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Le capitalisme et la crise à laquelle sont confrontés les jeunes

Par Andre Damon
14 mai 2013

Peut-être plus encore que n’importe quelle autre section de la société, les jeunes de par le monde sont amenés à supporter le poids de la crise capitaliste. Au cours des cinq années qui se sont écoulés depuis le krach de 2008, le chômage des jeunes a atteint des niveaux identiques à ceux de l’époque de la Grande dépression, les salaires des jeunes travailleurs ont chuté et les possibilités de bénéficier d’une éducation ont été anéanties.

Pareil à l’assaut contre la classe ouvrière dans son ensemble, les jeunes partout dans le monde ont été touchés, y compris dans les pays capitalistes avancés.

Dans toute l'Europe, le chômage des jeunes a atteint des proportions épidémiques. Jeudi dernier, l’agence de la statistique grecque a dit que le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans avait affiché en février le taux stupéfiant de 64,2 pour cent, touchant près des deux tiers de l’ensemble de la population des jeunes et des jeunes travailleurs. Une hausse donc par rapport aux 54,1 pour cent du mois de mars 2012.

La raison n’est pas difficile à trouver : les mesures d’austérité brutales et l’effondrement économique imposés au pays par les banques européennes en alliance avec la classe dirigeante grecque. D’autres pays, qui ont reçu des « renflouements », sont confrontés à une situation similaire. En mars dernier, le chômage des jeunes est passé à 55,9 pour cent en Espagne et à 38,4 pour cent en Italie.

La situation est en train d’empirer. C’est ce qui a été clairement révélé dans un rapport publié la semaine dernière par l’Organisation internationale du travail de l’ONU (ILO) qui a conclu que le chômage mondial des jeunes continuera d’augmenter pendant au moins encore cinq ans. L’agence a dit s’attendre à ce que le taux de chômage mondial des jeunes atteigne 12,8 pour cent d’ici 2018, soit une hausse de 12,4 par rapport au taux actuel.

Le rapport de l’ILO souligne que « le chômage des jeunes a augmenté entre 2008 et 2012 jusqu’à 24,9 pour cent dans les économies développées et l’Union européenne et le taux de chômage des jeunes affichait 18,1 pour cent en 2012, soit un niveau record depuis des décennies. »

Le rapport ajoute que cette année, il y a 73,4 millions de jeunes sans emploi dans le monde, soit « une augmentation de 3,5 millions depuis 2007 et de 0,8 million de plus qu’en 2011. » Plus d’un tiers des jeunes chômeurs sont sans emploi depuis au moins six mois.

Dans les pays développés, la proportion des jeunes qui n'ont ni emploi, ni ne sont scolarisés a également augmenté de façon significative. Entre 2008 et 2010, ce groupe a grossi de 2,1 points de pourcentage pour atteindre 15,8 pour cent.

En Europe, parmi les jeunes qui ont un travail, un quart travaille à temps partiel et 40,5 pour cent ont été embauchés sous un contrat de travail temporaire.

Aux Etats-Unis, le taux de chômage official des jeunes est de 16,2 pour cent, c'est à dire nettement plus que le double du taux officiel de la population en général. Mais, comme pour le taux de chômage total, il ne tient pas compte du fait que des millions de gens ont quitté le marché du travail. Le taux de participation au marché du travail pour les moins de 25 ans est à son taux le plus bas depuis quatre décennies, ce qui signifie que le taux de chômage réel est de 22,9 pour cent.

De plus, la vaste majorité des emplois créés aux Etats-Unis depuis 2008 sont ceux à bas salaire, rémunérés entre 7,69 dollars (6 euros) et 13,83 dollars (10,5 euros) l’heure, selon une étude publiée l’année dernière par le National Employment Law Project (NELP).

La disparition des emplois à revenu décent a fait que le salaire des jeunes travailleurs embauchés à plein temps a baissé aux Etats-Unis de 6 pour cent depuis 2008, soit plus que toute autre section de la population.

Le désespoir à l’idée de vivre dans la pauvreté, associé à d’autres maux de la société et qui sont exacerbés par la crise économique et la politique d’austérité du gouvernement, a acculé un nombre croissant de jeunes au suicide. Un lycéen américain sur six a sérieusement envisagé de se suicider et un sur douze a fait une tentative, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control ans Prevention, CDC). Depuis le déclenchement de la crise économique, la part des adolescents américains qui ont tenté de se suicider à fait un bond, passant de 6,3 pour cent en 2008 à 7,8 pour cent en 2011.

Alors que les salaires baissent et que les emplois disparaissent, la perspective d’une éducation décente est en train de devenir de moins en moins accessible aux jeunes. Partout dans le monde, l’éducation publique est démantelée et privatisée. Les Etats-Unis montrent l’exemple avec la fermeture en masse des écoles publiques à travers tout le pays. Au début du mois, faute de moyens, un district scolaire du Michigan a fermé toutes les écoles.

Les frais d’inscription des universités ont grimpé en flèche, imposant une énorme dette à une génération entière de jeunes diplômés. Aux Etats-Unis, entre 2003 et 2012, la proportion de tous les jeunes de 25 ans ayant une dette pour études est passée de 25 à 43 pour cent. Dans la même période, le montant moyen de la dette pour études, dû par la catégorie des 25 ans a doublé, passant de 10.649 à 20.326 dollars (15.675 euros). Parallèlement, les prêteurs deviennent de plus en plus agressifs et prédateurs dans le recouvrement de la dette des étudiants qui sont de moins en moins en mesure de la payer.

Aux Etats-Unis et dans les autres centres impérialistes, les jeunes privés de la possibilité de trouver un emploi décent et un avenir, forment les troupes de choc des guerres d’agression qui ne cessent de s'étendre, en sacrifiant de ce fait leur vie, ou bien leur santé physique et morale.

Après les révolutions de 2011 en Egypte et en Tunisie, Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Carter et personnalité influente de l’establishment politique américain, a mis en garde contre les conséquences potentiellement révolutionnaires d’une génération de jeunes gens bien formés et sans avenir.

« Les populations de jeunes adultes… sont particulièrement explosives lorsqu’elles sont associées à la révolution des technologies de communication…, » a-t-il prévenu dans son livre, Strategic Vision. « Souvent éduqués mais sans emploi, leur frustration et leur aliénation qui en découlent » les rendent « enclins à l’agitation idéologique et à la mobilisation révolutionnaire. »

Brzezinski faisait tout particulièrement référence aux jeunes des pays « en voie de développement », mais la même chose pourrait se dire de l’Europe et des Etats-Unis. Brzezinski, défenseur expérimenté de la classe dirigeante a raison de s’inquiéter. Les conditions catastrophiques auxquelles sont confrontés les jeunes vont inévitablement entraîner des soulèvements politiques qui éclipseront de loin ceux de 2011.

Brzezinski et d’autres commentateurs expriment leur inquiétude concernant la crise grandissante du chômage des jeunes et de l’endettement. Aucun d’entre eux n’a cependant présenté, ni n'est en mesure de le faire, une quelconque solution à la crise.

La raison en est que les perspectives lugubres qui sont proposées aux jeunes sont l’expression de la faillite du système capitaliste. Engluée dans la crise, la classe dirigeante cherche à préserver sa propre position par une attaque incessante contre l’ensemble de la classe ouvrière.

Les luttes de masse à venir des jeunes et des travailleurs doivent être animées par un programme et une perspective visant à en finir avec le système capitaliste archaïque et irrationnel dans lequel l’ensemble de la société est subordonné à l’enrichissement d’une infime élite dirigeante. Les jeunes doivent engager la lutte pour le socialisme.

(Article original paru le 13 mai 2013)