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Les maoïstes apportent un soutien clé à la direction syndicale de l’usine Opel de Bochum, en Allemagne

Par Ulrich Rippert
2 mai 2013

Les travailleurs à l’usine General Motors-Opel de Bochum, en Allemagne, sont de plus en plus en colère contre le syndicat IG Metall et le comité d’entreprise central. Les responsables syndicaux se sont publiquement rangés du côté de la direction GM-Opel pour imposer la fermeture de l’usine et ont systématiquement œuvré pour isoler les travailleurs.

Bien que le dirigeant du comité d’entreprise de Bochum, Rainer Einenkel, ait critiqué le comité d’entreprise central, il n’a pas ménagé ses efforts pour bloquer toute lutte sérieuse pour empêcher la fermeture et défendre les emplois à l’usine Opel.

De nombreux travailleurs cherchent un moyen de se libérer de la camisole de force syndicale afin de prendre entre leurs propres mains la défense des emplois. Dans cette situation instable, les maoïstes du MLPD (Pari marxiste-léniniste d’Allemagne) se sont rangés dans le camp des dirigeants syndicaux pour éviter une rébellion contre le syndicat. Le MLPD a mis sur pied son propre groupe de comité d’entreprise à Bochum appelé « les métallos combatifs. »

Le groupe appelle à des protestations isolées et à des « grèves sauvages » tout en cherchant parallèlement à prêter main forte à IG Metall qui soutient la fermeture de l’usine. Les maoïstes encouragent des aventures téméraires et dangereuses d’un côté et qui rendent les travailleurs vulnérables en les prédisposant à être victimisés ou de l’autre côté ils organisent des manifestations inoffensives consistant à battre du tambour et à faire retentir des sifflets. Ces deux méthodes ont pour conséquence de consolider le contrôle des syndicats.

Grâce à ses comités d’entreprise et à ses délégués syndicaux, le MLPD est étroitement lié à l’appareil corrompu d'IG Metall et rejette avec véhémence toute rupture avec le syndicat.

C'est pourtant la question centrale. La rigidité avec laquelle IG Metall soutient la fermeture de l’usine Opel à Bochum montre clairement que les emplois et les salaires ne peuvent être défendus que par une lutte contre le syndicat. C’est ce que le MLPD cherche à empêcher à tout prix. Il réagit avec hostilité à la moindre mobilisation indépendante de la classe ouvrière.

Ce rôle du MLPD découle directement de sa perspective et de son passé staliniens. A ce jour, le groupe défend les crimes commis par Staline. Le stalinisme n’a pas été une espèce d’écart mineur de la voie du socialisme, mais bien plutôt l’incarnation de la contre-révolution anti-communiste en Union soviétique. La bureaucratie stalinienne a assassiné plus de révolutionnaires et de communistes que tout autre régime, les nazis inclus. Rien que dans les années 1930, des centaines de milliers de communistes ont été victimes des « Grandes purges » de Staline.

Staline représentait une caste bureaucratique privilégiée qui saisit le pouvoir dans le premier Etat ouvrier du monde en défendant ses intérêts par la force brutale contre toute opposition d’en bas. Staline rejeta la perspective internationale du bolchévisme et de la Révolution d’octobre et, sous le slogan de la « construction du socialisme dans un seul pays », il introduisit une orientation totalement nationaliste. L’adoption du nationalisme par l’Internationale Communiste conduisit à une série de défaites catastrophiques, dont la Chine (1926-1927), l’Allemagne (1933) et l’Espagne (1936-1938), qui pèsent encore sur le mouvement ouvrier.

En 1956, Nikita Khrouchtchev, l’un des successeurs de Staline, formula quelques critiques superficielles à l’égard des pires crimes tandis que Mao Zedong assumait la mission de défendre Staline sur le plan international. Mao, sur la base de son soutien au sein de la paysannerie, avait précédemment pris la direction du Parti communiste de Chine en recourant à une phraséologie marxiste pour émailler sa perspective nationaliste.

Lors de la révolution de 1949, la direction de Mao avait été obligée d’appliquer des mesures de grande portée contre les capitalistes et les propriétaires terriens, tout en réprimant systématiquement durant la même période tout mouvement indépendant de la classe ouvrière. Contrairement à l’Union soviétique, la Chine n’a jamais connu de conseils ouvriers (les soviets).

La contre-révolution stalinienne atteignit son apogée en 1991 avec la dissolution de l’Union soviétique et la restauration du capitalisme en Chine par les héritiers de Staline et de Mao. Passant outre les faits historiques qui ont fait l’objet de nombreux travaux de recherche et de documentation, le MLPD continue à ce jour à défendre Staline et le stalinisme.

Il y a quelques semaines à peine, l’organisation a publié un article de commémoration pour coïncider avec le 60ème anniversaire de la mort du dictateur et disant : « Le nom de Staline (‘L’homme d’acier’) est inséparablement lié aux décennies de la construction du socialisme et des défaites de l’impérialisme. » Le MLPD proclame que le terme stalinisme est un « cri de bataille anti-communiste. »

De par son soutien au nationalisme et aux crimes du stalinisme, le MLPD s’aligne avec les forces politiques les plus réactionnaires. Sa défense des syndicats doit être vue dans ce contexte. Lorsque les travailleurs d’Opel ont entamé une discussion pour envisager de quitter IG Metal en signe de protestation contre la fermeture de l’usine, le MLPD s’y est farouchement opposé. L’attitude consistant à dire « IG Metall ne fait rien et donc je quitte le syndicat » est fondamentalement mauvaise, écrit l’organisation dans un tract. Au lieu de cela, le MLPD a appelé les travailleurs à se joindre au syndicat en affirmant qu’un « bon niveau d’organisation » est la chose primordiale.

Le MLPD fonctionne comme un brutal défenseur d'IG Metall, déterminé à empêcher quiconque de le quitter et cherchant désespérément à légitimer les syndicats. Il prétend que les syndicats sont des « organisations de classes fondamentales » et des « organisations de lutte » des travailleurs et exige que des « collègues combatifs » luttent en son sein en faveur « de nouvelles majorités. »

Partout dans le monde, l’évolution des syndicats – du syndicat des mineurs le National Union of Mineworkers (NUM) en Afrique du Sud, en passant par le syndicat des travailleurs de l’automobile l’United Auto Workers (UAW) aux Etats-Unis au syndicat IG Metall en Allemagne – raconte une tout autre histoire. Leur transformation en parties prenantes ouvertes du patronat est la conséquence directe de la perspective syndicale fondée sur la défense du capitalisme et de l’Etat-nation. Ceci explique pourquoi l’aile droite sort toujours victorieuse des conflits internes au syndicat et en détermine la politique.

Au centre de la défense d’IG Metall par le MLPD, il y son accord avec le programme nationaliste du syndicat. Tout comme il continue à défendre la conception de Staline de la « construction du socialisme dans un seul pays », le groupe maoïste justifie la stratégie du diviser pour mieux régner des syndicats et qui est fondée sur le fait de monter un pays (ou une usine) contre un autre. Dans la pure tradition stalinienne, l’organisation dissimule son nationalisme derrière des banalités sur la solidarité internationale et par laquelle elle entend des alliances avec d’autres organisations nationalistes et staliniennes.

A une époque antérieure, où les syndicats avaient une relation différente avec la classe ouvrière et jouissaient d’un certain soutien, les maoïstes et beaucoup d’autres gauchistes ne voulaient rien à voir avec eux.

Par exemple, durant la longue lutte contre la fermeture de l’aciérie Krupp à Duisburg-Rheinhausen en 1987-1988, le MLPD avait rejeté toute lutte contre la direction d’IG Metall à un moment où les syndicats exerçaient encore un certain degré d’influence sur les travailleurs. Aujourd’hui, alors que la plupart des travailleurs ne ressentent que du mépris pour IG Metall, le MLPD s’est enraciné dans le syndicat. Ce n’est qu’après la dégénérescence totale des syndicats en une coquille creuse au service des entreprises et de l’Etat, que ces derniers sont devenus attrayants pour le MLPD. L’organisation a été magiquement attirée par les structures et l’approche autoritaires de l’aristocratie syndicale corrompue.

Dans les années 1960, la version maoïste du stalinisme avait réussi à attirer des couches petites bourgeoises dans de nombreux pays. Le mépris éprouvé par les maoïstes à l’égard de la classe ouvrière avait séduit un grand nombre d’étudiants qui ont tous, par la suite, réussi à poursuivre de brillantes carrières. Parmi eux on compte José Manuel Barroso (le président de la Commission de l’UE), Jürgen Trittin (le président du groupe parlementaire des Verts), Winfried Kretschmann (le ministre-président de Bade-Württemberg), Antje Vollmer (l’ancienne vice-présidente du Bundestag), et enfin, et pas le moindre, le président d'IG Metall, Berhold Huber, qui a amorcé son ascension dans l’appareil syndical dans les années 1970 en tant que membre de l’organisation qui avait précédé le MLPD.

Les aspects les plus vils du stalinisme et du maoïsme trouvent leur expression dans la ligne politique du MLPD. Il combine le radicalisme verbal à un opportunisme grossier, en faisant des avances à la bureaucratie syndicale et au parti La Gauche (Die Linke, homologue allemand du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon). Lorsqu’il parle de « socialisme véritable », il pense à l’Union soviétique sous Staline, à la Chine sous Mao et à l’Allemagne de l’Est sous Walter Ulbricht.

A Bochum, il appelle actuellement à un « mouvement de grève comme en 2004 » sans dire un mot de ce qui s’était alors vraiment passé. A l’époque, les travailleurs avaient entamé des grèves spontanées pour empêcher la suppression de 4.000 emplois. La grève avait été étouffée après moins d’une semaine de viles manigances de la part d’IG Metall et des comités d’entreprise. Le MLPD avait ensuite appuyé l’élection de Einenkel à la présidence du comité d’entreprise sous la direction duquel près de 7.000 emplois furent perdus.

Einenkel a, à maintes reprises, affirmé que les emplois de Bochum ne pourraient être sauvés que si les travailleurs faisaient des concessions et des compromis. Le résultat est maintenant connu de tous. Les travailleurs doivent se rendre à l’évidence. La défense des emplois requiert une perspective socialiste internationale qui est diamétralement opposée à l’orientation nationaliste et pro-capitaliste du syndicat et de ses partisans du MLPD.

(Article original paru le 27 avril 2013)