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Edward Snowden : planète sans visa

Par Bill Van Auken
5 juillet 2013

Edward Snowden, l'agent de la NSA qui a courageusement révélé les programmes secrets et inconstitutionnels d'espionnage américains ciblant des millions de gens aux États-Unis et sur toute la planète, est maintenant incapable de trouver un seul gouvernement prêt à lui accorder le droit démocratique d'asile.

La Déclaration universelle des droits de l'Homme affirme, « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays. » Ce droit pluriséculaire a été codifié dans de nombreux traités internationaux.

Snowden mérite incontestablement ce droit. Il est confronté à deux accusations d'espionnage qui peuvent lui valoir la peine de mort pour le seul « crime » d'avoir révélé les véritables crimes d'espionnage systématique du gouvernement américain contre le peuple des États-Unis et du monde.

Ses chances de bénéficier d'un procès équitable aux États-Unis ont été irrévocablement supprimées par la campagne de diffamation des médias et du gouvernement, qui le qualifient de traître et d'espion. Le gouvernement qui veut obtenir son extradition s'est arrogé le droit d'exécuter sommairement toute personne qu'il considère comme un ennemi de l'Etat, un "droit" qu'il a exercé contre au moins quatre citoyens américains par des frappes de missiles tirés par des drones. Quant aux médias, ils ont délibérément enterré les révélations sur l'espionnage généralisé à l'intérieur du pays et internationalement afin de se concentrer sur les prétendus « crimes » de Snowden.

Cela fait 11 jours que Snowden est piégé dans la zone de transit de l'aéroport de Sheremetyevo à Moscou, sans autorisation d'entrer en Russie ni se rendre dans aucun autre pays. Le gouvernement Obama a monté une campagne d'intimidation internationale contre les gouvernements qui pourraient envisager de lui accorder l'asile.

Dénonçant les actions du gouvernement américain, Snowden a déclaré : « En fin de compte, le gouvernement Obama n'a pas peur des lanceurs d'alerte comme moi, Bradley Manning ou Thomas Drake. Nous sommes apatrides, emprisonnés, ou sans aucun moyen d'action. Non, le gouvernement Obama a peur de vous. Il a peur d'un public informé, en colère, qui exigerait le gouvernement respectueux de la constitution qu'on lui a promis – et il a raison de l'être. » Une telle peur n'est en rien l'attribut du seul gouvernement Obama.

Alors que les actions de Snowden ont été soutenues et applaudies par les travailleurs et les jeunes des États-Unis et du monde entier, ce n'est pas le cas des gouvernements qui les dirigent. Ils s'inclinent tous devant les intimidations de Washington. Tout comme le gouvernement américain, ils défendent les classes dirigeantes riches dans un contexte d'inégalité sociale toujours plus importante, et comme Washington, ils craignent que leurs conspirations contre leur propre peuple soient révélées au grand jour.

Le président russe Vladimir Poutine a indiqué cela lundi, annonçant que Snowden serait autorisé à rester en Russie uniquement s'il était d'accord pour « cesser son travail visant à infliger des dommages à nos partenaires américains. » L'ex-agent du KGB a reconnu que les mots utilisés pour décrire le gouvernement américain semblaient « bizarres […] venant de moi. »

Mais quels que soient les conflits géopolitiques entre Moscou et Washington, ces deux gouvernements représentent des couches dirigeantes capitalistes prédatrices et sont unis dans leur peur que les crimes d'Etat soient révélés à leur population laborieuse respective.

Snowden a aussitôt rejeté « la proposition » de Poutine, qui aurait fait de lui un prisonnier politique de l'oligarchie du Kremlin, et a retiré sa demande d'asile. Son action a clairement montré sa détermination à continuer à révéler les opérations illégales du gouvernement américain et, en même temps, a souligné la fraude que constituent les accusations d'espionnage lancées contre lui.

Parmi la vingtaine d'autres gouvernements auxquels Snowden a présenté des demandes d'asile, beaucoup l'ont rejetée sur une base technique, pendant que d'autres, comme le gouvernement de Dilma Roussef du Parti des travailleurs brésilien, se sont contentés d'annoncer qu'ils n'allaient même pas y réfléchir. Le gouvernement polonais a déclaré d'emblée que sa politique d'asile exige que l'accord de ce droit démocratique serve « les intérêts nationaux », un principe qui pourrait être adopté par n'importe quelle dictature d'Etat policier.

Peut-être le plus extraordinaire dans tout ceci est la réaction des gouvernements d'Europe occidentale, qui ont dénoncé les révélations sur l'espionnage américain contre eux et contre l'Union européenne, les qualifiant d'outrageuses et orwelliennes, et ont menacé en réaction de faire capoter un accord de libre-échange avec les États-Unis. Et pourtant aucun d'entre eux n'est prêt à proposer l'asile à Snowden, la personne qui a révélé ces crimes.

Ils sont prêts à le voir renvoyé aux États-Unis pour un procès truqué organisé par le gouvernement qui a commis les infractions qu'ils dénoncent. Il ne fait aucun doute qu'une considération majeure dans cette décision de rejeter le droit à l'asile de Snowden est l'inquiétude que des informations confidentielles en sa possession puissent impliquer leur propre gouvernement dans des crimes similaires.

Si Snowden a cherché asile chez les gouvernements de la soi-disant « gauche » d'Amérique latine, pour le moment aucun ne le lui a accordé. Leurs dirigeants ont applaudi son courage, tentant de tirer à eux une partie du soutien populaire dont il bénéficie parmi leur propre population, mais n'ont pas montré eux-mêmes la capacité à rassembler ne serait-ce qu'un pour cent de ce courage face à la pression et aux menaces de l'impérialisme américain.

Le président équatorien Raffael Correa, après avoir initialement indiqué la volonté de son gouvernement d'accorder l'asile à Snowden, a reçu un appel en personne du vice-président américain Joseph Biden la semaine dernière et a rapidement changé de discours.

Il a condamné la décision du consul équatorien de Londres d'accorder à Snowden un laissez-passer pour qu'il quitte Hong Kong, comme une « erreur » qui aurait « des conséquences. » Il a également affirmé que son gouvernement ne pouvait pas envisager d'accorder l'asile tant que l'ex-agent de la NSA n'était pas sur le sol équatorien, ce qui est actuellement impossible avec son passeport américain révoqué, le laissez-passer équatorien annulé, et aucun autre document valable pour franchir une frontière, à sa disposition.

Correa a déclaré que Snowden « a peut-être vraiment enfreint les lois Nord-américaines », et s'est déclaré « très respectueux des autres pays et de leurs lois. » Il a ajouté, « J'estime que quelqu'un qui enfreint la loi doit assumer ses responsabilités. »

Il y a aussi le président vénézuélien Nicolas Maduro et le président bolivien Evo Morales, tous deux étaient à Moscou cette semaine pour une réunion des pays producteurs de gaz. Ils avaient laissé entendre qu'ils pourraient accorder l'asile à Snowden, et l'un ou l'autre aurait pu l'emporter dans son jet présidentiel, néanmoins ils ont refusé de le faire.

Maduro, qui a lancé une politique de « normalisation » des relations avec Washington et d'accommodements avec les milliardaires vénézuéliens, a exprimé l'opinion que Snowden devrait recevoir « une protection internationale, » mais a nié que son gouvernement avait reçu une demande d'asile, en dépit des rapports de WikiLeaks indiquant qu'une demande avait été envoyée. Morales a fait des déclarations creuses du même style, affirmant sa sympathie pour Snowden, tout en affirmant de même ne pas avoir reçu de demande d'asile politique.

Dans une situation où aucun gouvernement ne cherche à défendre le droit d'Edward Snowden à l'asile politique, un droit qui a été quasiment répudié en pratique sur toute la planète, sa défense peut et doit être entreprise par les travailleurs, les jeunes et les étudiants des États-Unis et du monde entier. Cela veut dire, qu'il faut exiger dans chaque pays, que Snowden se voie accorder l'asile maintenant.

La défense de Snowden, ainsi que d'autres personnes, dont Julian Assange et Bradley Manning, ciblées par l'impérialisme américain pour avoir révélé ses crimes, doit servir de point de départ à une offensive mondiale en défense des droits démocratiques et contre le système d'exploitation capitaliste, qui est la source des guerres, de l'inégalité sociale et de l'avancée vers des dictatures d'Etat policier.

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Le World Socialist Web Site et le Socialist Equality Party (Parti de l'Egalité socialiste) mènent une campagne pour défendre Edward Snowden. Pour plus d'information et pour vous impliquer, cliquez ici.

(Article original paru le 3 juillet 2013)