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Le Livre Blanc sur la défense australien et le « pivot » américain en Asie

Par James Cogan
11 mai 2013

Le Livre Blanc sur la défense 2013, qui définit l’orientation stratégique militaire du gouvernement australien, codifie son soutien inconditionnel pour le « pivot » du gouvernement Obama en Asie. Le document affirme que « les relations entre les Etats-Unis et la Chine détermineront la perspective de notre région » au cours des prochaines décennies en laissant entrevoir que l’Australie servira d’ajout militaire et de base physique pour les efforts entrepris par les Etats-Unis pour dominer l’ensemble de la région « Inde-Pacifique ». Le document souligne l’importance de la collaboration avec les Etats-Unis ainsi que des Etats comme l’Inde, dans le contrôle de routes maritimes clé entre les Océans Indien et Pacifique.

L’objectif non déclaré, tant de la politique américaine qu’australienne, est de faire peser sur la la Chine la menace d'un blocus économique et d'une confrontation militaire sur une série de questions allant du statut de Taïwan aux conflits territoriaux dans les Mers de Chine du Sud et de Chine orientale. L’impérialisme américain, qui est en train de subir un déclin économique historique, est déterminé à empêcher que l’expansion économique et militaire de la Chine ne permette à Beijing de remplacer Washington en tant que puissance dominante en Asie depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Semblant contredire une telle évaluation, le Livre blanc australien prétend que le « gouvernement n’approche pas la Chine comme un adversaire. » Il déclare que l’Australie « accueille » la montée de la Chine et insiste sur le fait que « l’avenir le plus probable » est celui où Washington et Beijing « sont en mesure de maintenir des relations constructives. »

Une bonne partie des commentaires faits par les médias de l’establishment se sont concentrés sur cet aspect, résumé sous des titres tels « Le Livre blanc assouplit la position de l’Australie sur la Chine. » Une appréciation moins optimiste avait été faite dans le Livre blanc précédent de 2009. Rédigé au milieu de la brouille issue de la crise financière mondiale, ce document exprimait ouvertement les craintes existant au sein de la classe dirigeante australienne du danger d'une guerre du fait de la montée de la Chine.

Le document de 2009 mettait en évidence que la Chine émergerait d’ici 2030 non seulement comme l’économie la plus importante du monde mais comme « la plus forte puissance militaire asiatique. » Il déclarait qu’il y avait la « possibilité, petite mais néanmoins préoccupante, d’une confrontation grandissante » entre la Chine, la Russie, l’Inde, le Japon et les Etats-Unis engagés dans la concurrence du fait du vide laissé par l’affaiblissement de l’influence américaine. Il mettait en garde contre la possibilité de « guerres de haute intensité au sein des principales puissances, » et qualifiait l’expansion militaire chinoise « de source potentielle d'inquiétude », formule qui avait provoqué des protestations de la part du régime chinois au motif que la Chine était définie comme étant une menace.

Le document de 2009 reflétait la position de la politique étrangère du premier ministre d’alors, Kevin Rudd. Rudd préconisait le point de vue, partagé internationalement dans certains cercles stratégiques, que Washington ne pourrait pas contenir la montée de la Chine et devait donc être à la hauteur de ses ambitions pour éviter un conflit. La franche contemplation de la possibilité d’une guerre et qui aurait été inséré dans le Livre blanc en dépit de l’avis des agences de renseignement australiennes et américaines, visait à générer un débat sur les appels de Rudd en faveur d’une « Communauté Asie Pacifique » qui oeuvrerait pour rapprocher et concilier les tensions entre les Etats-Unis et la Chine. En juin 2008, sa proposition pour un tel forum avait déjà été rejetée par les Etats-Unis et d'autres Etats de la région.

L’attitude de Rudd incarnait le dilemme fondamental confrontant la classe dirigeante australienne. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, l’impérialisme australien est totalement tributaire de son alliance avec les Etats-Unis pour faire valoir ses intérêts stratégiques dans le Pacifique Sud, l’Asie du Sud-Est et sur la scène internationale. Durant la dernière décennie, cette alliance stratégique a incité Canberra à essayer de contrer les efforts de la Chine de développer sa propre influence dans la région. Dans le même temps, cependant, la Chine est devenue le plus important marché d’exportation de l’Australie et un partenaire commercial ainsi qu’une importante source d’investissement.

Depuis la crise financière mondiale de 2008, la demande de ressources de la part de la Chine a été le facteur essentiel pour consolider l’activité économique de l’Australie. La proposition de Rudd d'une « Communauté Asie Pacifique » articulait les préoccupations de sections significatives de l’élite patronale et de l’establishment politique pensant que toute perturbation des relations, qui les obligerait à soutenir leur allié américain contre la Chine, serait catastrophique pour leurs intérêts économiques et financiers.

Le Livre Blanc de 2013 est le résultat d’une réorientation des forces politiques en Asie Pacifique et qui a été initiée par le « pivot » d’Obama. Partout dans la région, Washington a, au moyen de diverses intrigues, enrôlé un pays après l’autre dans ce qui correspond à des préparatifs de guerre contre la Chine. L’ensemble du processus s'est fait derrière le dos des grandes masses de gens à travers la région, et presque sans qu’il y ait eu de débat public sur les implications catastrophiques potentielles.

En Australie en 2010, ces intrigues avaient pris la forme de décisions prises par les factions les plus pro-Etats-Unis de l’establishment de déstabiliser Rudd et de l’évincer de son poste de premier ministre. Washington considère l’Australie comme une base pour différentes étapes dans son pivot anti-Chine et n'est pas prêt de permettre à un quelconque gouvernement australien d'hésiter à appliquer ce programme. Les 23-24 juin 2010, des éminences grises au sein du Parti travailliste et des syndicats qui depuis ont été démasquées par WikiLeaks comme étant « des sources protégées » de l’ambassade américaine, ont organisé un coup d’Etat politique. Du jour au lendemain, Rudd a été remplacé par son adjointe, Julia Gillard. John Faulkner, ministre de la Défense de Rudd, a démissionné dans les jours qui ont suivi.

Au cours des trois années suivantes, le gouvernement travailliste de Gillard, avec le soutien sans réserve des partis d’opposition, dont les Verts, a fourni un appui inconditionnel à la politique américaine. En novembre 2011, Obama a profité de sa visite en Australie pour officiellement annoncer le « pivot », dont le stationnement de marines américains à Darwin et des projets d’autres bases.

Le Livre blanc de 2013 incarne le jeu d’équilibre précaire joué par l’impérialisme australien. Faute d’autre choix, le gouvernement Gillard cherche frénétiquement à développer les relations commerciales avec la Chine, tel l’accord de mars dernier sur la convertibilité des monnaies australienne et chinoise. Mais sa politique étrangère et stratégique, reprend l’insistance de Washington pour que la Chine respecte un « ordre régional de sécurité » dicté par les Etats-Unis. Cette politique étrangère et stratégique se fonde aussi sur un engagement de l'Australie à être prête à combattre aux côtés des Etats-Unis en cas d’affrontement, tout en rassurant publiquement que des hostilités ne sont pas envisagées. Une attitude plus diplomatique à l’égard de Beijing est associée à des changements apportés aux déploiements militaires, aux achats d’armes et aux arrangements concernant les bases qui sont parfaitement en accord avec les préparatifs américains pour une guerre contre la Chine.

L’ensemble de l’establishment politique et médiatique australien est en train de collaborer dans ce complot de mensonges et de double langage, empêchant les populations de l’Australie, des Etats-Unis et de la région de voir qu’elles sont en train d’être mêlées à une campagne pour une guerre aux implications catastrophiques.

Le Socialist Equality Party (Parti de l’Egalité socialiste, SEP) présentera des candidats aux élections australiennes de 2013 dans le but de révéler au grand jour ce complot et de dire la vérité à la classe ouvrière. La campagne électorale 2013 du SEP fait partie de la lutte menée par le Comité international de la Quatrième Internationale, le mouvement trotskyste mondial, parmi les travailleurs et les jeunes du monde entier, pour la construction d’un vaste mouvement anti-guerre visant à empêcher que l’effondrement du système capitaliste n’entraîne l’humanité dans l'abîme d'une guerre entre des Etats dotés de l’arme nucléaire. Un tel mouvement doit se fonder sur une perspective socialiste et internationaliste pour le renversement du capitalisme, système responsable de la guerre, et pour l’établissement du socialisme mondial. Il faut que les travailleurs et les jeunes en Australie et internationalement soutiennent et participent à cette campagne.

(Article original paru le 10 mai 2013)