Asie-Pacifique, » affirme un communiqué de la Maison blanche.

D'après le Yomiuri Shimbun,Biden publiera une déclaration conjointe après avoir rencontré le premier ministre japonais Shinzo Abe, demandeant à la Chine de retirer sa ZDA, au motif qu'elle est dangereuse et unilatérale. À Beijing, Biden interrogera les dirigeants chinois sur leurs « intentions » dans la création de cette zone. En Corée du Sud, Biden prononcera un discours sur les grands axes de la politique asiatique des Etats-Unis.

En échange de son soutien au Japon sur la ZDA, Biden va chercher à obtenir des concessions, il voudrait un accord de Tokyo sur le Partenariat trans-pacifique (PTP) qui réunit 12 nations dans le but de saper la puissance économique chinoise. Cependant, une partie du monde des affaires japonais craint d'y perdre plus qu'ils n'y gagneront.

Le gouvernement Obama s'était trouvé dans une situation inconfortable après l'annulation à la dernière minute des visites présidentielles à certains sommets asiatiques importants en octobre, entraînée par le « shutdown » du gouvernement américain. Abe, qui a soutenu le PTP, a exploité l'annonce par la Chine de la ZDA pour mettre en exergue la « menace chinoise » et insister pour une unité avec les Etats-Unis, y compris sur le front économique.

Jun Okumura, analyste de l'Institut Meiji pour les affaires mondiales a déclaré à Bloomberg hier : «L'approche musclée des Etats-Unis envers la Chine donne de la substance à son pivot vers l'Asie, et pourrait revigorer les négociations sur le PTP. Plus les Etats-Unis se montrent résolus sur les questions chinoises, mieux ce sera pour le PTP. »

Les Etats-Unis ont réagi à la déclaration de la ZDA par la Chine en envoyant deux bombardiers stratégiques B-52 dans la zone jeudi dernier, délivrant un message clair sur le fait qu'ils restent la puissance militaire dominante dans la région Asie-Pacifique. Depuis lors, les Etats-Unis, avec leurs alliés, Japon et Corée du Sud, continuent à faire voler des appareils militaires quotidiennement dans la zone, sans le notifier à la Chine.

La ZDA chinoise recouvre une ZDA japonaise et comprend les îles appelées Senkaku au Japon et Diaoyu en Chine qui font l'objet d'un conflit de propriété. Un exercice militaire américano-japonais de grande ampleur a eu lieu la semaine dernière dans les eaux à l'Est d'Okinawa, non loin des îles Senkaku/Diaoyu. Cet entraînement impliquait 25 navires de guerre, dont le porte-avions nucléaire USS George Washington. C'était une démonstration de force destinée à montrer que les Etats-Unis soutiendront le Japon en cas de conflit avec la Chine au sujet de ce conflit territorial.

Beijing, a commencé à envoyer des avions de combat et des appareils de reconnaissance à longue portée patrouiller dans sa ZDA jeudi dernier, augmentant le risque d'une erreur et d'un accident. La Chine a menacé de déclencher des « mesures de défense militaire » indéterminées si les intrus de ne respectaient pas ses règles sur la fourniture de plans de vol, d'indication de la nationalité et de maintien du contact radio.

Au cours de la fin de semaine, le ministère des Affaires étrangères américain a conseillé aux compagnies aériennes américaines de notifier leur passage aux autorités chinoises et de soumettre leurs plans de vol si elles opèrent en Mer de Chine orientale. En même temps, il a insisté sur le fait que cela « n'indique pas l'acceptation par le gouvernement américain des exigences chinoises concernant les opérations dans la nouvelle ZDA. »

Le Japon est le seul pays à avoir ordonné explicitement à ses compagnies aériennes de ne pas soumettre leurs plans de vol à la Chine. Samedi, Tokyo a également demandé à l'Organisation de l'aviation civile internationale qui dépend de l'ONU d'enquêter sur la menace que représenterait la zone de défense aérienne chinoise pour l'aviation dans la région.

Le gouvernement Abe, encouragé par le « pivot » américain, affirme avec agressivité son contrôle sur les îles Senkaku/Diaoyu et exploite ce conflit pour faire avancer ses plans de remilitarisation du Japon. Depuis qu'il a pris le pouvoir en décembre dernier, Abe a augmenté le budget de la défense du Japon et approfondi sa collaboration avec le renforcement de la présence militaire américaine. Abe écarte clairement toute idée d'un débat au sujet de ces îles administrées par le Japon et a récemment indiqué que le Japon pourrait abattre les drones chinois qui entrent dans l'espace aérien de ces îles.

Le pouvoir chinois du président Xi Jinping a réagi par une campagne nationaliste et anti-japonaise dans son pays pour promouvoir une fausse impression d'unité nationale dans un contexte où la colère monte contre l'élargissement de la fracture sociale entre riches et pauvres. Beijing a annoncé cette ZDA dans le cadre de ses tentatives pour obtenir la souveraineté sur ces îles disputées.

Hier, les médias officiels ont commémoré les 70 ans de la signature de la déclaration du Caire du 1er décembre 1943, entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine, qui fait partie des accords sur l'ordre établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les commentateurs chinois ont affirmé que ces accords sur la fin de la guerre privaient le Japon de ses droits sur les îles Senkaku/Diaoyu, ainsi que sur tout l'archipel d'Okinawa.

Un magazine Hongkongais, Asia Weekly, a publié un article cette fin de semaine, qui note que la décision chinoise d'établir la ZDA de Mer de Chine orientale a été prise après le 18e congrès du Parti communiste chinois, qui installait Xi comme nouveau secrétaire général. Cet article fait remarquer que cette zone a été discutée en profondeur au sein des cercles dirigeants de l'armée, et qu'elle a finalement été décidée par Xi il y a quatre mois. Xi aurait déclaré que les conflits sino-japonais en Mer de Chine orientale ne concernent plus les îles Diaoyu, ni même les ressources pétrolières et gazières sous-marines, mais une « lutte stratégique ». La Chine cherche à obtenir un accès vers le Pacifique oriental pour développer sa flotte de haute mer.

Le « pivot » du gouvernement Obama a délibérément accentué les tensions dans toute l'Asie comme moyen d'affirmer la continuation de la domination américaine sur la région. Maintenant que Washington a uni la Corée du Sud et le Japon contre la déclaration de ZDA de la Chine, Biden cherchera sans doute à insister auprès de la Chine pour obtenir des concessions lorsqu'il arrivera à Beijing en fin de semaine.

(Article original paru le 2 décembre 2013)