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La résurgence du militarisme japonais

Par John Chan
20 juillet 2013

Le dernier Livre blanc de la défense japonais qui vient d’être publié mardi est un autre signe indubitable de la résurgence du militarisme sous le gouvernement de droite du premier ministre Shinzo Abe. Ce document adopte un ton belliqueux envers la Chine et met fortement l’accent sur l’expansion des capacités militaires du Japon et de ses relations avec Washington.

Le Parti libéral démocrate (PLD) a remporté les élections de décembre dernier dans une atmosphère dominée par le nationalisme et le militarisme japonais. Abe a condamné le gouvernement précédent formé par le Parti démocrate du Japon (PDJ) pour ne pas avoir fermement pris position contre la Chine à propos des îles Senkaku/Diaoyu contestées, et a promis de construire un «pays fort» et une «armée forte».

L’administration Obama aux États-Unis a délibérément favorisé la résurgence du militarisme japonais dans le cadre de son «pivot vers l’Asie» visant à encercler la Chine. La Maison Blanche a encouragé le Japon à adopter une attitude plus agressive dans le nord-est de l’Asie, de même qu’à renforcer ses capacités militaires et à les libérer de toute contrainte imposée par la clause dite «pacifiste» de sa constitution.

Le Livre blanc fait suite à la promesse d’Abe de réaligner la politique de défense du Japon. Le document comprend deux mesures présentant un caractère ouvertement offensif : d’une part, la nécessité de créer une capacité de frappe préventive contre les bases ennemies à l’étranger, et d’autre part, la création d’une force japonaise similaire au corps des Marines des États-Unis.

Dans une tentative de contourner la Constitution qui limite les «forces d’autodéfense» du pays à la protection du territoire japonais, Abe justifie les frappes préventives comme un moyen de «légitime défense» contre de potentielles attaques de missiles. De la même façon, une force maritime japonaise est en cours d’élaboration, sous prétexte que les forces armées doivent acquérir une capacité de «guerre insulaire» pour défendre la longue chaîne d’îles formant le Japon, et en particulier les îlots disputés avec la Chine.

La construction des capacités militaires japonaises concorde avec les préparatifs de guerre des États-Unis contre la Chine. Les bases américaines au Japon figurent déjà dans les «plans de guerre aérienne/maritime» du Pentagone comprenant des frappes aériennes et de missiles dévastatrices contre les bases militaires et les réseaux de communication de la Chine, et qui seraient complétées par un blocus naval paralysant.

Contrairement aux précédents documents de défense du Japon, le Livre blanc porte non plus son attention vers la Corée du Nord, mais plutôt vers la «menace» posée par la Chine. Il consacre 20 pages à la Chine et à l’armée chinoise, accusant pour la première fois Beijing d’essayer de «changer le statu quo par la force, selon ses propres paroles, ce qui est incompatible avec l’ordre actuel du droit international». Dans les faits cependant, le gouvernement précédent, formé par le PDJ, a délibérément enflammé le différend des Senkaku/Diaoyu avec la Chine en nationalisant» ces îles l’année dernière.

Abe a rapidement pris des mesures pour renforcer l’armée japonaise. Plus tôt cette année, il a annoncé la première augmentation des dépenses en matière de défense depuis plus d’une décennie. Par ailleurs, il s’apprête maintenant à modifier la constitution pour permettre aux «forces d’autodéfense» de devenir des «forces armées normales». Enfin, sur le plan idéologique, il conteste des faits historiques établis relativement aux atrocités de guerre commises par le Japon, telle la réduction de femmes à l’esclavage sexuel.

Le Livre blanc a été publié en pleine montée des tensions avec la Chine.

Des forces japonaises, dont un grand porte-hélicoptères, sont allées effectuer sur la côte ouest des États-Unis des exercices de débarquement interarmées dans le cadre d’un scénario s’apparentant à un conflit avec la Chine. Parallèlement, la Chine et la Russie viennent de tenir leur plus grand exercice naval interarmées jamais organisé en mer du Japon – un avertissement clair au Japon et aux États-Unis.

La Chine a saisi le prétexte du Livre blanc japonais pour attiser le nationalisme au pays, rappelant l’occupation brutale du pays par le Japon dans les années 1930 et 1940. Beijing a déclaré que «les préparatifs de guerre, le renforcement des forces armées et les fréquents exercices militaires» du Japon sont sources de préoccupations au sujet des «véritables intentions et orientations futures» de ce pays.

Le Livre blanc du Japon décrit la Chine comme un pays qui est avide de ressources et déchiré par une crise interne, aux prises notamment avec un élargissement du fossé entre les riches et les pauvres, des mécontentements ethniques et la corruption, et qui est entraîné à adopter une politique étrangère plus affirmée comme moyen de détourner les tensions sociales au pays.

La même chose pourrait cependant être dite du capitalisme japonais. Après deux décennies de stagnation économique, Abe cherche à arrêter le déclin du Japon au détriment de ses concurrents grâce à des politiques économique et militaire plus agressives. Il attise le sentiment nationaliste afin de détourner l’attention du schisme social entre les riches et les pauvres qui va inévitablement s’aggraver à mesure que son gouvernement met en œuvre des mesures d’austérité.

En réponse à la Grande Dépression des années 1930, le régime militariste du Japon s’est tourné vers des guerres de conquête en Asie, écrasant impitoyablement du même coup l’opposition de la classe ouvrière et des pauvres en milieu rural dans le pays. Le gouvernement Abe cherche également à miner les droits démocratiques dans le cadre de ses préparatifs pour réprimer la résistance populaire à son ordre du jour pro-capitaliste de droite.

Le projet de constitution proposé par le PLD élimine les garanties formelles de droits démocratiques fondamentaux, en insistant plutôt sur les «valeurs traditionnelles» du Japon, c’est-à-dire le devoir des citoyens d’obéir à l’État. Par ailleurs, le premier ministre aurait le pouvoir d’imposer un «état d’urgence» en cas de guerre ou de «désordres sociaux en raison de conflits internes».

L’ensemble de l’establishment politique du Japon emboite le pas derrière les préparatifs de guerre d’Abe. Au cours des élections de l’année dernière, tous les grands partis ont appelé à la défense des îles Senkaku/Diaoyu comme faisant partie du territoire du Japon. L’ancien premier ministre du PDJ, Yukio Hatoyama, a récemment été dénoncé comme «un traître», uniquement pour avoir suggéré que le Japon devait reconnaître qu’il y avait un différend avec la Chine à propos de ces îles.

Il y a parmi les travailleurs une profonde hostilité face à la renaissance du militarisme japonais et à la guerre. Mais ce sentiment ne s’exprime pas à travers les canaux politiques officiels. À maintes reprises, l’alliance du Japon avec les États-Unis a provoqué de grandes manifestations, les plus récentes étant contre la décision d’envoyer des troupes pour soutenir l’occupation américaine illégale en Irak.

Le risque de conflit est de plus en plus grand alors que la politique du «pivot» des États-Unis provoque une course aux armements en Asie, enflammant les vieux points chauds telle la péninsule coréenne, et en en créant de dangereux autres. La seule voie de l’avant pour les travailleurs et les jeunes au Japon pour s’opposer à la guerre est de s’unifier avec leurs frères et sœurs de classe en Chine, aux États-Unis et à l’échelle internationale dans la lutte pour abolir le capitalisme, qui est la source même de la guerre.

Cela signifie la construction d’une section japonaise du Comité international de la Quatrième Internationale, le mouvement trotskyste mondial, qui seul se bat pour mobiliser la classe ouvrière sur la base de l’internationalisme socialiste pour mettre fin à la poussée universelle des gouvernements vers la guerre, l’austérité et la dictature.

(Article original paru le 13 juillet 2013)