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Pour le 23e mois consécutif, le chômage atteint un niveau record dans la zone euro

Par Andre Damon et Stefan Steinberg
3 mai 2013

Le chômage a atteint au mois de mars un nouveau record dans la zone euro avec une hausse pour le 23e mois consécutif et on ne voit pas le bout de la catastrophe économique et sociale qui frappe l’Europe.

Les chiffres du chômage ont été annoncés alors que des centaines de milliers de gens défilaient partout en Europe et que les travailleurs grecs lançaient une grève générale de 24 heures pour s’opposer aux mesures d’austérité qui sont appliquées à travers tout le continent.

Le taux de chômage official a atteint 12,1 pour cent dans les 17 pays membres de la zone euro, soit le plus haut niveau jamais atteint depuis 1995, selon les chiffres publiés mardi par Eurostat, l’organisme statistique officiel de l’Union européenne. Il s’agit d’une augmentation de 1,1 point de pourcentage par rapport à il y a un an.

19,21 millions de personnes étaient sans emploi dans la région de l’euro, un chiffre qui a augmenté de 1,72 million au cours de l’année dernière.

Les pays qui ont subi les mesures d’austérité les plus brutales – la Grèce, l’Espagne et le Portugal – affichent des taux de chômage comparables à ceux de la Grande Dépression, avec 27 pour cent de la population officiellement sans emploi en Grèce, suivi par l’Espagne avec 26,7 pour cent et le Portugal avec 17,5 pour cent.

Le chômage a augmenté dans 19 des 27 pays membres de l’Union européenne. Le chômage en Grèce a grimpé de manière extraordinaire de 5,7 pour cent l’année dernière pour atteindre 27,2 pour cent tandis que Chypre, le dernier pays à avoir reçu un renflouement, a vu son taux de chômage passer de 10,7 à 14,2 pour cent au cours de l’année passée.

Le chômage des jeunes a atteint des proportions épidémiques dans la plus grande partie du continent avec 5,5 millions de jeunes sans emploi dans l’ensemble de l’UE. Le taux de chômage des jeunes en Grèce a bondi à 59,1 pour cent en janvier alors qu’en Espagne il a atteint 55,9 pour cent et qu’en Italie ce taux est de 38,4 pour cent.

Alors même que le chômage continue de grimper, l’élite dirigeante a clairement fait comprendre qu’elle n’a nullement l’intention de revenir sur sa décision de faire payer la crise à la classe ouvrière. Le parlement grec a approuvé dimanche 28 avril un plan pour licencier 15.000 fonctionnaires d’ici la fin de l’année prochaine comme partie intégrante d’une loi garantissant la prochaine tranche de renflouement.

Alors même que les services sociaux sont détruits, les pays appliquent partout en Europe une politique qui transférera des centaines de milliards d’euros dans les coffres des riches. Le président français, François Hollande, a annoncé lundi des plans pour réduire drastiquement le taux d’imposition sur les gains en capital, décision qui profitera essentiellement aux riches. La proposition est de donner un signal fort selon lequel la France est une bonne place pour investir et qu’elle est favorable aux entreprises a dit Fleur Pellerin, la ministre déléguée aux PME.

Jeudi, la Banque centrale européenne devrait encore baisser les taux d’intérêts en suivant l’exemple des Etats-Unis et, plus récemment, du Japon, en liant les attaques contre la classe ouvrière à la création de bulles spéculatives pour accroître la richesse des ultra-riches.

Les décisions extraordinaires prises par les banques centrales pour élargir l’offre monétaire ont provoqué une reprise boursière où presque toutes les bourses mondiales ont connu une ascension significative. L’Europe ne fait pas exception. Au cours des dix derniers jours, le CAC français a grimpé de 5,6 pour cent, le DAX allemand de 6 pour cent et l’IBEX espagnol de 6,4 pour cent.

Et ce malgré une série de chiffres économiques catastrophiques affichés dans le monde entier, y compris un ralentissement en Chine et une croissance pire que prévue du produit intérieur brut et de la masse salariale du secteur privé aux Etats-Unis.

Un rapport publié la semaine dernière par la Banque d’Italie déclare que la production industrielle s’était effondrée d’un quart au cours des cinq dernières années dans ce pays alors que le chômage avait presque doublé.

Selon des données publiées mardi, l’Espagne, quatrième plus grosse économie de la zone euro, s'est contractée pour le septième trimestre d’affilée. L’économie s’était contractée de 1,37 pour cent en 2012, soit le deuxième plus terrible déclin annuel depuis 1970. Entre-temps, la Slovénie s’est davantage rapprochée de la faillite après que Moody’s a dégradé mardi sa note souveraine.

Les énormes coupes sociales dans les dépenses qui sont appliquées partout sur le continent ont un effet dévastateur sur la population, notamment dans les pays telles la Grèce et l’Espagne qui ont mis en vigueur des plans d’austérité brutaux comme condition préalable à l’obtention de fonds de renflouement.

Les effets de cette politique ont été résumés sous le titre The Body Economic : Why Austeriy Kills dans un livre à paraître cette semaine et rédigé par deux chercheurs, David Stuckler de l’Université d’Oxford et Sanjay Basu de l’Université de Stanford.

Ils soulignent que la réduction des programmes de prévention du VIH en Grèce a entraîné un doublement du taux d’infection depuis 2011. La propagation du virus a aussi été occasionnée par une forte augmentation du recours à la drogue, causée par le désespoir dû au chômage de masse et à la pauvreté. Le pays a connu sa première épidémie de paludisme depuis des décennies après que les programmes de gestion des populations de moustiques ont été réduits.

Confrontés à des augmentations des taxes dégressives sur le fuel, les Grecs ont diminué, entre 2011 et 2012, leur consommation de mazout de 35 pour cent en recourant au bois pour chauffer leur maison et les ventes de bois ont doublé ces dernières années.

« Les méfaits que nous avons détectés comprennent des épidémies de VIH et de paludisme, des pénuries de médicaments essentiels, le manque d’accès aux soins de santé et une épidémie évitable d'abus d’alcool, de dépression et de suicides, » a dit Stuckler. « L’austérité est en train de produire des effets catastrophiques. »

Dans une étude précédente, les chercheurs avaient constaté qu'en Grèce, le taux de suicide chez les hommes avait augmenté de 24 pour cent entre 2007 et 2009 et que les suicides causés par la précarité économique avaient grimpé de 52 pour cent en Espagne entre 2005 et 2010.

Malgré l’aggravation du marasme économique, les principales banques européennes sont prospères. La banque suisse UBS et Lloyds Banking Group de Grande-Bretagne ont enregistré des bénéfices plus élevés que prévus pour le quatrième trimestre de 2012, provoquant une flambée du cours des actions des deux banques.

Cinq après le début de la crise économique mondiale, il n’y a pas de perspective d’amélioration dans le cadre du système capitaliste. Chaque nouvelle manifestation de la crise provoque un redoublement des attaques contre la population laborieuse et qui va de pair avec une politique qui enrichit la classe dirigeante tout en semant les germes d’un effondrement financier encore plus catastrophique.

(Article original paru le 2 mai 2013)