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Stephen Hawking et le boycott universitaire d’Israël

Par Chris Marsden
20 mai 2013

Le physicien Stephen Hawking a décidé de ne pas assister à la cinquième Conférence présidentielle annuelle en Israël. Il s’agit d’une activité-vitrine du gouvernement israélien. La conférence intitulée «Facing Tomorrow» a pour thème la question suivante : «Quelle est la dynamique souhaitable dans les relations entre les personnes et les leaders face aux puissants processus de changement?»

Parmi les conférenciers invités et les participants de haut niveau figurent l’ancien président américain Bill Clinton, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair et l’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev. Par ailleurs, Peres en personne et le premier ministre Benjamin Netanyahou s’adresseront également à la conférence.

Il est tout à fait fondé de refuser de participer à un tel rassemblement, comme Hawking a décidé de faire. Il s’agit d’un forum pour des chefs d’État qui ont commis d’innombrables crimes contre la classe ouvrière au Moyen-Orient.

Hawking aurait bien pu y assister et, comme il l’explique dans sa lettre aux organisateurs de la conférence, «déclarer être d’avis que la politique du gouvernement israélien actuel conduit à la catastrophe», et ainsi utiliser la conférence comme une plate-forme contre le gouvernement.

Toutefois la décision de Hawking de ne pas assister à la réunion est récupérée par les universitaires britanniques Stephen et Hilary Rose, les instigateurs d’un boycott universitaire général d’Israël. Écrivant dans le Guardian, les deux décrivent la position de Hawking comme «potentiellement un tournant» pour la campagne Boycott, Divestment and Sanctions (Boycott, désinvestissement et sanctions ­– BDS). Encore une fois, il est démontré combien leur position sème la confusion politique et comment, quelles que soient leurs intentions, ils finissent en bout de ligne par renforcer l’élite dirigeante israélienne.

Les Rose se vantent que «de plus en plus de scientifiques en viennent à considérer Israël comme un État paria». Ils se plaignent ensuite que ce pays du Moyen-Orient ait «réussi à devenir membre de l’Espace européen de la recherche», puis font l’éloge des «parlementaires européens» qui contestent cette adhésion.

Ils ajoutent que «c’est un ingénieur israélien qui a développé les drones que les États-Unis emploient en masse», et que le rôle joué par les universités israéliennes qui fournissent aux Forces de défense israéliennes «des méthodes sociologiques, psychologiques et techniques pour réprimer les manifestations palestiniennes contre l’occupation» prouve que la «complicité du monde universitaire israélien dans la politique de l'État israélien est incontestable».

La position prise par Hawking ne légitime en fait aucune de ces affirmations sur lesquelles la campagne de boycott universitaire est fondée. Le physicien et théoricien de 71 ans a décidé de ne pas participer à cette conférence après que des partisans du boycott le lui ait demandé, mais c’est sur la base de conseils de collègues palestiniens qu’il a pris sa décision.

Hawking a signé une déclaration publiée par le BRICUP (British Committee for Universities for Palestine – Comité britannique pour des universités en Palestine), qui a confirmé qu’il «a décidé de façon indépendante de respecter le boycott, sur la base de sa connaissance de la Palestine, et suite aux conseils unanimes de ses contacts universitaires là-bas».

Hawking n’a pas endossé les mesures plus larges préconisées par les organisateurs du boycott. Pas plus qu’il n’est un récent converti à la défense des Palestiniens comme les Rose présentent Hawking. En 2009, Hawking a dénoncé les attaques d’Israël contre Gaza qui avaient duré trois semaines, disant à Riz Khan de Al-Jazeera que la réponse aux tirs de roquettes était «hors de toute proportion... La situation est semblable à celle [de l’Apartheid] en Afrique du Sud avant 1990 et ne peut plus continuer».

Ses déclarations ne l’ont pas empêché de maintenir le contact avec des universitaires israéliens, et il n’a pas indiqué que cela changerait maintenant.

Lorsque le boycott a initialement été proposé en 2002, le World Socialist Web Site s’y est opposé, soutenant que cela contribuerait à favoriser chez les travailleurs et les jeunes israéliens un isolement politique et de la confusion, en plus de permettre à l’élite dirigeante d’exploiter cette campagne afin de favoriser les sentiments sionistes parmi les Israéliens.

Le 12 juillet 2002, nous écrivions en réaction à la décision prise par Mona Baker de l’Université de Manchester de renvoyer deux universitaires israéliens, le Dr Miriam Shlesinger et le Professeur Gideon Toury, contributeurs à des revues linguistiques publiées au Royaume-Uni.

Le World Socialist Web Site s'oppose à cela comme à «toute tentative d'attribuer au peuple israélien une responsabilité collective pour la subjugation des Palestiniens. De telles accusations de responsabilité nationale et les tactiques qui s'ensuivent sont toujours profondément réactionnaires.»

La conduite correcte pour les universitaires britanniques serait de «chercher le maximum de contacts possibles avec leurs homologues israéliens et arabes, pour encourager un dialogue sérieux sur les enjeux actuels qui s'opposerait aux divisions nationales plutôt que de les renforcer.»

Nous avons souligné que l’application d’une tactique comme le boycott universitaire d’Israël en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, c’est-à-dire le boycott des universitaires britanniques ou américains parce qu’on les tiendrait tous collectivement responsables des crimes de leurs gouvernements serait profondément antidémocratique – afin de mettre en lumière le caractère antidémocratique d’un tel boycott dirigé contre les universitaires en Israël. Nous avons également signalé la façon dont le boycott contre le monde universitaire israélien a exposé les partisans de celui-ci à des accusations d’antisémitisme.

Ces avertissements n’ont été que confirmés par les déclarations faites par les Rose. Ils parlent d’Israël fournissant la technologie des drones aux États-Unis et d’un milieu universitaire indifférencié en collusion dans l’assujettissement des Palestiniens. Mais alors comment peuvent-ils, en tant qu’universitaires du Royaume-Uni, omettre toute dénonciation similaire de leur propre «culpabilité» pour les crimes bien pires de l’impérialisme britannique? Et pourquoi ne pas étendre leur boycott aux universitaires américains?

Les allégations de «culpabilité collective», qu’elles soient portées contre les universitaires ou tous les citoyens israéliens, sont un véritable cadeau pour le gouvernement Netanyahu.

Les défenseurs du gouvernement israélien ont de façon on ne peut plus prévisible réagi à la prise de position de Hawking en le dénonçant pour avoir violé les principes universitaires du libre échange des idées et en l’accusant d’hypocrisie. Le président de la conférence, Israël Maïmon, qui a déjà servi en tant que secrétaire du cabinet sous Ariel Sharon et Ehud Olmert, a décrié cette prise de position comme «incompatible avec un dialogue ouvert et démocratique.» Alan Dershowitz l’a traité d’«ignorant» et de «mouton» soutenant une campagne antisémite.

C’est dans l’intérêt politique de Netanyahu, Peres et compagnie que de favoriser une atmosphère de siège en renforçant la notion de l’existence d’un intérêt unifié de tous les Juifs à sauvegarder État d’Israël, la conception même qui sous-tend et forme la campagne de boycott.

En juillet 2011, le gouvernement israélien a adopté une loi pour la prévention des dommages à État d’Israël par le boycott. Cette loi considère qu’il y a délit civil lorsque toute personne ou organisation appelle à un boycott, un geste défini comme étant d’«éviter délibérément les liens économiques, culturels ou universitaires avec une autre personne ou un autre facteur seulement en raison de ses liens avec l’État d’Israël, l’une de ses institutions ou une zone sous son contrôle, de telle façon que cela peut causer des dommages économiques, culturels ou universitaires» [souligné par nous].

Par ailleurs, le gouvernement israélien a prouvé son propre engagement à prévenir un véritable dialogue entre les universitaires israéliens et étrangers. En décembre 2012, l’experte en droits de l’homme Rivka Feldhay a été empêchée de prendre part à un colloque scientifique à Berlin parce que Netanyahou ne voulait pas permettre la participation d’une Israélienne «qui ternit le nom des soldats et des pilotes israéliens», a rapporté le Guardian.

Son crime était d’avoir signé en 2008 une pétition en soutien aux réservistes refusant de servir dans les territoires palestiniens. Pour cela, elle a été dénoncée par le Conseil national de sécurité comme «ennemie de l'État».

Plutôt que de cibler les Israéliens ordinaires pour les crimes de l’État qui les gouverne, les travailleurs et les intellectuels au Royaume-Uni et d’ailleurs doivent se fonder sur un appel à l’action politique unifiée contre la classe dirigeante à l’échelle internationale. Les travailleurs et les intellectuels israéliens doivent être convaincus politiquement que leur avenir réside dans le rejet de la fausse perspective politique et idéologique qu’est le sionisme, et qu’ils doivent plutôt s’atteler à la tâche de la création d’une société égalitaire pour les Arabes comme pour les Juifs – les États-Unis socialistes du Moyen-Orient.