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La crise globale du capitalisme motive la réforme libérale en Chine

Par John Chan
12 juin 2013

Le Parti communiste chinois (CCP) dirigé par le président Xi Jinping et le Premier ministre Li Keqiang a annoncé une troisième vague de réformes pro-marché, visant à ouvrir le secteur public de l'économie au capital mondial.

Li a envoyé un message des plus clairs avant son voyage en Europe le mois dernier, promettant dans un journal suisse de « faire un effort d'ensemble pour approfondir la réforme libérale. » La Commission nationale de la réforme et du développement a également souligné les propositions qui comprenaient une approbation plus rapide des projets d'investissement, une libéralisation des taux d'intérêt et de change, et surtout, des investissements privés dans des domaines du secteur public comme la finance, l'énergie et les télécommunications. Cette politique sera présentée au Comité central du CCP cet automne.

Les forces motrices qui poussent à cette réforme sont les tensions économiques et géopolitiques de plus en plus fortes déchaînées par la crise économique globale. Les marchés à l'exportation de la Chine se sont effondrés avec l'effet des mesures d'austérité sauvages, des réductions de salaires et du chômage massif sur le pouvoir d'achat des travailleurs aux États-Unis et en Europe, réduisant fortement la demande globale pour des biens de consommations à bas prix produits par des travailleurs chinois surexploités.

La stratégie chinoise d'une croissance « orientée à l'export » a échoué, son économie ne se maintenait à flot que par une extension massive de la dette après que Pékin ait fait passer un plan de relance à 650 milliards de dollars en 2008. L'explosion des prêts bancaires qui s'en est suivie a fait monter le total des dépenses à des milliers de milliards de dollars – empêtrant les autorités locales dans des dettes se montant à plus de 2000 milliards, réduisant les taux de profit, et faisant gonfler une bulle spéculative immobilière qui risque d’engloutir le système bancaire chinois.

Malgré l'afflux de crédits proposés à des prix sacrifiés, la croissance continue à ralentir : l'on s'attend à ce qu'elle atteigne 7 pour cent cette année, bien en dessous des 8 pour cent considérés comme un minimum par le CCP pour empêcher le chômage d'augmenter.

La direction de Xi et Li est également confrontée à des pressions de la part de Washington, qui accroît agressivement les opérations destinées à contenir militairement la Chine avec le « pivot en Asie » du gouvernement Obama. Son but est d'encercler la Chine par des alliances militaires et des bases, avant que la croissance économique et technologique de la Chine ne lui permette de remettre en question l'influence de Washington dans le Pacifique occidental.

En revanche, les attaques libérales contre la classe ouvrière sont un domaine où l'impérialisme américain et la bureaucratie du CCP peuvent se retrouver : les responsables du CCP et les grands groupes multinationaux en Chine veulent développer la productivité et faire monter les profits. Il y a également un mécontentement montant dans les cercles dirigeants au sujet des augmentations de salaires que le CCP a été contraint d'accorder après les vagues de grèves lancées à partir de la lutte des travailleurs d'Honda en 2010, ce qui a poussé les multinationales à orienter la production plutôt vers l'Inde ou le Vietnam.

Une des principales exigences américaine et le démantèlement des 120 plus grands « monopoles d'état » chinois – un objectif qui figure dans le rapport Chine 2030, sur lequel Li a travaillé avec la Banque mondiale l'an dernier. Les compagnies publiques de certains secteurs comme l'énergie, les télécommunications et les chemins de fer détiennent des biens valant des milliers de milliards de dollars, leur privatisation serait un énorme bonus pour les bureaucrates les plus haut placés du CCP – ainsi que pour leurs partenaires en affaire des banques d'investissement de Wall Street.

De nombreux enfants des dirigeants actuels ou passés du CCP actifs, comme dirigeants de fonds spéculatifs ou de banques d'investissement, dans la spéculation sur les ressources et les valeurs du secteur public, pourraient obtenir d’énormes capitaux dans de nouvelles privatisations.

Xi et LI, qui mettent en application cette politique, sont de bons représentants de cette « aristocratie rouge » parasitaire qui a émergé au sein du CCP depuis la restauration du capitalisme sous Deng Xiaoping dans les années 1980. Xi représente l'une des catégories sociales les plus haïes en Chine : un « héritier, » un fils de la génération précédente des haut responsables qui ont amassés du pouvoir et de la richesse depuis la restauration du capitalisme.

Élève de Li Yining, un économiste libéral très en vue, Li Keqiang a contribué à établir la doctrine officielle des années 1990 qui a justifié la dernière vague de privatisations qui a détruit des dizaines de millions d'emplois.

L'élite affairiste chinoise, étroitement liée aux responsables du CCP, essaye de rompre avec ce qu'il reste des structures étatistes qui leur avaient permis d'accumuler leur richesse. Les politiques pro-marché leur permettraient non seulement d'intensifier l'exploitation des travailleurs et d'atteindre un taux de profit plus élevé, mais également de donner un fondement juridique plus ferme à la richesse personnelle qu'ils ont accumulée en Chine.

En adoptant une telle politique, le CCP se place sur une trajectoire qui va l'amener en collision avec la classe ouvrière. Les pressions pour une production plus élevée, les réductions des salaires et le chômage élevé entraînent déjà régulièrement des confrontations entre les grévistes et la police. Ce que l'on appelle les « incidents de masse » ont doublé, passant de 90 000 en 2006 à 180 000 en 2010, d'après les dernières statistiques publiées.

Dans la presse occidentale, le CCP dit clairement qu'il anticipe des risques. Deng Yuwen, un ex-vice-président de l'École centrale du CCP a écrit dans le Financial Times que si le gouvernement faisait une erreur politique majeure, « personne ne pourrait garantir qu'une révolution n'éclaterait pas. De plus, même si un soulèvement national peut être évité, des troubles sociaux pourraient toujours éclater localement. Si le parti au pouvoir ne parvenait pas à gérer ces éruptions, elles pourraient s'emballer en une révolution. »

Ces allusions à des luttes révolutionnaires à venir de la classe ouvrière témoignent de la banqueroute historique de la perspective stalinienne du CCP consistant à « construire le socialisme dans un seul pays » après la révolution de 1949. En dernière analyse, la bureaucratie du CCP a rétabli le capitalisme, dans le contexte des conflits sociaux et des luttes ouvrières des années 1970, parce que – comme l'avait fait remarquer le grand marxiste Léon Trotsky – il était impossible de trouver les ressources suffisantes dans un seul pays pour construire une société socialiste.

Trente ans plus tard, la société créée en Chine en s'appuyant sur un accès à l'économie mondiale par des liens avec le capital occidental a également été sapée par ses propres contradictions. Le CCP voit à l'extérieur des risques de plus en plus grands d'une guerre contre les États-Unis et leurs alliés, et à l'intérieur, elle voit la menace montante du mécontentement ouvrier et de la révolution.

La tâche essentielle est de développer une lutte unifiée, politiquement indépendante, de la classe ouvrière internationale contre l'ordre capitaliste en faillite.

Les travailleurs chinois ne peuvent pas faire confiance aux diverses factions « conservatrices » du CCP qui critiquent les « réformes » libérales ou qui lancent des mises en garde contre la domination de la Chine par le « néo-impérialisme ». Elles ne s'appuient pas sur un point de vue socialiste, mais sur un nationalisme économique réactionnaire. Elles espèrent transformer les entreprises publiques les plus grandes en « champions économiques » comme Samsung et Hyundai en Corée du Sud, dans lesquelles les familles des dirigeants du CCP seraient les principaux actionnaires.

Les travailleurs chinois doivent intervenir indépendamment, lutter avec leurs frères de classe en Amérique, dans toute la région Asie-Pacifique, et dans le monde entier, pour mettre fin à la cause fondamentale de la surexploitation, de la dépression et de la guerre : le capitalisme et le système d'états-nations. Cela signifie une mobilisation révolutionnaire pour faire tomber le régime capitaliste du CCP et établir un gouvernement qui soit authentiquement de la classe ouvrière, dans le cadre d'une lutte mondiale pour le socialisme.

Pour développer une direction politique capable d'entreprendre une telle lutte, l'étape essentielle à franchir est de construire une section chinoise du Comité international de la Quatrième internationale, le mouvement trotskyste mondial.

(Article original paru le 5 juin 2013)